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Je préfèrerais mourir avec mes secrets [Josh]

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Macsen CaerwynMacsen Caerwyn


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Je préfèrerais mourir avec mes secrets [Josh] Vide
MessageSujet: Je préfèrerais mourir avec mes secrets [Josh] Je préfèrerais mourir avec mes secrets [Josh] EmptyJeu 7 Nov - 19:37

Nous étions installés depuis quelques semaines, et je crois que la cohabitation ne se passait pas trop mal. Josh avait demandé du temps pour prendre ses marques. Je le laissais courir faire je ne savais quoi en ville, pendant que j'allais, de la même façon, d'une adresse à l'autre à la recherche de personnes intéressantes qui pourraient me donner une meilleure idée de la situation. Je traînais à retrouver mon père. Après tant d'années sans lui, qu'aurais-je pu lui dire ? J'observais chacune de ses apparitions télévisées avec intérêt et c'était presque comme avoir une entrevue avec lui. Pour l'instant, j'agissais dans son ombre. Avait-il un réel besoin de le savoir ? Mon anonymat me rendait plus efficace. Josh, de son côté, considérait toujours avec méfiance l'homme qui l'avait condamné à un sommeil éternel. Et je le comprenais, c'était même pour cette raison que j'avais rejeté toute la responsabilité sur mon père. En apparence, c'était la pure vérité. En réalité, je savais qu'il n'avait fait que me donner une leçon en estimant que j'allais certainement lui désobéir et réveiller Josh bien plus tôt… Mais il n'avait pas besoin de le savoir, même si mes omissions volontaires le laissaient souvent soupçonneux. Il n'était pas stupide, il sentait que certains liens logiques manquaient à mes explications sans être en mesure de définir lesquels. Tout n'avait pas besoin d'être dit. Même s'il était difficile d'établir une réelle relation de confiance de cette façon, je restais convaincu que les choses seraient pires si je quittais tous mes faux semblants. J'avais toujours été double. Ça ne m'était pas difficile et c'était un art trop pratique pour avoir envie d'y renoncer : je prenais les avantages, je fuyais les contraintes. A New-York, je naviguais déjà entre deux réseaux sous des noms différents, les partisans de mon père d'un côté, ceux de Larian de l'autre. Je fréquentais les groupes d'engagés politiques venus du peuple, de pauvres têtes qui soutenaient dans l'espoir de prendre du galon, alors qu'ils étaient et resteraient des bénévoles juste bon à distribuer des tracts à la sortie du métro. Je ne les y accompagnait jamais, évidemment. L'activité aurait pu être distrayantes, mais c'était risquer de me faire surprendre par un groupe rival. Je me faisais passer pour un économiste d'un côté, pour un historien de l'autre, et faire figure d'autorité dans des domaines différents était plutôt divertissant. C'était à peu près tout l'intérêt de la démarche. Pour le reste, je sondais les opinions, je m'amusais d'entendre les critiques des uns et des autres, je ne faisais rien de très sérieux.

