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Triple L [Lenny]

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Le Léviathan
Thomasine T. OcéaneThomasine T. Océane


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MessageSujet: Triple L [Lenny] Triple L [Lenny] EmptyLun 7 Oct - 6:42

Nous sommes au neuvième jour de la lune, j’ai vingt-cinq ans. C’est le début du jeune des magiciens et, par absence de vent, les nuages promettent de rester sur New York du lever au coucher du soleil ; quand bien même celui-ci tentera de les percer à son zénith, avant de disparaitre à nouveau derrière eux. Les pluies devraient arriver après la tombée de la nuit, vers 18h30, tandis que les températures tourneront aux alentours de la vingtaine de degrés et que le taux d’humidité restera au-dessus de 70% ; une journée agréable pour moi. Une journée désagréable pour les autres, considérant combien elle rend encore plus lugubre les reconstructions minimums de cette banlieue nord exacerbée qu’est le Quartier Grey. Si l’on peut se dire que la pluie chasse un temps la saleté des ruelles, les nuages en accroissent l’obscurité et l’éclairage urbain n’est pas d’un grand secours, dysfonctionnel au mieux et absent au pire. La jungle urbaine prend un sens plus dangereux ici. Même les locaux, habitués à ne pas s’attarder sur le chemin de leur quotidien afin d’éviter d’y inviter des ennuis, pressent le pas. Comme dans tout ghetto, le pouvoir se répartie au sein des sous-quartiers ; s’il n’est nulle cité pour s’élever vers le ciel en y entassant ses populations, ces dernières se sont organisées entre elles et au sein des anciens quartiers ethniques. L’ancien Harlem est resté majoritairement noir, les anciens Spanish Harlem et Washington Heigts majoritairement latino… cela étant, il faut reconnaitre que l’immigration post-Brèche, venue du reste du monde mais surtout des Etats-Désunis voisins, a ajouté une certaine diversité à rajouter encore et toujours de la masse ; des jaunes et des blancs, notamment. Peu étonnant que la police n’ose pas toujours intervenir et qu’on dise que "vous n’avez pas envie de vous éterniser ici, sauf si vous êtes un démon…" ; ça tombe bien. Toute mafia suit un fonctionnement similaire à un Etat et se base sur un contrat social, dont l’omerta est une règle. Cela étant, il faut reconnaitre le plus grand rapport à la violence au sein de la mafia qu’en celui de l’Etat ; même si alliances et confiances sont aussi fluctuantes dans l’un que dans l’autres, le propre de la "démocratie".

Je n’ai pas encore fait le tour des protagonistes en place dans le Quartier Grey, quand bien même j’y œuvre plus régulièrement qu’ailleurs. L’implication de Thor dans sa reconstruction m’offre des concurrents afin de m’attirer la fidélité des exclus mais je ne m’en inquiète pas : notre approche est différente. Lui veut faire de ce purgatoire un paradis à l’instar du reste de la ville, sur lequel il aura cependant de l’influence puisqu’il l’aura bâti. Moi je préfère montrer le paradis qu’est le reste de la ville pour inciter les gens du purgatoire à l’Envie et exercer mes droits de présidence. J’aime particulièrement l’aspect éducatif : d’avoir réuni les écoles dans le Quartier Learning, on s’est assuré de la même éducation pour tous comme peu de pays y sont arrivés mais on a créé de nouvelles tensions en important "la mauvaise jeunesse" dans les "beaux quartiers". Voilà qui crée l’Envie chez les jeunes, comme chez leurs parents. Aider ceux-ci à trouver travail voire logement dans lesdits "beaux quartiers" me permet de disséminer mon influence à travers toute la ville, quand bien même c’est dans cette marge citadine et légale que mes cartes de visite tendent à marcher le mieux. Je fais du social, je résous les problèmes des gens. Glisser quelques billets à un père endetté, organiser un feu d’artifice pour les gamins, calmer un conflit qui risque de dégénérer, avertir deux fois un propriétaire de chien bruyant que celui-ci dérange le voisinage avant de l’attendre chez lui avec la tête du dérangement sur la table… les gens ne savent pas de quoi je suis capable mais ils savent une chose : je peux en être capable pour eux.

Veste de tailleurs ouverte sur une chemise boutonnée jusqu’à la poitrine, mains dans les poches d’un pantalon de toile lui-même rentré dans mes bottes en cuir étrange, je pénètre l’appartement. L’électricité qui y est présente projette de façon incertaine des ombres qui se fondent dans les moisissures des plaintes, dégageant cet aspect visuel et olfactif de vieux garage souterrain. Grossièrement peints en gris, les murs sont entretenus au mieux malgré le crépi gorgé d’eau et de champignons. Par endroit, les bruits de canalisation se font entendre ; moins celle de l’appartement que de ses voisins d’au-dessus. Après un petit vestibule incluant toilettes et salle de bain s’avance une pièce principale fusionnée à la cuisine qui débouche elle-même sur une porte close de chambre ; quand bien même la demi-douzaine de personnes vivants ici doit laisser les parents dormir au salon.

D’ordinaire.

