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Orage, eaux des espoirs [Josh]

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Le Léviathan
Thomasine T. OcéaneThomasine T. Océane


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MessageSujet: Orage, eaux des espoirs [Josh] Orage, eaux des espoirs [Josh] EmptyLun 23 Sep - 10:28

Ce sujet est une suite directe de : Plongée en eaux troubles
Nous sommes le seizième jour de la lune, j’ai trente-deux ans. L’orage déverse ses pluies diluviennes, ses décharges électriques, ses vents et ses rugissements. Battery Park, parc historique avec vue sur Ellis Island et les ruines de la statue de la Liberté, voit ses arbres s’agiter et son herbe se gorger d’eau. Celle-ci ruisselle également sur ses passages bétonnés, inondant presque la ferme urbaine et la place devant le Castle Clinton. A son sud-est, la fontaine déborde clairement, source de flot qui s’en vont jusqu’au East Coast Memorial ; plus grand qu’auparavant, car n’étant plus limité aux combattants de la seconde guerre mondiale. Un peu avant celui-ci, tirant sur leurs amarres avec irrégularité et insistance, se tiennent les quarante mètres de long pour une demi-douzaine de large de ma péniche. La porte grillage de la passerelle d’embarquement, posée sur le bitume de la jetée, n’est pas plus verrouillée qu’à l’ordinaire même si elle fait de son mieux pour rester fermée. Dans son empressement à s’abriter, Josh de Roncevaux verra-t-il le nom du bateau, de lettres blanches sur sa coque sombre ?

« C’est ouvert, dis-je de ma voix suave qui, derrière son apparence de douceur, cache une forte violence, comme un courant de reflux sous des eaux placides. Prenez garde à ne pas glisser. »

D’une main, je tiens la veste d’aviateur qui m’a été offerte autour de mes épaules, par-dessus celle de jean dont la protection aux intempéries est, disons, différente ; la même que celle de mon pantalon, non-plus vert mais du bleu classique cette fois. De l’autre main, je tiens le panier de course qui m’a été confié, accolé comme il le peut contre mon débardeur blanc, protégé d’une même efficacité. Des yeux comme des pas, les premiers bleus océans et les seconds espacés afin de suivre un certain rythme, je suis Josh. Le long de mes joues, l’eau s’écoule comme elle le fait sur ces sols incapables de l’absorber. Sur le pont de la péniche, également, d’où mon avertissement.

Les sillons de récupération des eaux du passavant, lequel entoure un jardin potager là où se trouvaient autrefois la partie destinée aux conteneurs, font de leur mieux pour diriger les courants qui suivent la légère courbe du pont. Se tenir au bastingage n’est pas une mauvaise idée même si je n’en fais rien, claquant mes talons à chaque pas sans souffrir du déséquilibre environnemental. D’une vitesse discutable, je me dirige jusqu’à la poupe et à son poste d’équipage ; dont les portes, une fois encore, ne sont pas fermées. Je finis par y entrer.

Détaillant le Josh trempé dont la chemise ne suggère plus grand-chose, une vision agréable en soi, je lui désigne la penderie qui accompagne notre entrée. Entre elle et sa jumelle, des portants à sécurité supportent des chaises pliantes de part et d’autre d’un placard, clos. Artificiel, l’éclairage provient de néons crus installés au plafond et s’allumant d’une simple pression du doigt sur l’un des interrupteurs jumeaux. Cela fait, je délaisse d’abord panier, vestes puis chausses tout comme je m’attends à ce que Josh en fasse de même. Après avoir rangé les secondes, je reprends le premier. Pieds désormais nus et le débardeur partiellement marqué des goutes ayant pénétrées mon cadeau ou suivie ma gorge jusqu’au vêtement, je reste un instant à fixer l’être que je ramène dans ces circonstances inhabituelles. J’hésite.

« Sentez-vous libre de retirer chemise voire pantalon, je vous apporte une serviette. »

S’il n’est pas faux de penser que j’avais envisagé de voir des pans de la peau de Josh ce soir, il n’était pas vraiment question que cela soit ainsi avant que l’orage n’éclate. La vraie question étant : vais-je en faire de même avec mon propre pantalon ? Le débardeur a été protégé, lui. Suffisamment. Descendant les escaliers qui encadrent le tableau de bord, je laisse Josh dégouliner jusqu’au mur végétal devant lequel ils se joignent. J’y glisse une main pour activer l’interrupteur caché et illuminer, via de trapus plafonniers, la cale aménagée en loft. Laissant Josh découvrir, je suis l’un des deux couloirs retournant vers la poupe, de part et d’autre de l’escalier. C’est de sa porte latérale, littéralement au-dessous du poste d’équipage, que j’entre dans mes quartiers. D’une armoire est sortie une serviette propre puis je m’en vais la déposer sur la rampe d’escalier à l’intention de mon invité, vérifiant au passage jusqu’où il est prêt à prendre ses aises malgré son malaise.

« Je vous en prie, faites comme chez vous ; vous êtes bien parti. »

Suite à cela, je m’en avance à travers le mobilier de bois. Je contourne la table et les chaises sur pivot qui occupent le centre pour accéder à l’électroménager qui se concentre au-delà. Arrêtée dans la cuisine, je dépose le panier et m’en vais me baisser devant les plaques électriques, glissant ma main au-dessous. Tirant délicatement, j’en ressors un serpent d’une demi-douzaine de centimètres de long, au corps brillant et portant une tache claire en forme de couronne sur la tête.

« Excuse-moi Cali mais on en a besoin, dis-je avec douceur à la bestiole. Oui je sais, ça te frustre… mais tu ferais mieux de t’y faire, une grande partie de ta vie va être comme ça. »

Me retournant vers Josh, je pose ma main et mon familier contre mon ventre.

« Peur des serpents ? Il n’est pas dangereux, je lui ai crevé les yeux à la naissance. Cela ne l’a pas empêché de trouver les plaques électriques et le moteur du frigo… »

Maintenant il va devoir se contenter de ma chaleur corporelle, d’autant moins haute que l’orage n’est pas réchauffant. C’est cependant mieux que rien. Revenant vers Josh et la partie la plus proche de l’escalier en fer à cheval, je me dirige vers le canapé d’angle qui ponctue la partie salon et dont le dossier se prolonge sur un bar. C’est de celui-ci que je sors de verres puis l’alcool promis : un cognac de Segonzac. A une main, évidemment.
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Josh R. de RoncevauxJosh R. de Roncevaux


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MessageSujet: Re: Orage, eaux des espoirs [Josh] Orage, eaux des espoirs [Josh] EmptyMer 2 Oct - 11:32








Orage, eaux des espoirs

Spoiler:
 

L’eau du ciel semble répondre à une colère divine. Comme on le dit plus crûment dans les campagnes normandes, ça rince comme vache qui pisse. Thomasine ne ressemble pas à ces femmes qui pleurent pour une goutte d’eau et un frisottis dans leurs chevelures lissées des heures durant. J’imaginais qu’elle allait mettre mon blouson sur sa tête, mais elle s’en sert de cape et avance sous l’ondée, la démarche régalienne, claquant la cadence avec ses escarpins. Je me souviens d’un pari stupide que j’avais perdu. Mon gage : marcher cinquante mètres avec les chaussures à talon de ma compagne de soirée. La brune perfide avec qui j’avais parié chaussait trois pointures de moins que moi, accentuant ma cruelle punition. J’ai encore le souvenir de ma démarche de pingouin et de mon ego passablement égratigné. C’était rue de Rivoli à deux pas du Louvre… J’ai arrêté les paris idiots depuis. On apprend de ses erreurs… Enfin, j’essaye.

À travers le rideau de pluie, je devine les restes de la statue de la Liberté. Je regrette de ne pas avoir vu New York et ses alentours avant le grand chambardement. L’arrivée sur les quais s’accompagne d’un vent marin qui me fait frissonner. Je ne regrette pourtant pas d’avoir offert mon blouson à mon hôtesse de la soirée. La galanterie prend ses sources dans la chevalerie. Un mot qui possède un sens aigu dans ma famille. Un terme devenu désuet d’après ce que j’ai pu constater depuis mon réveil. Une notion oubliée comme tant d’autres et qui, à mon humble avis, mène l’humanité peu à peu à sa perte, si tant est que ce ne soit pas déjà trop tard.