J'arrivais au bout de ce que je pouvais faire seul, je le savais. Si j'avais voulu disperser les soutiens à Larian, j'aurais pu le faire, mais ce n'était pas pertinent. De ce qui en ressortait, il n'était pas un ennemi immédiat à notre cause, il serait peut-être même intéressant qu'il gagne la mairie. Cependant, je n'avais pas encore l'avis de mon père sur la question. J'avais une assez bonne connaissance de la politique qu'il avait mise en place, désormais, l'officielle et l'officieuse. Voudrait-il d'autres années encore pour la poursuivre ? De mon point de vue, ce serait un pari risqué. Il était exposé. Des choses trop évidentes finiraient pas transparaître et, s'il agissait dans l'ombre, c'était qu'il ne souhaitait pas que l'on puisse deviner ses intentions. Sa politique officielle n'était qu'une façade. Elle lui prenait cependant du temps, de l'énergie sociale sans doute, car ce n'était pas dans sa nature. En vérité, je n'aurais jamais imaginé mon père dans un tel rôle. Je ne l'avais jamais vu ailleurs que sur notre domaine, occupé à éviter le reste du monde. Il attendait certainement un nouvel abîme dans lequel s'engouffrer, et il l'aménageait en attendant, comme il avait aménagé sa paix au domaine sans hésiter à faire couler le sang dans les groupes de tous ceux qui lui étaient nuisibles. Hors de l'ombre, il n'était pas serein, je le voyais dans les interview qu'il donnait, malgré ses sourires et ses regards doux parfaitement calculés, trop calculés, justement. Il détestait chaque personne qui le contraignait à devoir endosser ce rôle. Mais, étrangement, je l'aimais mieux ainsi. Il devenait plus intéressant, son insécurité le forçait à agir, à donner réalité à ce père impitoyable et rusé dont je n'avais eu que des bribes d'histoires auxquelles il était difficile de croire tandis qu'il jouait à l'hédoniste dans sa forêt. C'était pour cette raison que je souhaitais l'aider. Mon père m'avait toujours accordé sa confiance sans que je comprenne pourquoi. Aujourd'hui, je comprenais qu'il avait lu en moi comme j'avais l'impression de lire en lui quand j'analysais chacun de ses mouvements.

Celui qui voulait lire en moi mais avait bien du mal, en revanche, à trouver des réponses, c'était Josh. S'il était d'agréable compagnie la plupart du temps et que j'appréciais discuter avec lui, je le sentais avide d'informations nouvelles à mon sujet, et sa vigilance menaçait notre étrange vie à deux. Je n'avais jamais partagé mon existence avec des humains qui ne se trouvaient pas en mon pouvoir et que je tenais généralement attachées dans une pièce pour leur éviter de commettre quelques bêtises. J'aurais dû proposer au jeune homme de prendre un autre appartement, mais je ne voulais pas forcément l'exclure. J'attendais qu'il prenne la décision seule. J'étais convaincu qu'il ne pouvait pas souhaiter poursuivre ce train de vie très longtemps, mais il semblait s'y habituer. En lui disant plusieurs vérités qui l'auraient sans douté mis en colère et dégoûté de moi, je pouvais espérer ce genre de résultat. Mais, si je rechignais à le faire, pouvais-je finalement dire que je souhaitais le voir partir ? Je n'aimais pas y penser. Je n'avais que des questions, aucune réponse, donc, aucune possibilité d'agir, et le risque de plus en plus grand de faire un faux pas que je risquais de regretter. Je craignais toujours d'être suivi quand je quittais l'appartement, surtout pour visiter l'humaine que je gardais dans un appartement plus loin, mais je ne pensais pas toujours à me montrer vigilant, surtout à force d'habitude. Après une soirée au parti Caerwyn arrosée par l'eau-de-vie maison d'un des partisans toujours prêt à agrémenter les « plans de campagne » d'un peu d'alcool, je me suis dirigé directement là-bas, sans m'inquiéter d'être ou non suivi. Après tout, je ne partais pas de l'appartement, et j'étais inquiet. Je savais que je l'avais laissé trop longtemps et qu'elle devenait fragile.