Actuellement, tous doivent chercher à y dormir. L’anglais hispanisé de la mère de famille m’est familier. C’est elle qui est venue me trouver car "les docteurs savent pas quoi en dire". Evidemment, lorsque le diplôme est obtenu dans la rue, les médecins se retrouvent limités face aux cas inhabituels. Et les symptômes qui m’ont été décris le sont incontestablement pour eux : alternance d’états calmes accompagnés d’amnésie et d’état de crise entrainant des contorsions, des élans d’agressivité, des discours dans des langues inconnues, des connaissances impossibles, de l’insensibilité psychologique et physique ainsi qu’une force anormalement élevée. Et encore, si j’ai raison, la créature ne leur a pas sorti le grand jeu de télékinésie et de lévitation. Devant la porte du fond, je prends une inspiration alors qu’on me la déverrouille.

J’entre.

Trois lits dont un avec mezzanine, deux armoires, une table longue servant de bureau devant la fenêtre, une jeune femme hispanique assise en tailleur au milieu de tout cela. Ces yeux bougent comme si elle rêvait. Ses lèvres tremblent en un murmure inaudible. La porte se reverrouille derrière moi. Les lèvres s’ouvrent. Les yeux aussi. Le sourire qui commence à se former se décompose. Le regard se fige. Je crois les bras, sourire en coin.

« Quel est le problème, vous ne pouviez pas simplement vous faire passer pour votre victime et faire croire à une altération de son comportement comme il se doit ? »

Les mouvements des yeux sont rapides. Les mouvements des lèvres sont rapides. La voix de l’hôte est toujours inaudible, myriade de murmures. Puis tout s’accorde.

« Je n’ai pas réussi à obtenir l’unanimité.

- La démocratie ne fonctionne qu’à la majorité absolue.

- Même. Vous connaissez les syndiqués.

- Je les aime bien. Tout comme vous : j’adore votre concept. Cela étant, les aléas qu’il entraine m’amènent sur votre chemin. Je vous demanderai bien ce que l’on fait mais je vais vous laissez le temps de débattre à ce sujet.

- C’est trop aimable, mon Prince.

- Je sais, mon Colonel.
»

Mon sourire carnassier reste alors que je me retourne puis quand je toque à la porte. Il disparait lorsque celle-ci est déverrouillée puis ouverte.

Je sors.

Tous les yeux de la famille concernée sont sur moi, matriarche au premier rang. Je reste trois secondes sur chaque protagoniste ; mère, père, grand frère, petite sœur, petit frère. Mes mains chassent ma veste afin de trouver mes hanches en un geste de confiance.

« Êtes-vous croyante, madame Herminia ?

- Por quoi señora Océane, intervient son mari. Vous le pensez possédé ?

- Lo sabía, reprend la concernée. Lito, vas me chercher l’ami de ton ami là, l’exorciste. »

La tête du grand frère laisse comprendre que le résumé de sa mère est plus qu’inexacte, sans doute au niveau du réseau d’amitié énoncé, mais l’insistance de la seconde presse le premier. Le regard du père, tout désorienté qu’il soit, suffit à achever cette discussion qui ne commencera pas mais m’amuse déjà. Ainsi donc, il y a des "exorcistes" en ville ? Curieuse de savoir s’ils seront du même niveau que les "docteurs".

« Señora Océane… je m’excuse de vous demander cela mais pourrez-vous nous prêter l’argent ?

- Evidemment,
réponds-je avec politesse. Nous avons le temps d’en discuter avant que votre invité n’arrive. »


Le démon:
 
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MessageSujet: Re: Triple L [Lenny] Triple L [Lenny] EmptyMer 9 Oct - 20:51

– Je crois remarquer que ça marche pas fort les affaires en ce moment.
Lenny soupira sans quitter les yeux de l'écran de son ordinateur. Ses doigts continuaient à taper rapidement sur le clavier.
– Je t'ai pas sonné, je suis occupé.
– T'es occupé à tchatter...
Il s'interrompit et se tourna vivement vers la cage de son chinchilla blanc. Le tour des yeux de l'animal était passé du bleu au rouge ces dernières mois, depuis l'arrivée d'Ozibuth dans sa vie, voire dans leur vie, si on considérait sa présence envahissante au milieu de son couple. Mais Ezra ne trouvait assez distrayant pour vouloir le garder.
– On vient de me demander un renseignement ! s'exclama-t-il agacé.
– Même, tu regardais des fauteuils avant…
– Peut-être que je ne le ferais pas si t'avais pas pris feu sur l'actuel.
– Un mauvais rhume, ça arrive à tout le monde…
Ah oui, on pouvait dire que le démon mineur qui avait décidé de posséder son animal de compagnie leur apportait du divertissement. Mais, quand vous étiez tranquillement assis à lire un livre, qu'il semblait, pour une fois, tranquillement posé et silencieux sur l'accoudoir, comme un chinchilla normal, et qu'il se mettait soudain à éternuer en crachant du souffre, c'était une diversion dont on pouvait se passer. Lenny retourna à sa discussion avec une ancienne camarade de promo, bien décidé à ne plus accorder d'attention à la version low cost de Belzebuth. La première fois qu'il lui avait sorti son nom, il avait cru à une blague. Puis, il s'était demandé si la sonorité familière faisait de lui un démon important. Mais non. Osibuth n'avait pas de grande réputation aux Enfers. Personne ne s'intéressait à lui, et il avait trouvé le moyen de l'invoquer sans le faire exprès… Ce n'était pas un mauvais partenaire de méfaits. Et, comme il ne demandait pas grand-chose en échange, c'est à dire, rien de plus que l'âme des personnes auxquelles Lenny souhaitait nuire, ils avaient assez rapidement fait équipe ensemble. En récoltant des âmes grâce à son aide, Osibuth avait acquis un peu plus de pouvoir. De quoi lui faire un beau jour la surprise d'apparaître dans le corps de Lucrèce, son pauvre chinchilla, puis de lui sortir un discours larmoyant sur le fait qu'on était méchant avec lui aux Enfers, qu'il s'était attaché, qu'il voulait rester près de lui, qu'il pouvait bien lui accorder ça après tout ce qu'il avait fait pour lui etc etc. Avec l'argument ultime du « de toute façon, ta petite boule de poils adorée va bientôt mourir ». Le « bientôt » était relatif pour un rongeur qui avait une espérance de vie de vingt ans, mais il était vrai que Lucrèce commençait à se faire âgée et qu'un démon pourrait prolonger son existence pour plusieurs décennies encore. Sauf qu'il fallait se le supporter.  