La silhouette de la péniche se précise. Les mots de Thomasine prennent tout leur sens quand je vois le potager et un espace de verdure aux allures sauvages. Je reconnais ce que l’on nomme des panneaux solaires, une prouesse que je n’ai pas encore comprise : trop de lacunes en physique. Il y a d’autres installations technologiques dont j’ignore la fonction. Ma première impression de la demeure de ma belle Dame est un vaisseau comme aurait pu l'imaginer Jules Verne.

Le Léviathan
Le nom du bateau semble flotter sur la coque sombre telle une écume. Le monstre de tôle et d’acier prend brusquement l’apparence d’un dragon aquatique. Ma cervelle mouline, elle fouille ma mémoire et mes lectures. Monstre en Mésopotamie, dieu phénicien, repris au moyen âge comme une entité aspirant les âmes, parfois synonyme d’Apocalypse. Ça, c’est pour la partie mythes et superstitions. Je ne sais plus quel auteur avait fait du Léviathan la métaphore de l’état. Seulement, mythes et superstitions sont bien réels, je suis assez bien placé pour le savoir puisque je vis avec un bouc qui sent très bon. Trop pour son bien parfois et le mien par la même occasion. S’il me fallait un signe supplémentaire pour m’avertir que je m’avance en terrain miné, le nom de la péniche me confirme mon imprudence. Mais, je ne suis pas de ceux qui reculent ni bafoue leurs promesses. J’ai accepté de cuisiner pour elle, je m’exécuterais en veillant de ne pas être au menu.

- C’est ouvert. Prenez garde à ne pas glisser.

Je la précède sur le pont de l’embarcation qui s’avère très stable. L’eau glisse sur le sol. Peu habitué à ce genre de conditions, j’attrape la main courante en reportant mes sacs sur une seule main. La maîtresse des lieux évolue comme si elle se tenait sur la terre ferme. À vivre ici, on acquiert le pied marin… Ou n’est-ce pas plutôt que parce qu’on a le pied marin que l’on se choisit une habitation flottante ? Je me laisse dépasser par Thomacine. Encore cette impression de masse infinie quand elle me double. Je ne peux délicatement pas lui demander tout de go si elle est d’une parenté quelconque avec un monstre reptilien à une ou plusieurs têtes, la fille d’un grand poulpe, ou une petite fille de Gorgone. Les auteurs s’emballent un peu dans les écrits anciens sur les descriptions, je ne dois pas tout prendre pour argent comptant. La porte non verrouillée de l’antre s’ouvre sous l’action de sa propriétaire. L’orage redouble, comme s’il y avait encore de la place pour de l’eau dans cette atmosphère saturée d’humidité. Plus de doutes ni questions à me poser, j’entre pour ne pas mourir noyé. L’entrée comporte un placard où Thomacine délaisse sa veste et la mienne. Ses échasses échouent sur un tapis fait pour retenir le désordre du dehors. Je l’imite et du bout des pieds me déchausse pour ne pas salir son intérieur. Elle hésite, me fixe. Je me fige, pense à ma chemise trempée collée à ma peau, mon pantalon est aussi mouillé, mais dans cette matière synthétique infroissable et qui sèche rapidement. Je fais un inventaire mental de mon anatomie en me forçant à ne pas baisser les yeux pour vérifier que rien d'impudique ne se démarque.

- Sentez-vous libre de retirer chemise voire pantalon, je vous apporte une serviette.

Généralement lorsqu’une dame vous demande de vous déshabiller, ce n’est pas pour faire la cuisine, à moins que si… J’avale ma salive. Elle ne s’attarde pas et plonge dans l’un des côtés de l’escalier double qui mène à la cale. Je la suis et découvre au pied des marches un mur végétal. Je suis émerveillé par le décor, curieux de comment cela est fait. Le bois est très présent renforçant mon impression steampunk de l’endroit. Thomasine s’engage dans les coursives, je reste à dégouliner au pied des escaliers. Tout en regardant autour de moi, je déboutonne ma chemise et la retire. Le coton mouillé : il n’y a rien de plus désagréable. De plus, cela entrave les mouvements. Par respect, je conserve mon pantalon, même si mon hôtesse m’a autorisé à le retirer. Faire la cuisine en caleçon, sans façon. Puis j’ai mis le blanc. Autant, je ne me gênais pas outre mesure de la transparence de ma chemise, que pour mon sous-vêtement je préfère garder la maîtrise des effets que je pourrais donner et/ou montrer.

- Je vous en prie, faites comme chez vous ; vous êtes bien parti.
- Merci bien.

Je sursaute, elle est revenue sans que je l’entende. Elle ne porte plus ses chaussures qui rythmaient ses pas. Elle m’a surpris. J’accepte la serviette avec grâce, commence par me sécher les cheveux et poursuis avec mes épaules et ce que ma chemise a dévoilé. Je termine par mes pieds, laissant choir mes chaussettes sur la première marche de l’escalier. Je dépose la serviette sur mes épaules et suis ma belle Dame avec le reste des courses jusqu’à la cuisine. L’intérieur est savamment aménagé. Tout espace est exploité avec intelligence. Bibelots, matière et couleurs, l’ensemble se marie avec harmonie. « Montre-moi où tu habites et je te dirais qui tu es… » Une femme de goût, à ne pas en douter. Sans soucis d’argent. Je ne comprends pas ce qu’elle trafique vers le four avant de voir le petit reptile se tortiller d’aise entre ses doigts. Je n’arrive pas à freiner un mouvement de recul.

- Peur des serpents ? Il n’est pas dangereux, je lui ai crevé les yeux à la naissance. Cela ne l’a pas empêché de trouver les plaques électriques et le moteur du frigo…
- Hum... Une peur réflexe primaire. Un de mes amis possédait un terrarium avec quelques spécimens exotiques. Mordu trois fois, la dernière morsure a condamné son bras gauche à une paralysie totale. Il a gardé ses bestioles. J’ai pris mes distances.

Je ne vais pas m’affoler pour un si petit spécimen, cependant j’admets que j’aurais préféré un animal à plume ou à poil en compagnon de soirée. Thomasine m’invite à la rejoindre au salon pour le verre d’alcool qu’elle m’avait promis. Je souris en lisant l’étiquette de la bouteille.

- Où arrivez-vous à vous procurer une telle référence ? Les vignobles n’ont-ils pas été ravagés ?

Je pose ma serviette sur le canapé et colle mes fesses dessus après avoir tiré le tissu de mon pantalon au nouveau des cuisses pour ne pas être comprimé une fois assis. Je me saisis du verre posé sur la table basse et commence par apprécier la couleur du breuvage à travers le verre et le nappage du liquide contre les parois, témoins du degré de sucre que contient cet alcool. Après le regard vient le nez à qui j’offre un bouquet de senteurs. L’alcool est devenu un luxe. Le vrai alcool j’entends, pas les boissons fermentées artificiellement que l’on trouve dans les bars. La bouteille qu’a sortie Thomasine est issue d’un élevage naturel en tonneau de chêne et de temps. La première gorgée est une explosion de saveurs. Je ferme les yeux pour en accentuer la profondeur. Je me promets de ne pas me laisser tenter et de surveiller ma consommation. Je n’ai pas oublié le nom du bateau.

- Je suis impressionné par l’aménagement de la péniche. Vous avez bon goût. Trop souvent les intérieurs ne sont qu’un étalage de moyens financiers, des lieux sans âme.

Thomasine m’observe, un demi-sourire aux lèvres. Je porte mon regard sur des détails que je n’avais pas encore vus et reviens sur ses prunelles azur. Je lisse ma fine moustache du pouce et de l’index et m’adresse à elle avec une spontanéité que je n’ai pas de mal à afficher tant c’est dans mon tempérament d’exalté.

- Cette péniche possède une âme, plusieurs mêmes, suivant là où l’on regarde.

Je scrute sa réaction, attentif au moindre tressaillement de son visage. Seulement, c’est moi qui sursaute. « Cali » s’est invité sur ma cuisse. L’immonde chose sans pattes se meut avec difficulté, mais elle a une idée bien ancrée, celle d’aller au point le plus chaud. Je respire à fond, éloignant l’envie d’envoyer cette chose valser loin de moi. J’imagine que cela chagrinerait Thomasine. Je m’en saisis entre le pouce et l’index, juste derrière la tête et le tends à sa propriétaire. Ce bidule n’a pas intérêt de s’entortiller autour de mon poignet sinon j’en fais un Ouroboros. Je termine mon verre et me redresse.