– Non, non, non…

Les mots m'échappent quand l'inquiétude me saisit. Je ne prends pas la peine de fermer la porte. Le salon a été ravagé dans une véritable crise de démence. J'avais voulu lui laisser un peu de mouvement plutôt que l'attacher. Après ma vie au village « new age » du Pays de Galles, traiter les humains comme du bétail me semblait un triste retour en arrière, à des temps où mes buts étaient différents, où je pouvais les traiter sans émotion, comme les outils qu'ils étaient alors pour moi. Premier constat, les fenêtres sont toujours fermées. Il n'y aura donc pas de saut de l'ange à déplorer, mais il reste la possibilité de la pendaison… Non, dans son état, elle n'y serait pas arrivée… Ou le cisaillement des veines. Je n'ai mis volontairement aucune lame coupante. Pourtant, tout est silencieux. J'avance doucement, avec l'appréhension de ce que je pourrais trouver. Je n'aurais jamais dû choisir Clara, c'était une sans-abri à la santé mentale fragile avant même de me rencontrer. Je m'étais dit, justement, que les dommages seraient moins grave sur un sujet qui aurait, dans tous les cas, des difficultés à retrouver une vie normale et avait toutes les chances de faire une overdose de crack ou une tentative de suicide réussie dans les prochaines années. J'avais prévu de la relâcher prochainement, mais j'avais tardé, car je n'aimais pas l'idée de devoir me trouver une autre « victime ». J'avais tardé, et Clara était effondré dos contre un meuble de cuisine au milieu d'un tas de couverts renversés, le regard vide, occupée à déchiqueter son bras droit avec ses dents. Je me jette sur elle pour l'arrêter en retenant son membre couvert de morsures ensanglantées.

– Oh, tu es là…, me dit-elle avec un doux sourire tout à fait inapproprié à la situation.
Elle essaye de m'enlacer, je la repousse sans brutalité.
– Qu'est-ce que tu as fait à ton bras ?
– Ce n'est rien… Je t'attendais…
– Lève-toi, il faut soigner ça tout de suite.
– Non, tu es là, je vais bien !
Je la relève de force en l'empêchant encore de se coller à moi pour la conduire dans la salle de bains. Je la fixe droit dans les yeux pour l'inciter au calme.
– Tu dois te tenir tranquille, d'accord. Ne bouge plus tant que je ne t'en ai pas donné l'ordre.
Elle hoche mollement la tête, ses derniers neurones sont momentanément endormis. Je prends un désinfectant dans la pharmacie et commence à m'occuper de son bras. Je vais devoir la remettre dans la rue, et appeler les secours pour qu'elle soit prise en charge. Mais, alors que je prends mon téléphone, j'entends un bruit, je sens une présence à laquelle je n'avais pas encore prêté attention. La porte de l'appartement est toujours ouverte. Je crains que ma volonté de faire passer cet incident inaperçue ne soit compromise.

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Josh R. de RoncevauxJosh R. de Roncevaux


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MessageSujet: Re: Je préfèrerais mourir avec mes secrets [Josh] Je préfèrerais mourir avec mes secrets [Josh] EmptyMer 27 Nov - 16:50

Je préférerais mourir avec mes secrets


V
oler dans un appareil à réaction fut une expérience troublante et exaltante. Les prouesses technologiques m’impressionnent. Sachant qu’avant la brèche, les voyages transatlantiques étaient aussi courants que de prendre le train, j’ai quelques regrets de ne pas avoir connu cette période qui ressemble à un âge d’or disparu. La fermeture drastique des frontières avait mis fin au brassage de la population, et d’après le Ficus à une pollution non négligeable de la pollution. Un mal pour un bien.

New York. Malgré le désastre qui l’entoure, le survol de la ville m’a ébloui. Je n’étais pas le seul. Le très lymphatique et sérieux Macsen avait eu l’œil brillant et s’était lui aussi contorsionné sur son siège pour regarder la ville. Cela avait un côté rassurant. Plus humain de sa part. Le voyage avait duré quelques poignées d’heures. La compagnie du Ficus m’apaise. Je n’arrive pas à cerner ce que je ressens à son égard. Gratitude de m’avoir réveillé ? J’ai conscience d’être un fardeau. Il a la patience d’un chêne. Le flegme aussi. Il est aussi mon seul repère fixe entre ma vie d’avant et celle qui commence. Me suis-je pris d’affection pour mon bourreau ? Est-il seulement mon geôlier ? Il m’a mis en confiance, libéré de ma couche éternelle et affirmé qu’il ne me demandait rien en retour. Vérité, mensonge ? Un entre-deux, j’imagine. Pour le moment, je lui sers de compagnon de route, d’ami un peu proche tout en ne sachant quasiment rien de ses desseins.