– Mais il n'empêche, ça fait une semaine que notre super équipe fait plus rien, reprit Ozibuth après un trop court silence.
– Tu m'as fait passer pour un débile la dernière fois.
Lenny lui en voulait toujours de ne pas avoir suivi le plan. D'accord, le chat de sa dernière potentielle cliente s'était montré un peu agressif. Mais comment voulez-vous obtenir un paiement quand, sur un coup de tension tout à fait soudain, votre gentil chinchilla déploie une mâchoire anormalement grande pour croquer la tête du félin qui vient le renifler ? Et, excusez un peu l'explication : « Il m'a stressé, j'ai perdu mes moyens ».

Encore un silence. Encore une interruption.
– Si tu bossais tous les jours, tu pourrais te faire facile 1000$ par semaine, et encore tes tarifs sont cool. Ça te fait quoi ceci dit d'avoir perdu 1000$ ?
– Arrête de me les briser, tu sortiras pas de ta cage.
– Mais je me sens mal dans cette cage. Même Lucrèce l'aime pas. Elle souffre elle aussi.
– Je croyais qu'elle avait pas d'âme.
– Ouais mais, dans des situations aussi extrêmes, même les rongeurs ont des sentiments.
Lenny leva les yeux au ciel. Discuter ne servait à rien, Osibuth était la mauvaise foi incarnée. Il avait toujours une réponse plus stupide qu'une autre en réserve. Pas étonnant que les autres démons passent leur temps à le taper, il le cherchait vraiment.

Quand le téléphone vibra, le petit animal s'agita dans sa cage en répétant « C'est sans doute un boulot, décroche ! Allez, décroche ! »
La personne au téléphone était agitée. Il ne fut pas évident d'obtenir les informations essentielles car elle partait dans beaucoup de précisions sans intérêt. Le cas de possession qu'elle décrivait semblait cependant sérieux. Mais l'adresse qu'elle lui donna n'avait rien de très engageant. Si on y ajoutait un accent étranger, il était peu probable que les personnes aient de l'argent. Et il n'allait pas se déplacer bénévolement, surtout dans un quartier aussi pourri.
– Désolé, mais je propose pas des exorcismes gratuits, dit-il sèchement dès qu'il eut connaissance de la localisation. Il allait raccrocher, malgré les supplications déchirantes d'Osibuth, quand la personne au bout du combiné lui jura qu'elle aurait ses 100$ en cash à son arrivée et en le suppliant à nouveau de venir. Trop de monde le suppliait en même temps. C'était très envahissant.
– D'accord, je vais voir.
Il n'était pas convaincu. Pas du tout.
– Alors, on se met en route ? demanda son démon avec enthousiasme.
– Je crois pas non.
– T'es sérieux ? Arrête ! Tu as besoin de cet argent ! J'ai besoin de cette sortie !
– Pas sûr qu'ils paient. Et puis, le quartier Grey, ça craint. On sait pas ce qui peut traîner là-bas, même niveau possessions.
– Allez quoi ! T'es un démoniste ou pas ? Tu vas te laisser intimider par des pauvres ? Tu les as entendu au téléphone, ils sont désespérés, ils ont besoin de toi.
Lenny resta silencieux quelques minutes. Après tout, il n'avait pas grand-chose à faire de sa journée. Les hispaniques étaient souvent très croyants, donc ils connaissaient les signes de possessions et savaient très bien les feindre eux-mêmes dans des phases délirantes. Donc, le cas n'était peut-être même pas réel. Si ça craignait, il pourrait toujours rebrousser chemin. Et, de toute façon, s'il restait ici, Osibuth allait le harceler toute la journée.
– Ok, on y va.
Il prit son imperméable gris et quitta l'appartement.