- Vous permettez que j’étende ma chemise contre le dossier d’une chaise ?

Je me dirige à la cuisine avec chemise et verre. Je trie nos courses dans l’ordre de préparation, d’abord le dessert.




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MessageSujet: Re: Orage, eaux des espoirs [Josh] Orage, eaux des espoirs [Josh] EmptyJeu 3 Oct - 10:47

Spoiler:
 







Orage, eaux des espoirs


Il l’a vu. Il frissonnait déjà avant et il l’a vu. Il détaillait déjà avant et il l’a vu. Il appréhendait déjà avant et il l’a vu. Le Léviathan. Polysémie volontaire, toujours.

La déglutition de Josh face à ma proposition de se déshabiller renvoie surement à un humour douteux, dans les deux sens du terme : tant le fait qu’il puisse faire rire que celui qu’il soit réellement une plaisanterie. Je le laisse à ses pensées, face à l’abîme. Je reviens à lui avec le présent, constatant qu’il n’est pas prêt à dévoiler plus que ce que sa chemise ne cachait plus, et cela le fait sursauter ; remerciements automatiques, donc, et crainte plus présente. Je comprends : nous avons quitté le monde ordinaire et Josh s’aventure au-delà en comprenant que plus il percevra et plus il comprendra à quel point il perçoit peu. Le paradoxe de l’infini. Peut-être y a-t-il également du fait que, sans talon, je sois aussi bruyante qu’un serpent…

« Hum... Une peur réflexe primaire. Un de mes amis possédait un terrarium avec quelques spécimens exotiques. Mordu trois fois, la dernière morsure a condamné son bras gauche à une paralysie totale. Il a gardé ses bestioles. J’ai pris mes distances. »

Intéressant de savoir que, à l’époque, Josh de Roncevaux avait un instinct de survie. Je me demande où est-il passé, aujourd’hui. Au-delà d’une "peur réflexe primaire", il fait preuve d’un courage qu’il est difficile de définir comme de la bravoure, l’envie de surpasser sa peur, ou de la stupidité, l’absence de peur. Cependant, qu’il se rassure : le venin de Cali est prélevé comme il se doit. Les morts idiotes sont une perte de temps que je m’épargne bien volontiers. D’autant que la bestiole est caractérielle, quittant ma main pour le bar moins pour me permettre de servir l’alcool au mieux mais par bouderie. Curiosité également, considérant qu’elle s’en va vers l’odeur inconnue et la créature qui l’émet. Créature qui s’émerveille de la boisson proposée.

« Quand tu veux demander quelque chose à une divinité, tu lui donnes quelque chose d’une même valeur à tes yeux. »

Les vignobles et les installations ont été ravagées. Ce qui ne rend leurs productions que plus rares, donc d’une plus grande valeur. Certes, la valeur que j’accorde à une âme est bien supérieure mais le sacrifie ouvre les négociations alors que le pacte les conclut. Inutile de préciser tout cela, cependant. Je préfère laisser Josh a sa dégustation et Cali à son exploration, m’abstenant de m’assoir pour ne pas tremper mes canapés ; et notant par la même l’initiative de mon invité.  

« Je suis impressionné par l’aménagement de la péniche. Vous avez bon goût. Trop souvent les intérieurs ne sont qu’un étalage de moyens financiers, des lieux sans âme. »

Je méprise l’Argent, chose qui s’affiche sur mon visage. Je reste cependant concentrée sur les compliments, dont la tournure est des plus savoureuse. "Cette péniche possède une âme, plusieurs mêmes suivant là où l’on regarde" ; Josh, tu n’as pas idée. Mon sourire se fait carnassier.

« Aux âmes, dis-je en tendant mon verre pour un toast. Et aux êtres qui en sont dotés. »

L’interruption de Josh causée par celle de Cali conduit le premier à se maitriser tandis que l’autre se laisse aller. Finalement, ce dernier se voit maitrisé et doit composer une nouvelle fois avec sa frustration. Le voilà donc à pendre mollement comme toute jeune créature saisie et réprimandée alors qu’elle faisait ce qu’elle voulait. Sachant que, comme toute jeune créature saisie et réprimandée alors qu’elle faisait ce qu’elle voulait, Cali recommencera une fois qu’on l’aura relâché. Je tends ma main libre pour que Josh puisse le déposer au creux de ma paume.

« Vous permettez que j’étende ma chemise contre le dossier d’une chaise ?

- Faites dont, accepte-je alors que je m’assois sur la serviette laissée vacance, récupérant l’idée et l’objet à mon compte ; et à celui d’un Cali à moitié satisfait, l’ingrat. Vous êtes une curieuse créature. Agréable, dans les deux sens du terme, cependant j’hésite quant à votre inconscience ou votre courage. »

Soufflant sur un Cali qui va être calmé par mon halène alcoolisée, je regarde Josh s’installer en cuisine depuis ce siège qu’il m’a involontairement préparé. Le repas, lui, est volontaire ; même s’il tient plus de l’inconscience que du courage. Reste à déterminer la véritable nature de ce dernier.

« N’hésitez pas à fouiller dans les placards pour y trouver ce dont vous avez besoin, dis-je plus fort alors que je ramène Cali contre mon ventre. Cette petite chose que vous venez de saisir, avez-vous compris quel "spécimen exotique" est-elle ? De ceux que votre ami paralysé pouvait posséder ? »

L’ami manchot de Josh est un moyen indirect d’en savoir plus sur lui. S’il possédait effectivement une créature magique, l’implication de mon invité dans mon monde est d’autant plus importante. Après sa réponse, je reprends.

« Ses parents étaient deux démons. Castur, qui a trouvé l’œuf et l’a enchanté dans le but d’en faire "un nouveau moi", et Alistair, qui me les a livrés tous deux en sacrifice. Quand tu veux demander quelque chose à une divinité, tu lui donnes quelque chose d’une même valeur à tes yeux. »

En l’occurrence, le sacrifice servait à prendre contact. Alistair connait le concept de ce qu’il souhaite mais pas encore les souhaits eux-mêmes. De plus, sa condition de démon implique qu’il ne me soit pas possible de pactiser avec lui comme je le ferais avec un mortel ; il n’a pas d’âme à me concéder. Enfin, il peut avoir celles d’autrui. Dommage que Castur n’en ait pas eu non plus.

« Agé seulement d’un mois, Cali fait déjà un tiers de la taille d’un adulte. Ainsi, je suis curieuse de savoir jusqu’où il ira… et ce que je pourrais en faire. Un peu comme vous, Josh de Roncevaux. »

Mes lèvres se ferment. Mes yeux quittent le basilic pour l’invité. Je te fixe avec impassibilité, Josh.

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MessageSujet: Re: Orage, eaux des espoirs [Josh] Orage, eaux des espoirs [Josh] EmptyMar 8 Oct - 12:31








Orage, eaux des espoirs

Spoiler:
 

Mon regard se concentre sur le plan de travail, glisse sur le socle de bois verni fourni de lames diverses : couteau à désosser robuste et solide, le couteau d’office court et fin, celui du chef massif et long, le couteau à émincer à l’affûtage non symétrique, celui à lever les filets de poisson, une lame souple et le bon vieux hachoir, la guillotine de la cuisine. La phrase de Thomasine tourne et retourne dans ma cervelle. Elle ne cache plus sa nature démoniaque. Un démon. Le premier que je croise, enfin le premier que je croise en étant conscient de ce qu’il est. Mon imaginaire est perturbé. Ma belle Dame ne ressemble point aux lithogravures que j’ai vues sur ces êtres. Cependant, il est dit que les sirènes étaient extrêmement belles…

Mes mains agissent sans conscience, se saisissent des pommes et les épluchent pour ensuite les réserver dans un bol avec de l’eau citronnée. Elle m’a invité à fouiller, je me sers donc dans cette cuisine que je ne connais pas, mais où tout est rangé avec une logique qui est également la mienne. Je souris quand elle me nomme « créature ». Me pense-t-elle doté de quelques pouvoirs ? Puis je me souviens de Durendal et de son tranchant bien plus effilé que ce que j’ai entre les doigts. La claymore m’offre un don, celui de l’agilité avec tout ce qui est arme blanche. C’est donc avec des gestes adroits et rapides que je débite mes quartiers de pomme en fines lamelles régulières.