Je ne me départs pas de l’impression qu’il éprouve un certain malaise. Comme si ma proximité le dérangeait par moment. Il reste un être énigmatique. Son côté peu volubile attise ma curiosité. J’aimerais mieux le comprendre, je me sentirai alors plus efficace comme ami. Car j’ose espérer que notre lien a la couleur de l’amitié. Une fraternité née par la convoitise commune d’un objet ancien et d’un voyage pour le moins étrange dans son monde, sur ses terres. Je sais maintenant qu’il aurait pu me forcer à lui remettre la dague. J’avais résisté à son attraction. Macsen sait se rendre séduisant, très attirant, mais il n’avait pas joué à pleine puissance de ses pouvoirs sur moi. Je suis encore troublé quand je repense à ce qu’il s’était passé sur le toit du British Museum. Rien à voir avec ce que j’ai pu tester avec quelques grammes d’alcool dans le sang avec des amis proches, des frères de débauche. C’était une emprise pas désagréable, mais avec la sensation de perdre mon libre arbitre.

(…)

Notre installation s’est faite rapidement. La nature de faune du Ficus avait grandement facilité l’affaire. Nous avions visité des appartements et même si c’était Macsen qui finançait notre installation, il s’enquit de mon approbation. J’ai apprécié. Notre choix s’est fixé sur un logement bien situé avec deux chambres, un séjour et une cuisine. Pour les meubles, je fus surpris du côté peu regardant de Macsen qui avait opté pour du fonctionnel acheté en lot. J’imaginais le faune plus nature dans sa manière de consommer. Pour ma chambre, j’avais choisi uniquement le lit. Me réservant l’activité d’aller chiner pour trouver le reste et de quoi ranger mes vêtements et mes livres. Mes possessions tenant dans une valise, ce n’était donc pas pressé.

(…)

Dehors c’est l’inconnu. Mœurs, langage, us et coutumes. Savoir que divinités, méthamorphes et autres étrangetés se baladent incognito au milieu des humains ignorants pour la plupart m’effraie. Parfois, des crises de démophobies me clouent sur place. New York grouille de gens bien plus que je n’ai pu en côtoyer jusqu’à présent. Paris en 1930 fait figure de ville provinciale à côté de cette mégapole. Je n’ai rien dit de mes malaises au Ficus, juste évoqué avoir besoin d’un temps d’adaptation dans cette ville dirigée par celui qui m’avait condamné à un sommeil perpétuel. J’imagine qu’un jour, je serai amené à croiser à nouveau les pas de Merwyn Caerwyn.

Je tourne donc dans le quartier, repère les différentes boutiques, tentant de comprendre les flux migratoires de cette foule. Ceux qui viennent travailler, ceux qui habitent dans le coin. Macsen étant occupé sur ses propres affaires, je me charge des courses et des repas. Une tâche bien définie, facilement transposable d’un siècle à l’autre. Je joue sur mon accent français lorsque je sens que je commets une maladresse ou une erreur. Peu à peu, mon oppression s’envole. La peur des créatures s’estompe. Elles semblent rester discrètes. Comme à Paris, je lis la presse. Je tente de comprendre les enjeux de la ville, qui sont les adversaires du paternel de Macsen, ses alliés. Mais, je manque de connaissances, de prérequis, je n’arrive pas à lire entre les lignes. Je ne comprends pas grand-chose à la politique de la ville. Les enjeux, les risques sociétaux. Difficile donc pour moi d’évaluer les opportunités qui s’offrent à moi.