L'endroit était sinistre. Comme le fit remarquer Osibuth, il y avait quand même mieux pour une incarnation en surface. Peut-être, mais puisque les gens qui vivaient ici n'intéressaient pas grand monde et n'avaient pas d'argent, les habitants de la zone constituaient des victimes idéales pour une apparition discrète sans risquer de se recevoir un exorciste au premier faux pas.
Quand Lenny arriva devant l'adresse, il eut peine à croire qu'il allait entrer dans ce truc. C'était un coup à chopper des maladies du Moyen-âge rien qu'en respirant à l'intérieur. Ignoble. Les gens payaient vraiment un loyer pour ça ? Ils devaient squatter illégalement, c'était pas possible autrement. Tout était totalement délabré. C'était sale et encombré de gens comme d'objets. Franchement, un mec qui déraille là-dedans, c'est l'occasion rêvée de faire de la place. Toute personne de bon sens, en tout cas, l'aurait viré ou aurait trouvé un prétexte pour le tuer. Mais nous dépassions visiblement tout bon sens. Ces gens-là ne devaient pas avoir un niveau d'intelligence plus élevé que celui d'un cafard. Ils acceptaient la vie dans ces conditions, ils étaient même prêts à mettre 100€ sur la table pour sauver un type qui encombrait juste l'espace… D'ailleurs, ils avaient bien l'argent ? Étonnement oui, on lui présenta les billets qu'il pourrait récupérer à la fin de son travail. L'exorcisme en question était financé par une jeune femme blanche qui détonnait totalement dans le décor. C'était qui celle-là ? Il la suivit dans la pièce où se tenait le possédé à moitié hagard. Osibuth semblait agité sur son épaule.
– J'ai besoin d'être seul pour l'étudier, dit-il pour forcer les gens à s'éloigner. C'est pas un spectacle, ok ?
Une fois isolé avec le possédé, son démon de compagnie parla.
– T'avais raison, ça craint. On devrait partir.
– Tu te fiches de moi, là ?
– J'aimerais bien mais…
Lenny attrapa une main de l'homme totalement déphasé. Il ressentit plus d'une présence en lui. Beaucoup de présences. Trop de présences. Des dizaines. Des centaines.
– C'est quoi ce délire ? Le gars s'est fait attaquer par une fourmilière ou quoi ?
– Bah ça, c'est Légion, mais…
– Ah tu vois, avec tes plans à la con !
– ça va, je pouvais pas savoir… Mais surtout…
– Sérieux c'est le tiers monde là-dedans... Un à un, ils sont pas trop forts. Ils ont payé pour un démon un, je vais leur faire sortir un démon, puis c'est tout.
– Non Lenny, attend !
Il se redressa pour rouvrir la porte sans prêter attention à l'avertissement d'Osibuth qui commençait sérieusement à l'énerver. Il l'avait embarqué dans cette galère. Pas question de repartir maintenant, il l'avait prévenu.
On lui demanda inquiet s'il pouvait faire quelque chose, il répondit que oui et leur demanda de bien rester au fond de la pièce. Puis, il se plaça à nouveau devant son « patient », qu'il regarda droit dans les yeux, en activant pleinement son pouvoir de persuasion, et en s'exprimant le latin. Les démons comprenaient latin, les humains y pigeaient rien. C'était pratique pour discuter tout en faisant croire qu'on était en train de réciter des formules magiques.
– Bon, on m'a payé pour exorciser un démon, alors on va faire simple. J'en vire un, je vous laisse choisir lequel si vous voulez, et vous vous accordez pour faire croire que le type est guéri. Vous faites ce que vous avez prévu de faire avec votre victime, et moi je récupère mon argent, d'accord ?
Il attrapa les deux mains de l'homme et se concentra pour distinguer les différentes présences, pour se connecter mentalement à elles, se focaliser sur les plus faibles. Il attendait encore un peu. Si les démons voulaient lui livrer l'un des leurs, il le prendrait, sinon, il attirerait à lui le plus facile à faire sortir. C'était leur choix, le moins aimé du groupe, ou le plus faible. Ceci dit, parfois, cela revenait au même.

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Dernière édition par Lenny Pinsker le Ven 1 Nov - 17:00, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Triple L [Lenny] Triple L [Lenny] EmptyMer 16 Oct - 11:55