Thomacine affirme hésiter à me caractériser comme étant inconscient — de l’avoir suivie dans son antre, je suppose – ou courageux. Je me redresse au dernier mot, lui renvoie un regard complice. Inconscient, je le suis certainement dans ce monde que je découvre jour après jour. Mais je me targue d’être courageux, sinon je ne saurais honorer le nom que je porte. La bravoure et la pugnacité sont livrées à la naissance dans ma lignée. Il y a bien eu évidemment des traîtres et des couards dans la famille. Chaque clan possède son mouton noir, chaque sac de blé son grain d’ivraie.

Mes doigts plongent dans la farine que j’ai réunie en puit, j’y malaxe les cubes de beurre avant de rassembler le tout pour un léger pétrissage. La farine remonte sur mes poignets et après un geste un peu vif parsème le duvet sous mon nombril. Je mets la pâte à reposer au frais et nettoie le plan de travail.

- Cette petite chose que vous venez de saisir, avez-vous compris quel "spécimen exotique" est-elle ? De ceux que votre ami paralysé pouvait posséder ?
- Non. Mon ami possédait deux serpents corail. Belles couleurs, venin foudroyant. Qu’il soit encore en vie serait un challenge, à moins que l’absinthe dont il s’imbibait ne soit un contre poison.

Je n’hésite pas à parler de lui au passé, car même si mon ami ne pouvait pas espérer vivre au-delà des années soixante sauf accident ou maladie, après la catastrophe peu ont survécu. Nous sommes tous orphelins de famille et d’amis.

Je me saisis des épinards et les rince avec soin à l’eau claire, puis les essuie avec un torchon propre que j’ai demandé à mon hôte. Je manque de me couper en éminçant un oignon quand ma belle Dame m’explique l’ascendance de la chose sans patte.

- Ses parents étaient deux démons. Castur, qui a trouvé l’œuf et l’a enchanté dans le but d’en faire "un nouveau moi", et Alistair, qui me les a livrés tous deux en sacrifice.
- Et que demandait cet Alistair que je ne connais pas ? Castur ? Le frère de Pollux ? Je vais devoir sérieusement réviser la mythologie, marmonné-je.

Je remue les oignons dans une cocotte. Plisse les yeux, car ils me font perler les yeux de larmes. Je me rends compte que ma question, poussée par l’ignorance, est très indiscrète.

- Désolé, dis-je en jetant les pousses d’épinard dans la casserole. La connaissance de ce pan de « réalité » est encore récente. Pardonnez mon impudence. Mais soyez rassurée, j’apprends vite.

C’est ce qu’affirme le Ficus. Là où j’ai l’impression de m’enliser, Macsen trouve que je progresse. Je commence à cerner la personnalité du faune et la cajolerie n’est pas dans sa nature.

- Quand tu veux demander quelque chose à une divinité, tu lui donnes quelque chose d’une même valeur à tes yeux.

Je lève les yeux de ma gamelle où je verse l’eau nécessaire. Pense-t-elle que j’ai quelque chose à lui demander ? Je lui souris, examine son beau visage, son regard qui fait penser à l’océan, sa gestuelle gracieuse et économe. Je pouffe doucement en jetant un cube de bouillon dans l'eau fremissante puis ajuste l’assaisonnement après avoir goûté à l’aide d’une cuillère. Je me sens déjà plus à l’aise. La chaleur de la cuisson m’a réchauffé et mon pantalon sèche sauf au niveau du caleçon de coton. Je baisse le feu à son minimum et sors la pâte du réfrigérateur. J’apprends que la chose sans patte en est au tiers de sa taille. Adulte, elle aura les dimensions des bestioles de mon ami, loin de ce truc monstrueux que j’ai vu sur l’ordinateur de la plante verte. Au début, j’ai cru que c’était un documentaire sur les sorciers. Cela s’est révélé être un cinéma pour adolescent. Macsen m’avait dit que cela avait bien marché et que l’auteur à l’origine de la série de films, une Anglaise du nom de J. K. Rowling, était devenue très riche. Ma belle Dame se tait après s’être questionnée à voix haute de ce qu’elle pourrait faire de moi et me fixe. Mes mains pétrissent la pâte avec lenteur pour ne pas causer de déchirure. À nouveau une poignée de farine qui s’accroche à la pilosité de mes poignets. Il semble attendu que je réagis. Je me contente de faire un caramel dans le moule trouvé dans un placard proche du four que je préchauffe à la température idéale, puis y pose les tranches de pommes.

- Ce que vous pouvez faire de moi ? Vastes perspectives.

Je devrais avoir peur ou craindre une fourberie. Les démons sont bien ainsi non ? Pourtant, je me sens l’âme joueuse et regarde ma belle Dame sans lever la tête de mon moule à tarte.

- Me voilà flatté par votre divin intérêt.

Les pommes placées, je pose quelques dès de beurre ajoute une pincée de cannelle et recouvre le tout par la pâte pour enfourner aussitôt. Je tends à cette femme sublime une tranche de pomme oubliée parsemée de poussière de cannelle. Directement vers ses lèvres, pour qu’elle n’ait qu’à la croquer sans s’en saisir. Provocation exquise d’un humain qui nourrit un fauve à main nue. Mon morceau de pomme disparu, je range à nouveau le plan de travail pour préparer le plat principal. Je n’ai toujours pas répondu à sa question. Je l’intrigue. Je le crois. Je m’attaque aux champignons de couche, change de couteau et en joue avec dextérité.

- Tout le monde souhaite quelque chose : argent, réussite, amour, gloire ou puissance. Liste non exhaustive.

Je me tais, seul le bruit du couteau sur la planche résonne dans la cale de la péniche ainsi que le doux ronflement du potage en court de cuisson.

- « Vendez votre âme et faites un vœu ».  Certains vendent la leur à d’autres hommes avec l’espoir d’une vie meilleure...

Je fais un geste de la main, illustrant l’inutilité de l’affaire. Je pense à ce qu’est devenu cet Adolf Hitler, comment il a retourné les cervelles de beaucoup de monde, de tout un peuple. Il s’en est fallu d’un cheveu qu’il gagne. Et après ? Qu’auraient gagné ces gens ? Qu’ont gagné les alliés ? Quand on regarde l’état de la terre, il est aisé de se rendre compte que toute possession, que ce soient des terres ou du pouvoir n’est qu’éphémère. Que l'on ne se méprenne pas, je ne suis pas un contemplatif, mais je suis de ceux qui gagnent ce qu’ils ont de leur main ou de leur propre volonté. Cela me coûte déjà assez de vivre aux crochet du Ficus. Je ne suis pas un frotteur de lampe à huile, mais un hédoniste et jouisseur du temps présent.

- Que me coûtera l’envie de passer une soirée en votre compagnie et de vous offrir ce repas ? Ma belle Dame.  




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MessageSujet: Re: Orage, eaux des espoirs [Josh] Orage, eaux des espoirs [Josh] EmptyVen 11 Oct - 9:07








Orage, eaux des espoirs


Je ne me sens pas menacée par l’attention de Josh envers mes couteaux. N’importe lequel pourrait pénétrer ma chair, sous cette forme. N’importe lequel pourrait mettre fin à ma vie, sous cette forme. J’ai pour habitude d’éviter les morts idiotes mais je n’échappe pas pour autant à la mort elle-même. Naitre, vieillir, mourir. Recommencer. Les saisons de la vie, présentes depuis l’échelle microscopique jusqu’à l’échelle cosmique. Certains n’imaginent pas le recommencement, mais n’est-ce pas les concepts mêmes d’une réincarnation ou d’une vie après la mort ? Question ouverte cependant hors sujet me concernant. Toujours est-il qu’à observer l’agilité de mon invité avec mes lames, je ne doute guère qu’il serait capable de m’ouvrir s’il le souhaitait. Ce n’est cependant pas là-dessus que je le complimente.