(…)

J’ai revu Merwyn Caerwyn lors d’une interview à la télévision. Je ne sais pas qui j’ai le plus observé : cet homme bien loin du souvenir que je m’en faisais, ou son fils qui le scrutait attentivement sur l’écran du téléviseur. À défaut de me trouver une voie, l’envie d’en apprendre plus sur mon hôte commence à occuper mes pensées. Alors je le sonde. Je parle de ce que j’ai lu dans les journaux, lui en demandant des explications parallèles et profite des opportunités de l’actualité pour glisser une question ou deux plus personnelle. Mon inquisition finit par se ressentir, je lève le pied de crainte qu’il me mette dehors. Tout est encore trop inconnu pour moi pour vivre seul. J’ai bien ce téléphone que Macsen m’a acheté, mais je le harcèlerais à toute heure. Puis, j’ai toujours eu l’habitude d’avoir une présence à mon domicile. À Paris c’était Pierre, mon majordome qui remplissait les pièces de sa présence discrète et amicale. L’appartement ici est un peu plus petit, mais ce n’est pas le Ficus qui prend de la place. Cela me plaît de partager mon quotidien avec lui. Il n’en dit rien, mais j’imagine que tôt ou tard, je devrais devenir plus autonome. Je ne suis pas d’un naturel inquiet et j’aime l’aventure et me risquer en terres inconnues ne m’a jamais dérangé. Mais ici, j’ai la désagréable impression que les dés sont pipés. Mon statut de simple mortel sans pouvoir autre qu’une épée qui tranche n’importe quoi me laisse peu d’espoir sur la place à laquelle je peux prétendre dans cette ville. Sinon être le jouet d’une entité ou d’une autre.

J’ai commis l’imprudence d’offrir un verre à une belle blonde. Je me retrouve avec un contrat sur le dos que je n’ai point signé. Poulpy souhaite voir Macsen, négocier le partage de ma personne… Je n’ai encore rien dit au faune. Pour ne pas passer pour un naïf. Pour ne pas l’attirer dans ce piège qu’est le Léviathan. Pas une péniche, mais le radeau de la méduse. Parce que si ce n’est pas Tiamat qui me mangera, cela sera un autre. Comment rivaliser ? J’ai peur d’être l’un des derniers représentants de mon espèce.

(…)

Macsen est sorti roder dans une soirée de partisans de son père. Après le repas, je me suis plongé dans un livre qui parle de l’économie du début du XXI siècle. Mais je sature d’apprendre encore et encore. J’ai l’impression de toujours débarquer d’une autre planète. C’est déprimant. Je me dis que j’aurais dû demander à Macsen si je pouvais l’accompagner à sa soirée. Pour ensuite me raisonner. Cela nécessite de m’attribuer un rôle, une fonction. Pour le moment, je ne suis que son parasite. Oui, ce soir je broie du noir. J’ai le sentiment de ne servir à rien et je ne connais encore rien de ce monde pour ambitionner quoi que ce soit. L’import-export est un marché verrouillé qui demande un réseau et des accréditations que j’aurais bien du mal à avoir. Je ne connais pas les cours des marchandises ni leurs impératifs de production. Las, j’abandonne mon livre sans même marquer la page où j’en suis, prends ma veste et sors.

Dehors j’hésite. Je commence par marcher au hasard sans toutefois sortir d’un périmètre invisible au-delà duquel je ne m’aventure pas, sauf pour aller sur le Léviathan. Après trois quarts d’heure d’errance, j’entre dans un bar et commande un café. Le barman évoque la météo et le dernier match de basket. J’échange des banalités, je n’apprends rien de nouveau. Mon café terminé, je songe à commander autre chose lorsque dehors je vois passer Macsen qui avance d’un pas décidé, l’air un peu inquiet. Je paye ma consommation et sors pour le rattraper. Seulement au lieu de bifurquer dans la rue de notre appartement, il poursuit tout droit. Intrigué, je décide de le suivre en gardant mes distances.