La discussion est vite expédiée ; prêter de l’argent n’est qu’un hameçonnage, il ne saurait être la véritable pêche. Mais la dette amènera à de nouvelles rencontres, qui amèneront à de nouvelles dettes, qui amèneront au paiement. L’âme. Je dirais bien que, à terme, l’affaire qui se joue ici peut me rapporter une demi-douzaine d’âmes mais c’est sans compter les descendances qu’auront les présents, et celle que Légion convoite. Considération qui renvoie à la question éternelle est insatiable. Pourquoi ? Pourquoi cet hôte ? Pourquoi s’être fait découvrir ? Légion est un bordel innommable et inénarrable mais, s’il a prouvé une chose, c’est que son intelligence collective fonctionne. Sinon, il n’aurait pas été capable de se hisser à une position de pouvoir dans l’armée de Satan, ni de jouer un rôle dans sa déchéance. Mon fils et mon héritière sont seuls connaisseurs du pacte passé avec Légion, conclut au cours d’une possession guère plus discrète que celle-ci. Est-ce qu’entrainer les humains dans une mésaventure est le but de la manœuvre ? Généralement c’est une diversion. Combien de démons ont-ils ainsi attiré des membres éminents de l’Eglise et acceptés d’être chassé d’un hôte pour en trouver un nouveau, plus important et dont la corruption entrainait plus de conséquences ? Serait-ce le cas ici ? Y aurait-il des sorciers et des prêtres d’une importance suffisante à ce qu’un être comme Légion gagne à s’y inviter ? Était-ce là l’objectif de l’histoire ? Considérant que les interventions de monsieur Lenny Pinsker sont à 100$, j’en doute. Oui, l’inflation suite à la Brèche avait bouleversée la valeur des monnaies qui avaient survécu, mais les autorités donnaient au minimum cinq fois plus pour un criminel qu’il fallait arrêter ; ce à quoi une possession peut se comparer. Pour ne pas dire qu’elle aurait plutôt tendance à dépasser les deux milliers de dollar, surtout considérant combien une entité comme Légion peut être pénible à maltraiter. La technique surnuméraire a toujours étonnamment bien marché, les nuisibles en sont un exemple. Je n’ai cependant pas l’occasion d’interroger le démon avant l’arrivée de l’exorciste, la famille ne m’ayant pas appelé pour cela ; et je ne leur en tiens pas rigueur, puisque cela simplifie ma vie pour l’heure.

La première chose à attirer l’attention de l’exorciste, un jeune homme d’une demi-douzaine de centimètres de moins que moi talons exclus aux yeux d’un bleu intense, est son argent. La seconde chose à attirer mon attention est son animal, un lapin nain avec une queue d’écureuil dont le nom de l’espèce sudaméricaine m’échappe bien plus que l’imprégnation démoniaque qui émane de l’animal. Intéressant… Voilà qui explique bien des choses, notamment la connaissance des démons et les possibilités d’exorcisme. C’est un magicien, effectivement. Et il a un familier démoniaque, qui doit bien enrager d’avoir pareil hôte alors que les homologues qu’il croise ont pris des formes humaines. Une motivation supplémentaire à ce que le petit démon aide son maître magicien à l’encontre de leur adversaire commun ? Cela serait astucieux de la part de l’exorciste. Exorciste qui me remarque avec une perplexité bien moins dégoutée que pour le reste du décor mais ne s’attarde pas. J’en fais de même, gardant mon amusement intérieur.

Lorsque j’accompagne dans la chambre scellée, j’ai la surprise de découvrir la présence d’un homme, complètement déphasé. Voilà qui explique le choix de l’hôte : lorsque j’y suis entrée précédemment, il s’agissait d’une jeune femme hispanique. Une métamorphe. Cible parfaite pour un démon. Cible parfaite pour qu’un démon comme Légion ne soit pas unanime. Trop de possibilités tuent les possibilités, le paradoxe du choix. Cela n’explique pas tout mais cela explique des choses. Reste que la famille n’a pas mentionné le changement d’apparence dans les symptômes. Alors que l’exorciste s’isole avec le démon, je regarde le reste des présents.

« Alors, vous n’auriez pas oublié de me dire quelque chose ?

- Vous ne nous auriez pas cru,
s’excuse madame Herminia.

- Vous avez raison… »

Je dirais bien que je feins la perplexité à mon tour mais je suis réellement perplexe. Qu’on interprète les millénaires d’expérience qu’énoncent ma carte comme des savoirs reçus en héritage, non un âge réel, est une explication aussi rationnelle que celle qui veut que je fasse simplement mon intéressante. Qu’on appelle des médecins pour un trouble qui relève du surnaturel, alors qu’on reconnait la chose comme surnaturelle, est plus suspect. Ce qui donne un angle de vue bien différent sur la situation. Un angle de vue qui me plait pour ce que je pourrais en faire.

Les docteurs ne sont pas un mensonge, je l’aurai vu lorsqu’elle m’en a parlé. Cependant, peut-être que l’incapacité des docteurs à expliquer les capacités de leur fille a conduit à la considérer comme possédée. Coïncidence d’autant plus amusante que, avant ou après cette découverte, Légion l’ait effectivement possédée. Ce qui nous ferait une famille retenant en otage un démon et la sorcière que ledit démon retient en otage. Rajoutons à cela la fouille-merde du quartier et un exorciste… comment cela pourrait-il mal finir ? Plus important, savent-ils pour les divinités ?

Je tourne la tête sans décroiser les bras lorsque l’exorciste sort de la chambre avec un énervement qu’il ne saurait me dissimuler. L’inquiétude de la famille est réelle, sans doute ses membres espèrent-ils que l’exorcisme fasse partir le démon comme les pouvoirs. Rien qui ne soit étonnant, ni explicité. A l’inverse de l’invitation à venir regarder le spectacle. J’en relève les sourcils mais ne me fais pas prier ; pourquoi refuseras-je le divertissement ? Surtout que je le finance. Et, comme j’ai l’intention de le voir jusqu’au bout, capter le regard inquiet du familier me conduit à le fixer un instant. Quand on fixe trop longtemps l’abîme, l’abîme vous regarde aussi. Tout est dit.