Comme il me tourne le dos et que son expression n’est aussi finement bruyante que son utilisation des lames, j’ignore la réaction de Josh à ceux-ci. Cela change cependant au mot "courageux", l’amenant à me regarder avec connivence. Je lui souris : la plupart des gens préfèreraient se voir ainsi mais lui s’admet inconscient. Cela fait partie des agréables, qu’il sait avoir. La cuisine aussi. A mes questions sur son ami comme sur nos spécimens exotiques, la réponse tient en un mot. Non. J’en apprends plus sur l’autre parti, informations guères exploitables cependant. Tout comme la vie d’un ami qui a du rencontré plus grandes difficultés que ses serpents, s’il a tenté de survivre à la société post-Brèche avec un bras en moins. Je ne m’étends donc pas sur le sujet, en ayant retiré ce qui m’intéressait.

Plus que révéler l’espèce de Cali, je révèle ses origines. Rien que ne surprenne réellement Josh, lequel a un trait d’humour que je comprends mais que l’absence de référence culturelle m’empêche d’apprécier. En revanche, qu’il doive "sérieusement réviser la mythologie" m’offre une opportunité allant dans le sens de l’idée qui m’a faite accepter ce diner ; en plus de la curiosité à découvrir ce qu’il est, évidemment. Quant à la demande d’Alistair… voici qui restera sans réponse.

En silence, je continue de regarder Josh faire la cuisine depuis le salon. L’odeur vient m’entourer, également. Cali se remet des vapeurs et profite de ma chaleur. L’eau s’ancre dans la serviette lorsqu’elle ne l’est pas déjà dans mon pantalon.

« Désolé, dit-il après s’être remis de l’épreuve des oignons, que je me suis épargnée avec bravoure. La connaissance de ce pan de "réalité" est encore récente. Pardonnez mon impudence. Mais soyez rassurée, j’apprends vite. »

Voilà qui est intéressant. Et qui amène à réfléchir sur "cet Alistair qu’il ne connait pas". Pourquoi la précision ? Ce n’est pas à moins de pardonner l’imprudence de Josh : elle l’a mené dans ma gueule donc j’en suis plutôt bénéficiaire. Cela étant, plus que lui enseigner un simple principe de commence, je reste dans mon évaluation. Josh a eu l’occasion de découvrir qui je suis à défaut de ce que je suis, pensant du fait connaitre ce que je suis mais pas qui je suis, je n’en suis pas encore là. Peut-être complique-je l’affaire, notamment avec la précision suscitée, mais au moins cela m’occupe l’esprit. Entre autres choses.

Ce que je peux faire de Josh ? "Vastes perspectives".

« Me voilà flatté par votre divin intérêt. »

Finalement, peut-être a-t-il compris ce que je suis à défaut d’avoir compris qui je suis ; l’inverse de la supposition précédente. C’est la difficulté avec Josh : il est ambivalent. Une qualité à mes yeux, notamment avec cette mesure tortueuse qu’elle donne à son esprit. Celui-ci a mérité mon intérêt, sachant qu’il ne prend peut-être pas la mesure d’à quel point il l’a fait comme mon intérêt est divin.

Josh se détourne de sa préparation et me détourne de mes considérations afin de me tendre, joueur, une tranche d’un fruit à la symbolique extrêmement puissante ; et présentement ironique. Je souris. Me lève, Cali toujours contre le ventre. Traverse les entrailles. Fixe Josh, dans les yeux. Lui donne la moitié de la satisfaction qu’il attend. Difficile de savoir ce qui a meilleur goût : cette dernière ou la moitié de tranche de pomme à la cannelle que j’ai accepté. Une fois ma main pausée sur le bout de pommes entre mes dents, celles-ci le brise en deux.

« Tout le monde souhaite quelque chose : argent, réussite, amour, gloire ou puissance. Liste non exhaustive.

Il se tait, seul le bruit du couteau sur la planche résonne dans la cale de la péniche ainsi que le doux ronflement du potage en court de cuisson.

« "Vendez votre âme et faites un vœu".  Certains vendent la leur à d’autres hommes avec l’espoir d’une vie meilleure...

- Les démons ont la décence d’attendre la mort avant de récupérer leur dû. Les humains, eux, ont la fâcheuse tendance à croire que posséder l’âme d’autrui en fait leur serviteur… toujours à réclamer plus. »

Il y aurait tant à dire sur la déclaration de Josh, notamment à propos de l’espoir. Je ne le ferais pas. Comparer démons et humains est suffisant. Ça brouille les pistes et reste dans un parallèle qui semble définir la différence entre Josh et moi. Sa bonne personne est-elle humaine ? Lui a-t-il vendu son âme, peut-être en échange d’une révélation l’ayant conduit à "la connaissance de ce pan de réalité" ? Je le regarde, de biais. Je le détaille, ma main libre sur le plan de travail de la cuisine. J’observe ce qu’il y fait à défaut de ce qu’il a fait. Son geste de main en a dit beaucoup sur sa perception de l’espoir, de la vente d’âme, peut-être même des hommes. Je contemple son amertume en comprenant pourquoi il fait tout cela.

Il n’a plus rien à perdre.

Il conclut en français pour le charme mais j’y vois autre chose. J’y vois un pays dévasté. Dont un flanc a été ravagé par les océans déchainés. Dont la population, habituée à la vie confortable, s’est avérée incapable de se débrouiller par elle-même. Dont les tendances racistes et compétitives ont entrainé une révolution, terme local pour guerre civile. Dont l’échappatoire, dont l’espoir d’une vie meilleure, c’est révélé être la vente d’une âme à un autre homme. "Vendez votre âme et faites un vœu".

Que lui coûtera l’envie de passer une soirée en ma compagnie et de m’offrir ce repas ? Le prix a-t-il une importance ?

Je lui tends la main, avec le bout de pomme à l’intérieur.

« Une petite leçon en mythologie, lui dis-je doucement, compatissante, avant d’attendre qu’il ait pris le bout de pomme pour poursuivre. Savez-vous ce que représentait la gueule du Léviathan au Moyen-Age ? »

J’attends qu’il ait mangé sa part de l’offrande qu’il m’a faite pour conclure.

« Et connaissez-vous le mythe de Proserpine ? »


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MessageSujet: Re: Orage, eaux des espoirs [Josh] Orage, eaux des espoirs [Josh] EmptyMer 16 Oct - 17:17








Orage, eaux des espoirs


“Les démons ont la décence d’attendre la mort avant de récupérer leur dû. » A-t-elle dit ? Cela me plonge dans une réflexion qui, je le sais, ne me mènera nulle part. La vie après la mort, bien que l’expression est en soit, un non-sens, est par dogme, éternelle. Si c’était la panacée, nous nous suiciderons dès que nous aurions l’âge de comprendre (croire) en ce fait. Avant de me réveiller dans un temps qui n’est pas le mien, si on m’avait proposé un service en échange de mon âme, je pense que j’aurais accepté sans même réfléchir. Si une part de moi est croyante, reliques d’une tradition familiale, l’autre part ne croit ni au paradis ni à l’enfer, notion inventée bien après les Saintes Écritures. Un concept humain pour tenir le peuple et l’asservir. Je n’aurais donc pas trouvé très engageant de « vendre » mon âme.

Depuis, j’ai changé d’avis…

Quand votre ami se dévoile avec une paire de jambes aux articulations inversées et des sabots à la place de pieds, on devient plus prudent dans ses affirmations ou ses non-croyances. Thomasine répond à ma question sur ce que me coûtera cette soirée d’une bien étrange manière. Elle me tend au creux de sa main, la moitié du quartier de pomme que je lui avais donné à manger quelques instants plus tôt. Sa voix sibylline me propose une petite leçon en mythologie. Je demandais ce que cela me coûterait. Or je vois derrière le mot « leçon » un don. La belle semble attendre que je me nourrisse du morceau de pomme avant de poursuivre. Je lui fais la grâce de ne pas patienter trop longtemps et m’exécute avec l'humeur cabotine qui me démarque : je tiens juste le bout de ses doigts entre les miens et vais ramasser l’offrande avec mes lèvres dans un chaste baiser.

- Savez-vous ce que représentait la gueule du Léviathan au Moyen-Âge ?

Je fronce les sourcils. Léviathan est le nom de sa péniche et par extension une allusion, j’imagine, à ses affinités dans le panthéon des divinités et leurs contraires. J’avale le bout de pomme à la saveur de cannelle. Je hoche la tête à l’affirmative. J’ai eu la chance d’avoir une grande bibliothèque partiellement par héritage et le goût de la lecture pour connaître la réponse à sa question. Une analogie que je m’étais faite un peu plus tôt à la lecture de ce nom sur la proue du bateau.