Il ne va pas très loin. Deux rues plus loin, il s’engouffre dans un immeuble. Sur le trottoir, j’hésite. Le suivre ou rentrer ? Mais je ne sais pas quoi faire de ma peau ce soir, j’entre donc dans l’immeuble et arrive juste à temps pour noter l’étage où l’ascenseur s’arrête. Je prends les escaliers et monte les marches rapidement. L’appartement n’est pas à un étage élevé. J’entends clairement la voix de Macsen. Il est inquiet. J’accélère.

La porte de l’un des appartements est restée entrouverte. Macsen a dû la repousser, mais pas assez fort pour que la gâche s’enclenche. Je tends l’oreille. J’entends une voix féminine. Sa maîtresse ? J’esquisse un sourire, prêt à me retirer et regagner notre appartement quand la suite de la conversation m’intrigue par le ton des deux interlocuteurs. La femme ne semble pas dans son état normal. Pourtant, le ton de Macsen me dit qu’il n’est pas étonné de la situation. C’est une phrase qu’il prononce qui me décide à entrer : « Ne bouge plus tant que je ne t'en ai pas donné l'ordre. » Je repense au village Gallois, aux villageois qui parlaient de Macsen avec déférence. Je sais qu’il se faisait passer pour divinité, recommence-t-il ici ? Si oui, pourquoi ? J’ai l’impression que la réponse à cette question éluciderait bien des mystères.

Je me suis avancé dans cet appartement relativement petit. Il y a quelque chose d’étrange. Est-ce la décoration ? L’absence de choses que je n’arrive pas à saisir ? Cette femme habite ici, mais cela semble être un lieu de non-vie en même temps. Un torchon abandonné sur un cadre donne une atmosphère maladive. Ils sont dans la salle de bain. Sans prendre garde, je bouge un objet qui fait un léger bruit en reprenant sa place. La conversation s’arrête. Je regarde vers la porte d’entrée : trop loin pour que je l’atteigne avant que Macsen me voie. Et puis je voulais en savoir plus sur lui. C’est le moment de le confronter. Un doute m’assaille alors que je vois la porte de la salle de bain s’ouvrir lentement. Macsen joue-t-il avec les humains comme je fais Thomasine ? Suis aussi une sorte de jouet pour lui ? Le peu de certitudes que j’avais acquis depuis mon réveil se disloque. Je n’ai que les paroles des uns et des autres. Sur le Léviathan, j’ai eu une belle leçon sur la polysémie. Jusque-là, Macsen représentait à mes yeux une ancre. Un point stable sur lequel m’appuyer. Une base solide à partir de laquelle je pourrais m’élancer. Mais je ne connais rien de lui ou si peu.

L’ignorant n’est-il pas plus heureux ?

Trop tard pour revenir en arrière. J’avance d’un pas pour avoir une vision de l’intérieur de la salle de bain quand la porte sera entièrement ouverte. Je m’arrête quand je croise le regard du Ficus. Je décale mes yeux vers la silhouette derrière lui. La femme est partiellement cachée par Macsen, mais j’aperçois son air hagard, sa pâleur maladive. Elle n’est que l’ombre d’une humaine. Une simple d’esprit que Macsen aiderait ? J’aimerais pouvoir croire à cette option. Mais ce que j’ai vu au pays de Galles ne m'incite pas à penser que le faune donne dans le social.

- Bonsoir Macsen. Je t’ai croisé par hasard. Tu me semblais… soucieux. Je t’ai donc suivi. Tu veux bien m’expliquer ce qu’il se passe ici.

Je vois bien que je dérange, que j’ai vu ce que je ne devais pas voir. Je ne sais pas quoi penser. Est-il comme Thomasine ? S’amuse-t-il aux dépens de cette fille, ou y a-t-il une raison profonde à tout cela ?

- S’il te plaît ?

Je ne suis pas en colère, simplement perdu et désemparé. Je ne sais plus que croire ni qui croire.

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