Un face à face, les yeux dans les yeux. Théâtral. Une déclaration en latin. Magistral. Enfin, sauf quand on en comprend le contenu. Là… on s’en amuse mais pas de la même manière. Cette négociation… voilà qui me fait doucement sourire. Payé pour un démon, exorcisant un démon. Pas d’excès de zèle. Rien de personnel. D’accord ?

« Je ne peux, répond Légion, en latin également, alors qu’il ne fait rien pour se débattre de la saisie. Puis il se tourne vers le chinchilla, en un spasme et un mot, avant d’en revenir à son interlocuteur. Ozi ? La situation est plus divertissante qu’il n’y parait. Félicitation, tu as réussi à trouver un hôte à ta mesure. Je ne m’ennuis pas encore, surtout avec le retournement de situation. Et puis tu t’amputerais de t’une partie de toi de ton côté ? J’ai une question pour toi : sont-ce les nôtres ou les leurs qui humilient le mieux ? D’ailleurs, es-tu un véritable exorciste ? Je dis ça car tu es littéralement un nuisible. Pas vous, évidemment. »

Légion est multitâche, mentalement parlant, pouvant allouer plusieurs démons voire des comités de réflexions à un sujet. Je n’ose imaginer ce qu’il doit infliger à un télépathe cherchant à pénétrer ses esprits, ou toute autre influence similaire. Surnuméraire, toujours. Cela étant, j’ai perçu les trois courants qu’ont libéré son flot de paroles rapides. Je savoure également les doubles sens, confiante dans ma capacité à avoir démêler les dialogues. Je ne me suis jamais vraiment intéressé à ce qu’il fait, pas plus que l’Ozi dont il parle et qui ne me parle pas, mais c’est plutôt prometteur. Reste à voir comment le reste du casting réagir, les membres de la famille suspendus au suspens des échanges qu’ils ne comprennent pas réellement ; même si la parenté linguistique doit leur permettre de saisir des mots voire des sens. Une difficulté supplémentaire. Un divertissement supplémentaire.
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MessageSujet: Re: Triple L [Lenny] Triple L [Lenny] EmptyVen 1 Nov - 18:18

Pour valider un exorcisme, la présence des clients était nécessaire. Ils pouvaient confirmer qu'il se passait bien quelque chose, qu'une présence était effectivement partie. Autrement, ils pouvaient prétendre n'importe quoi. De simples humains ne comprenaient rien à la magie, mais, s'ils lui reconnaissaient de manière indiscutable des connaissances, alors il gagnait en réputation. C'était le seul moyen de faire payer à terme ses services à un tarif plus élevé que celui de véritables charlatans, qui restaient pour beaucoup d'imbéciles sans pouvoir des sortes de collègues. Mais le démon du jour risquait de ne pas lui faciliter la tâche. S'il refusait de coopérer, c'était assez mal parti. Objectivement, ce serait stupide de sa part. Il lui offrait une occasion de s'en tirer tranquillement sans se retrouver avec d'autres exorcistes sur le dos. D'un autre côté, beaucoup de démons préféraient jouer les empêcheurs de tourner en rond plutôt que privilégier la solution consensuelle… Et, à en croire la situation, Légion semblait d'humeur chaotique. Sérieusement, comment un groupement d'esprits avec une telle réputation avait-il pu se faire repérer aussi facilement ? Il avait recruté massivement des stagiaires dans son équipes ou quoi ? Comme il fallait s'y attendre, l'un des démons répondit au nom de la communauté qu'il ne pouvait pas accéder à sa requête. Ah oui ? Lenny fronça les sourcils avec contrariété. Ne pas vouloir était une chose, mais ne pas pouvoir ? Il se moquait franchement de lui. Il ne pouvait pas, mais il pouvait continuer à faire la discussion avec Ozibuth et lui pour passer le temps. Il le pensait venu pour prendre une tasse de thé dans un taudis ou quoi ? Il n'écouta ses paroles que d'une oreille. Il n'était pas venu pour répondre à ses questions. Sur son épaule, Ozibuth ne faisait pas le fier. Il lui murmura en employant le latin :

– Bon, il veut pas coopérer, on se casse.
– Non, trancha Lenny en serrant les dents.

Il n'avait pas fait tout ce chemin pour qu'un démon paumé remette en question ses compétences. Il n'allait pas non plus laisser son partenaire se faire mépriser. Bon, Ozibuth était très pénible, mais ça restait un coéquipier, un coéquipier qu'il avait le privilège d'insulter. Et, surtout, il n'allait pas laisser sa gentille Lucrèce se faire traiter de nuisible. Elle n'avait rien demandé, la pauvre. Elle n'était tellement pas capable de comprendre ce qu'il se passait qu'elle ne pouvait même pas relever l'outrage. Il avait eu le temps de repérer le démon le plus faible pendant qu'il lui servait son discours inutile. Il serra avec fermeté mon emprise dessus.