Les portes de l’enfer.

- Et connaissez-vous le mythe de Proserpine ?

Je fronce les sourcils. Proserpine ? Je lève le doigt, réclamant ainsi un délai. Concentré sur la question, je sors le filet mignon du réfrigérateur et le frappe avec le plat de la lame du hachoir.

- Proserpine… J’ai déjà entendu ou lu ce nom quelque part.

Mes mains agissent sans que j’aie à les guider. Des lamelles d’ail viennent combler les fines entailles faites du bout du couteau d’office.

- Hum… sur la légende d’un tableau peut-être.

Je passe en revue les musées que je fréquente, enfin, que je fréquentais. J’assaisonne la viande avec le paprika et l’origan, puis la pose dans un saladier avec un demi-verre de cognac. Je stoppe la cuisson du potage et m’occupe de laver les poireaux.

- Elle a un rapport avec la germination, je crois…

Je lance un regard vers Thomasine, pour voir si je m’égare. Mais non, il semble que je suis sur la bonne voie. Poireaux lavés et tronçonnés, je fais de même avec les carottes.

- Oui, c’est forcément sur un tableau. Je ne me souviens pas d’avoir lu un ouvrage sur cette Proserpine.

Cela me ramène donc à un musée. Je pense au Louvre, mon préféré. Pendant que je mets de l’huile à chauffer dans un faitout, je m’offre une visite de mémoire du plus célèbre musée de Paris. Les oignons crépitent quand je les lance dans la marmite, je réduis le feu pour nous éviter d’être enfumés. Une fois qu’ils sont transparents, je les retire pour saisir la viande.

- Le Louvre ! M’exclamé-je. Salle de la fin de la renaissance.

Je regarde à nouveau Thomasine qui semble sourire.

- Un peintre italien ? Me risqué-je ?

Risque minime vu le nombre d’œuvres de ce pays qui tapissent les murs du musée. Je fais revenir les légumes et les champignons, et passe le consommé d’épinard au moulin. Proserpine… Il y a-t-il une référence biblique ?

- Je vais trouver, affirmé-je, péremptoire en sortant la tarte Tatin du four.

La chose sans patte semble me fixer. Qu’elle continue et je la sers en hors-d’œuvre ! Je n’ai pas bien saisi son ascendance avec Castor et Pollux, mais piquée sur une tige et grillée…

- L'enlèvement de Proserpine ! Je ne me souviens plus du nom du peintre. Italien assurément.

Au sourire de ma belle Dame, il semble que je chauffe. Je tente de revoir le tableau, une femme très belle qui se fait enlever.

- Proserpine se fait enlever par Mars ?

… Non. Il semble que je me trompe de planète, enfin de dieu. Le potage est prêt, la tarte mise dans le bon sens sur un plat en porcelaine et ma viande… Proserpine est enlevée par je ne sais plus quelle planète pour être emmenée aux enfers… Enfers dont la porte est représentée par le Léviathan. Ma main, qui jusqu’à présent œuvrait toute seule et arrosait le filet mignon de jus, se fige, tout comme mon cœur. Trop de symbolique, tue la symbolique prié-je avec espoir. Je me revois tendre le morceau de pomme à Thomasine.

Un homme, une femme, une chose sans patte… LA pomme !

Il y a deux idiots qui se sont fait bannir du paradis pour une pomme croquée. Ève en blonde de service, Adam en crétin et le sifflant persifleur à la manœuvre. Toute ressemblance avec… Ce soir c’est l’homme qui a offert la pomme à la femme qui tient le persifleur. « Elle t’en a rendu un morceau », rétorque ma conscience. Chut, toi ! Et je viens de passer une porte qui se nomme Léviathan pour descendre en fond de cale. J’avale ma salive, touille à nouveau mon filet qui n’a plus rien de mignon. Je n’ose croiser le regard de mon hôtesse.

Ô rage ! Ô désespoir ! N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

J’ai la très désagréable impression d’être arrivé là, où la belle Dame a décidé que je sois. Je lève les yeux vers… si ce n’était pas Mars… Jupiter ? Neptune ? Ou Pluton ? Mes mains reprennent leur indépendance, et baissent le feu sous la cocotte. J’oscille du chef en regardant Thomasine qui semble avoir la patience d’un sphinx. Elle jubile, j’en suis certain. Je regarde vers l’escalier qui mène vers la liberté. Fuir ? Je n’ai pas souvenir que les portes de l’enfer s’ouvrent aisément. Je soupire. Quand le vin est tiré…

- Proserpine se fait enlever pour être enfermée aux enfers. Je précise que je suis bien moins « mignonne » que Proserpine.

Ève et Adam ont été bannis du Paradis pour avoir croqué la pomme du savoir. Ne viens-je donc pas de boucler la boucle, rendre la pomme et passer la porte des enfers ?

Fin de la chute de l’humanité.

Idée bien présomptueuse de ma part. Thomasine remporte cette manche. Je cherche une aide chez cet auteur qui m’est venu spontanément à l’esprit. « Qui se laisse outrager mérite qu'on l'outrage ». Je me redresse, lisse ma moustache pour reprendre une contenance.

- Je crains d'avoir quelques lacunes sur ce mythe. Je n’ai en tête que le tableau qui décrit l’enlèvement. Toutefois, je ne suis pas certain d’avoir envie de connaître ce qui est arrivé à cette pauvre fille. Les dieux ont des idées parfois délirantes.


Je débouche la bouteille de vin et nous sers dans deux verres à pied.

- Que Bacchus vienne à mon aide.

Je lève mon verre pour trinquer. J’ai renoncé à fuir. Au pire, je menace de découper la chose sans patte en rondelle. Elle semble y tenir un peu. Puis, je dois avouer que Thomasine est ravissante. Pourquoi l’image de Macsen secouant la tête, la main sur les yeux, me vient en tête ?





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MessageSujet: Re: Orage, eaux des espoirs [Josh] Orage, eaux des espoirs [Josh] EmptyDim 20 Oct - 9:22








Orage, eaux des espoirs


Mon parallèle entre démons et humains interpelle Josh et l’amène à réfléchir. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus également, je n’en ferais rien. L’homme face à moi garde ses réflexions pour lui et le sujet meurt, comme le précédent. Cessant de tourner et de retourner autour du pot, la question sur le prix de tout cela est posée ; et trouve réponse. Une réponse qui interpelle, là-encore, et à laquelle l’homme joue le jeu. Il mange l’autre moitié de son présent.

Après un instant, Josh acquiesce : il sait ce que représentait la gueule du Léviathan au Moyen-Age. Vaste ironie lorsque l’on considère que les positions du crâne de Tiamat et du Jardin d’Eden sont similaires, voire identiques, et que la tradition babylonienne antérieure à l’abrahamique, tout comme la sumérienne avant elle, considérait que la porte du royaume souterrain comme dans le ciel.

Après un instant, identique au précédent, Josh lève un doigt pour me faire patienter. Il démontre ses capacités multitâches, poursuivant le repas comme la réflexion, sans aboutir. Comme il m’a été demandé, j’attends. J’attends et j’observe. J’attends et j’apprends.

Décevant qu’il ne connaisse pas le panthéon romain ? Oui et non. Oui car cela nuit à ma révélation, non car Josh a prévenu quant à son besoin d’approfondissement mythologique. Son regard afin de valider sa supposition printanière obtient du mien une approbation, toute aussi brève. L’explication qui s’en suit, assurant que la connaissance qu’il a provienne d’un tableau et non d’une lecture, me laisse un instant réfléchir sur la mémoire des Hommes. Individuellement, elle surpasse tout ce que pourrait emmagasiner un ordinateur mais n’a pas la fiabilité de celui-ci. Tout comme la mémoire collective, surtout orale, elle change et altère les faits à mesure des répétitions. L’écriture n’échappe pas totalement à ce fait, pendant des millénaires les copies manuelles de textes ont entrainé des divergences, tout comme dans les souvenirs. Les techniques modernes affiliées à l’imprimerie évitent cela, c’est un fait, cependant la perception et l’interprétation viendront alors modifier le sens du texte. Lorsque celui-ci n’est pas tout simplement perdu. Je ne crois pas la mémoire des immortels plus fiable, la mienne ne l’est pas, cependant je crois que le fait d’avoir personnellement accompagné l’Histoire voire la préhistoire nous rend plus fiables dans nos versions des faits. Amusant de se dire que je suis incapable de me souvenir en détail de tout ce qui m’est arrivé.

Mon sourire attire le regard de Josh, qui tient une piste avec l’héritage italien quand bien même se trouve-t-il dans un musée français. La renaissance était un mouvement tout d’abord italien, chose expliquant son affinité avec la culture antique et le dédain pour la culture médiévale ; en plus de l’habituelle tendance des mouvements culturels à se construire en opposition avec les précédents.

« Je vais trouver. »

Je ne réponds rien, continuant d’attendre et d’observer. Je ne suis plus seule dans ce cas, le regard de Josh me le fait remarquer. Cali s’est peu ou prou remis, sans doute également aidé par l’odeur de la nourriture. Tout frugivore et insectivore qu’il soit, il s’attaquerait à plus gros si sa taille ne l’y limitait pas. Or, un bout découpé à son échelle est parfois vite arrivé. Même sans cela, c’est une pluie d’odeurs, dont certaines sont aussi inconnues que le responsable, qui lui parvient. Curieux comme il est, ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne veuille s’échapper de ma main. Reste à savoir ce qui l’attirera plus : toutes ces choses suscitées ou simplement le fait que la cuisine soit chaude. Josh aussi.

« L'enlèvement de Proserpine ! Je ne me souviens plus du nom du peintre. Italien assurément, triomphe Josh, souriant à son tour. Proserpine se fait enlever par Mars ? »

Cette fois, mon regard est impassible. Mars est un point d’intérêt, central dans la mythologie romaine et possiblement dans la future mythologie newyorkaise, mais ce n’est pas à lui que l’on doit l’enlèvement qui me concerne. S’il est vrai qu’il s’est beaucoup amusé aux Enfers depuis sa retraite, Dieu merci, l’élément qui m’intéresse ne lui est probablement jamais venu à l’idée. Il semble cependant le faire à celle de Josh, d’idée, car sa concentration aboutit sur une brève tétanie. Il a compris…

« Proserpine se fait enlever pour être enfermée aux enfers. Je précise que je suis bien moins "mignonne" que Proserpine.

- Et je suis plus vicieuse que Pluton : je t’ai fait cuisiner, répons-je avec un sourire d’autant plus grand que j’ai baisé Josh en le baisant pour le baiser à partir d’une idée à lui.

- Je crains d'avoir quelques lacunes sur ce mythe, reprend Josh, insistant sur sa dignité physique d’un geste de la main et du poil. Je n’ai en tête que le tableau qui décrit l’enlèvement. Toutefois, je ne suis pas certain d’avoir envie de connaître ce qui est arrivé à cette pauvre fille. Les dieux ont des idées parfois délirantes. »

Mon sourire s’amenuise alors que ma tête se penche légèrement sur le côté, me faisant changer d’angle de vue et d’audition sur la situation. Josh, lui, s’en va vers le vin.

« Que Bacchus vienne à mon aide. »

Je ne dis rien. Les avertissements enseignés par la mésaventure de Proserpine sont moins connus que le dieu de l’ivresse, des débordements et de la nature ; cela en dit beaucoup sur Josh. Il a fait le repas mais n’a pas conscience de ce que cela signifie pour lui.

Il lève son verre pour trinquer.

Je lève mon verre pour trinquer.

« A ceux qui ne peuvent être sauvés des Enfers car ils en ont gouté la nourriture, au figuré ou au sens propre. »

Mon sourire s’étend jusqu’à ces yeux qui fixe ma victime.

C’est sans grande finesse de l’énoncer ainsi mais sans doute cela suffira-t-il à le baiser la seconde fois. Manque plus que la troisième, qui ne sera pas faite ce soir. Pour tout sacré que je tienne ce lieu, exigeant qu’on s’ôte de ses chausses lorsqu’on y entre, il n’est pas réellement le Léviathan. Je le suis. Ainsi, Josh n’a pas mangé aux Enfers et n’a pas à en être prisonnier. Seulement, il ne le sait pas.

Portant mon verre à mes lèvres, je prends une gorgée du sang du christ. Cela me fait réaliser de la symbolique différente, judéo-chrétienne, qu’il était possible d’appliquer à la situation précédente. Un homme, une femme, un serpent, une pomme. Effectivement. Heureusement, cela ne change rien à la morale de l’histoire : ceux qui ne peuvent être sauvés des Enfers sont ceux qui en ont gouté la nourriture, au figuré comme au sens propre ; la connaissance étant intimement liée aux démons, héritages mésopotamiens, dans les croyances chrétiennes. Il suffit de voir pourquoi les démons capitaux étaient invoqués ; rarement pour enseigner leur pêché propre.

« Evidemment, poursuis-je donc en écartant mon verre de ma bouche, Je suis prête à négocier une garde alternée avec votre… comment l’avez-vous appelée déjà ? Votre "Bonne Personne". Il me faudra la rencontrer pour cela. »

Voilà l’intérêt. Josh, tout aussi agréable qu’il soit, dépend de quelque. Or, le plus souvent, les "quelqu’un" capable d’entrer et de faire entrer à leur guise au sein du mur magique de New York sont des divinités. Ou des personnes ayant une influence égale à celle que les divinités ont réussi à se recréer ici. Une rencontre intéressante, quoi qu’il en advienne. Une rencontre idéale afin de dévoiler la fausseté de cette malédiction lancée à Josh, si c’est dans mon intérêt.

« J’ai cru comprendre que vous lui avez vendu votre âme, en échange d’une meilleure vie. Plutôt que vous  promettre la même chose, je peux vous la rendre intense voire trépidante. »

D’une certaine manière, on peut voir la situation comme une adoption. D’un maître qui n’enseigne pas assez les dangers des divinités, on peut passer à une maîtresse qui les mets en pratique. Cependant, pour pouvoir voir tout cela, il faut voir ce qu’il en ressortira.

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MessageSujet: Re: Orage, eaux des espoirs [Josh] Orage, eaux des espoirs [Josh] EmptyJeu 24 Oct - 16:34








Orage, eaux des espoirs


Ma chemise sur le dos et boutonnée de deux trois boutons, je fixe le liquide bordeaux qui tourne dans mon verre, sa façon d’accrocher les parois. Je sonde la profondeur de sa texture et termine en le portant sous mon nez. Quand ma raison défaille, je me concentre sur mes sens. Un moyen comme un autre de retrouver la terre ferme de la raison. L’odorat et la vue ici.

Légèrement bouchonné…

Au toast que nous avons porté, Thomasine a apposé la sentence, sa sentence. « À ceux qui ne peuvent être sauvés des Enfers, car ils en ont goûté la nourriture, au figuré ou au sens propre. » Si tant est que j’aie encore un doute sur le piège où je me suis fourré avec inconscience. « Je t’ai fait cuisiner. » Exit le vouvoiement, j’ai définitivement changé de statut. D’invité, je tombe à prisonnier. Le constat est amer. Je me sens stupide. Elle m’a mis échec et mat sans que j’aie rien vu venir. Brillante, je l’admets. Pour ma défense, ma maman ne pas jamais dit de ne pas parler aux belles inconnues.

- Évidemment. Je suis prête à négocier une garde alternée avec votre… comment l’avez-vous appelée déjà ? Votre "Bonne Personne". Il me faudra la rencontrer pour cela.
- Évidemment…

Spoiler:
 

Une « garde alternée »… Sérieusement ? Je vois déjà la tête de Macsen. Des jouets, nous ne sommes que des distractions à leurs yeux immortels. Je l’avais pressenti avant de quitter Londres pour m’envoler jusqu’ici. Miss Poulpe vient de confirmer mon intuition. C’est vexant. Je ne suis pas mauvais perdant, mais j’excède ceux qui ne jouent pas loyalement. J’avais comme dogme qu’un contrat démon – humain était une affaire conclue de plein gré et sans tromperie.