– Vous êtes bien causants pour un groupe de débiles pas fichus de passer inaperçus dans une famille de cassos.

Depuis qu'il travaillait sérieusement son pouvoir avec Ezra, les vraies confrontations ne lui faisaient plus peur, il avait pris conscience de son potentiel, de cette énergie magique puissante qui lui permettait d'imposer sa volonté, jusqu'à détruire littéralement les esprits errants qui l'énervaient. Par principe, il évitait d'utiliser cette capacité sur les humains. Il ne voulait pas d'une existence où tout n'était que tricherie. Mais si la situation l'exigeait, il n'hésitait plus. Alors, que Légion accepte de jouer le jeu ou non, il pouvait aussi forcer toute une famille à faire ce qu'il leur demandait, comme le payer et le laisser partir, si l'armée démoniaque faisait de la résistance. En tout cas, il augmenta considérablement la puissance de son emprise.  

– J'ai pas de temps à perdre avec vous. Si vous n'êtes pas d'accord, tant pis.

Il tira le démon à lui sans plus de préambule. Le corps se mit à convulser et, aussi, à changer confusément d'apparence. Lenny n'avait encore jamais vu ça. Peut-être un pouvoir de l'humain ou humaine possédé ? Bof, c'était pas son problème actuel. Il n'allait pas se laisser déconcentrer par une information secondaire. L'extraction était plus complexe qu'à l'ordinaire puisque les autres démons tentaient de retenir leur allié. Il dû leur envoyer avec force l'ordre de le lâcher et profiter de quelques millisecondes de faiblesse collective pour faire sortir sa proie avec tellement de violence (il avait mis toute sa force, par sécurité) que la petite créature hideuse et informe qui sortit de la bouche du possédé fut projetée au plafond, où elle s'y écrasa ridiculement, avant de retomber à ses pieds. Derrière lui, les membres de la famille hurlaient de terreur et de dégoût. Lenny considéra la « chose » avec dédain. Sans corps d'emprunt, les démons les plus mineurs ne ressemblaient pas à quelque chose que l'on souhaitait décrire. Celui-là avait une colonie d'yeux aussi gluants que des oeufs de grenouille sur une tête minuscule, un ventre grassouillet, des pattes d'insecte et de petites ailes de chauve-souris qui ne devaient pas le faire décoller très haut. Il eut l'air effrayé de se retrouver seul, à découvert et essaya de retourner vers le corps pour rejoindre les siens.

– Alors là, tu rêves, déclara Lenny en retrouvant son anglais.

L'influence spirituelle était facile maintenant qu'il se trouvait isolé et il lui imposa de prendre possession d'un cafard qui se cachait sous un meuble. Ozi s'agita sur son épaule.

– T'es malade ! Tu pourras pas donner autant d'énergie pour tous les démons et…
– Va le chercher, dépêche toi, lança-t-il sans relever ses remarques.

Peu convaincu, Ozibuth se lança à la poursuite du cafard déboussolé et le coinça entre ses pattes. Lenny se tourna vers le corps possédé et reprit en latin :

– Faites ce que vous voulez, j'ai fini mon taff ici. On renverra pas votre pote en enfer si vous restez tranquilles.

Si Ozibuth détruisait le cafard, ils pouvaient dire adieu à leur compagnon pour une longue durée. Ce n'était pas forcément un argument inquiétant s'ils n'avaient pas d'esprit d'équipe, mais c'était, au moins, une preuve qu'il n'était pas venu pour une confrontation, juste parce qu'on lui avait filé un mauvais plan, et qu'il voulait juste se sauver au plus vite d'ici. Il se désintéressa d'ailleurs de Légion pour revenir vers sa famille et leur annoncer calmement.

– Voilà, le démon est parti.

Ils avaient payé pour un exorcisme, ils avaient pu constater qu'il avait eu lieu. Fin de l'histoire pour lui. Enfin, il y avait cette femme étrange, qui l'observait avec son sourire étrange et ne semblait pas avoir l'air impressionnée par toute la scène. Elle était donc très au courant de la magie. Sa présence ne lui avait pas beaucoup plu dès le départ mais, à présent, il avait comme la désagréable intuition qu'elle lui voulait quelque chose.

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MessageSujet: Re: Triple L [Lenny] Triple L [Lenny] EmptyDim 10 Nov - 10:35

Le jeune exorciste n’apprécie pas la réponse qui lui est faite, sans surprise. Le petit démon n’apprécie pas la situation, sans surprise non plus. L’échange qui se fait entre eux est bref, pratiquement inaudible. La réplique, elle, l’est parfaitement. Elle m’amuse. Difficile de savoir si monsieur Pinsker a saisi toutes les nuances ou ne serait-ce qu’essayé. Néanmoins, il ne semble pas s’interroger autant que moi sur la situation. Il se contente des évidences et énoncent certaines : évidemment qu’un exorciste n’a pas de temps à perdre et qu’un démon n’est pas d’accord pour son exorcisme. Tout deux ont mieux à faire.

C’est l’exorciste qui ouvre le bal, d’une façon des plus intéressantes. Pas de formule en latin, ni en une autre langue d’ailleurs. Pas plus que de geste ou d’objet. La pure force de sa volonté. Son pouvoir de magicien. Un influenceur. Après un faune et Satan, je commence à croiser cette capacité très régulièrement et dois avouer hésiter à chercher à y résister à présent. D’un autre côté, ce type de personnes est plus aisément trompé lorsqu’il croit avoir quelqu’un sous son influence… Ajoutant à cela le fait qu’elle ne me vise pas cette fois, je n’ai qu’à rester spectatrice pour l’heure. La lutte est d’autant plus appréciable que la métamorphose offre une originalité, quand bien même elle ne change rien. La concentration reste. L’ordre est donné. Le champagne est sabré et son bouchon mineur s’en étale au plafond avant de redescendre. La réaction familiale est agressante, prévisible et prévue mais pas moins désagréable pour autant. Personne ne vomit, c’est toujours cela de pris. J’avance un peu le buste, mon désagrément passé, afin de marquer mon attention.

Plus que le démon, c’est l’exorciste qui m’intéresse.

Exorciste qui reprend l’anglais, pour que tous comprennent son héroïsme, et ordonne une prise de possession moins problématique. Un autre nuisible, visiblement, mais au déplaisir d’un Légion dont on vient d’extraire une partie. Est-ce douloureux ? Je ne pense pas. Cela a surtout l’air frustrant. Rageant. De quoi s’attendre à ce que les meubles alentours volent en éclats, autant de projectiles pour assouvir sa vengeance. Il n’en est rien. Le calme retombe alors même que le Ozi s’en va chercher son homologue.

« Faites ce que vous voulez, j'ai fini mon taff ici. On renverra pas votre pote en enfer si vous restez tranquilles. »

D’une façon très humaine, Légion reprend son souffle. Aurait-il accepté le marché ? Je suis curieuse de cela. Comme de l’exorciste d’une malhonnêteté originale. Une malhonnêteté assumée avec un naturel presque démoniaque, laissant comprendre beaucoup de Lenny Pinsker. Ainsi est-il exorciste par défaut mais finalement plus intéressé par son maigre gain personnel, partie remise en attendant d’obtenir plus de pouvoir des enfers. De qui tire-t-il ses pouvoirs ?

Son attention croise la mienne. Puis je me détourne.

« Tu veux un accord, sorcier, déclare Légion en latin, penchant la tête sur le côté d’une manière reptilienne alors que son visage prend la forme du démon arraché. Libères-nous et tu seras libre de cette affaire. Un indice, parce que je t’aime bien Ozi et pour que tu ne fasses à notre camarade ce que tu n’aimerais qu’il te fasse : elle n’est pas le seul être magique dans la famille. »

L’incompréhension se fait dans la famille dont les membres s’échangent des regards avant de se retourner vers leur exorciste. La compréhension se fait dans mon esprit alors que je regarde les membres de la famille. Ainsi, plusieurs ont un lien magique. S’il est héréditaire, l’un des deux parents est impliqué. S’il est fortuit, aucun moyen de savoir. La mère est une candidate idéale : elle pourrait très bien être une inconsciente croyant que Dieu répond à ses appels. Cependant, pour ainsi neutraliser une sorcière et un démon, il faut soit que le hasard ait conféré un tel pouvoir de négation soit qu’il ait été acquis en réaction. Or, la mère ne semble pas avoir l’ouverture d’esprit suffisante à telle exploration magique ; excepté si elle joue un rôle et que la fille n’est pas aussi prisonnière de sa famille que je le croyais. Cela étant, reste à voir le père, qui a amené l’idée de la possession, le grand frère, qui connaissait la réputation de l’exorciste, ainsi que la petite sœur et le petit frère, qui restent en retrait mais n’en sont pas pour le moins impliqués. Je prends une inspiration buccale alors que je me remémore leurs réactions face au démon, en cherchant une fausse.

« Je pense qu’il va nous falloir une discussion, dis-je calmement en décroisant les bras, feignant de me placer en soutien de la famille envers l’exorciste pour que cette dernière ne me remette pas encore trop en question. Peut-on s’installer dans votre pièce principale ? »

Ma demande est acceptée avec un empressement agressif et l’opportunité de sortir de la pièce offerte à nouveau. Un bref regard au cadre de la porte m’apprend qu’il n’y a rien à y voir, aucun sceau magique, et je finis rapidement assise en compagnie des adultes alors que les enfants restent debout à murmurer en regardant par à-coup. Je croise les doigts en direction de monsieur Pinsker.

« Il semble que votre exorcisme n’ait pas marché. Une idée de la raison ? »

Je reste impassible et professionnelle lorsque je dis cela, gardant cependant dans mon champ de vision l’Ozi qui ma identifier et pourrait subir bien pire que mon otage s’il me trahit. Je pense qu’il a suffisamment d’instinct pour le savoir. Cependant, je n’y mettrais pas ma main au feu : Castur a prouvé que le bon sens n’est pas le même pour tout le monde, ou juste absent chez certain. Un regard à la bestiole devrait lui rappeler sa place, même s’il s’avère plus suspicieux que menaçant.
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