Je porte mon verre à mes lèvres, un peu plus ou un peu moins de nourriture infernale, j’ai dans l’idée que ce n’est pas la dose qui compte, mais le premier geste. Je suis troublé et je ne sais pas comment réagir. Je ne regarde pas en direction de celle qui vient de passer de belle Dame, à belle Garce. Pas envie de croiser son regard triomphant. Il le faudra pourtant, mais pour le moment, je me ménage un temps pour tout bonnement arrêter de paniquer, même si je reste dans une immobilité quasi absolue, la main qui tient mon verre mise à part. Mes synapses font le bruit d’un moteur déréglé. Rien de constructif ne peut sortir de ma cervelle pour le moment. Le breuvage se réchauffe dans ma paume, le vin pétille sous ma langue. J’attendais mieux d’une syrah. Plus de robe, plus de territoire, une authenticité. Moins de tromperie sur la marchandise. Je lève enfin le regard vers ma geôlière et d’un geste ample retourne mon verre dans l’évier où le vin retourne en enfer. Puérile provocation, mais je n’ai jamais été un sage enfant. J’ai besoin de libérer un peu ma frustration.

- J’ai cru comprendre que vous lui avez vendu votre âme, en échange d’une meilleure vie. Plutôt que vous promettre la même chose, je peux vous la rendre intense, voire trépidante.

Je hausse les sourcils, les rebaisse pour plisser les paupières. Je scrute le visage de ma belle Garce. Son visage est de marbre, aucune émotion ne transparaît. Ce n’est pas comme si un poulpe pouvait s’émouvoir. Ficus, Poulpe, ma liste de surnom plus ou moins affectueux s’élargit.

Elle n’en reste pas moins très belle.
Pour un grand poulpe.
Pour le Kraken.
Pour l’océan abyssal qui me regarde par ses yeux.

Le serpent qui sifflote et crisse près de sa tête commence sérieusement à me les briser. Je fouille la cuisine à la recherche d’assiettes et de couverts pour installer la table. Faire quelque chose d’utile pour rester dans la réalité. Une réalité.

- Je crains que vous ayez mal compris, Belle Dame. Je n’ai jamais vendu mon âme à qui que ce soit et ne le ferais jamais de mon plein gré.

Existe-t-il un lieu où il est possible de porter plainte contre les mauvaises manières d’un démon ? Une justice parallèle à celle des hommes. Ils doivent bien avoir des conflits, des comptes à se rendre autrement que par coup d’éclair interposé ou raz de marée dévastateur. C’est qu’ils ne sont plus perchés dans leur Olympe ou je ne sais quelle géhenne. Les dieux sont forcés à la modération. L’idée m’est délectable. Je sers le potage qui a eu le temps de se glacer avec l’atmosphère, ajoute un peu d’origan et de paprika pour le plaisir des yeux et de la bouche. J’ai remplacé le vin de mon verre par de l’eau claire prise au robinet. Je devine que ma brusque sobriété fait sourire. Je termine de dresser la table comme si ce repas était ce qu’il devrait être : une occasion de connaître quelqu’un d’autre dans cette ville oasis. C’est mon éducation qui me permet de ne pas m’embraser. Mais…

J’ajoute une pincée de piment de Cayenne dans mon assiette, d’une pichenette, je projette les reliquats de la poudre rouge qui maculent mes digitales vers la sifflante chose sans patte. Ça éternue ce genre de bestiole ?

- Mangez avant que cela ne se réchauffe, dis-je avec courtoisie et sourire.

J’attaque mon velouté glacé sans appétit. La belle Garce semble me scruter, m’analyser. Me disséquer.

- Je n’ai pas besoin de vous pour rendre ma vie trépidante. Il semble que je sois assez doué pour me coller tout seul dans l’aventure.

J’observe sa réaction, ne sachant pas à quoi m’attendre. Sous mon crâne, cela s’est un peu calmé. Je range les informations, trie et dissèque à mon tour. Quand nous passons au plat principal, je reprends la parole dans ce dîner qui commence à ressembler à une veillée funèbre avec la pluie qui crépite sur le pont au-dessus de nos têtes. Je pose les assiettes ornées de deux tranches de filet mignon agrémentés de la garniture qui a eu le temps de confire, et m'rassois en fac de Thomasine. De la pointe de mon couteau, j’apprécie la souplesse de la viande quand un sifflement persifle une fois de trop. La lame a quitté ma main. Je n’ai ni visé ni même regardé où je le plantais. Mon bras s’est déplacé à l’instinct, guidé par Durendal nichée quelque part dans les limbes, mon regard, lui, est resté vrillé dans celui de Thomasine.

Castur se débat, crucifié en son centre sur la table. Le manche vibre encore de la force de mon geste. Je n’ai pas touché de point vital, mais je m’en moque. La douleur le rend aphone.

- Pas de bras… Dis-je avec un sourire hypocrite. La prochaine fois, je lui coupe la langue.

... puisqu'il semble que nous devons cohabiter. Je sors la courte dague de mes ancêtres de ma poche. Celle à l’origine de ma rencontre avec le Ficus. Depuis, elle ne me quitte plus. D’un geste sec, j’extirpe la lame de son fourreau de noyer. L’objet est un peu encombrant, mais moins qu’un Smartphone de grande taille. La patine des siècles a effacé les armoiries de ma famille qui avaient été serties en fer, j’imagine, dans le bois, mais qui sont tombées depuis. Il faut être un Roncevaux pour les deviner. Même le British muséum où je l'ai volé s'était trompé sur sa provenance et son origine. Le fil de la lame tranche ma viande pendant que la breloque qui contient l’ambre précieux, sang d’une dryade de haut rang, et long sujet de discorde, s’agite au bout du manche. J’enfourne un morceau sous l’œil curieux de ma belle Garce.

Je devine du coin de l’œil, la chose sans patte onduler et s’entortiller autour du couteau. Je ne sais pas ce que mon geste va me coûter, mais que la jolie blonde ne m’imagine pas aussi docile que j’ai pu le paraître jusque-là.

- Et comment je sors de cette cale ? Demandé-je entre deux bouchées. Ce n’est pas très grand ici, et je crains que ma compagnie ne vous lasse rapidement.

Je n’ai aucune idée du serment d’allégeance que j’ai fait sans le savoir, ou du pacte. « Une vie intense, voire trépidante, » me propose-t-elle. A-t-on besoin d’un démon pour cela ?

- Je n’avais rien demandé, mise à part une charmante soirée qui hélas s’est transformée en triste leçon de morale. Quel intérêt ai-je à vos yeux ma belle Dame ?

La créature de pouvoir qu’elle pense que j’ai en allié. Ce n'est pas moi qui l’intéresse, ou pas uniquement. C’est ce que j’imagine. J’ai sorti ma dague millénaire à dessein. Pour dire que je ne suis pas si démuni, même si ce n’est pas cette dague qui lui fera du mal. Simplement affirmer que même si je suis un mortel, ma vie s’inscrit dans une lignée qui m’offre un millénaire d’expériences transmises de père en fils. Je ne sais pas ce qu'elle peut deviner de moi. Piètre revanche, elle ne semble pas mettre le doigt sur le phénomène que je suis. Qu'elle ne compte pas sur moi pour l'aider. J'ai le sentiment que cela l'intrigue et que j'ai intérêt pour ma vie à ce qu'elle conserve cet intérêt. Je réponds à son regard inquisiteur par un franc sourire. Je suis dans de beaux draps, mais il en faudra plus pour m’arracher des larmes de désespoir.





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MessageSujet: Re: Orage, eaux des espoirs [Josh] Orage, eaux des espoirs [Josh] EmptyJeu 7 Nov - 5:44








Orage, eaux des espoirs


Doucement, je ferme les yeux. Brièvement, mon visage se crispe. Colère, tristesse, mépris, dégoût. J’ai gâché le moment.

Pourquoi ? J’aurai pu passer le dîner dans la bonne humeur et asséner mon mensonge après le dessert, lorsque la panse de Josh aurait été remplie de mon piège. Alors pourquoi ? Pourquoi détruire ce moment que Josh s’est acharné à bâtir avec charme ? La réponse est dans la question.

L’Ouroboros.

Je me suis autodétruite. Je me suis privée d’un moment d’amusement simple pour nulle autre raison qu’une pulsion autodestructrice. Une pulsion dont Cali paie le prix.

Je n’en suis pas désolée.
Je ne m’en veux pas.

Je me rappelle l’époque où les enfants qui n’étaient pas certains de survivre étaient sacrifiés aux dieux. M’étaient sacrifiés. Donner quelque chose d’important à ses yeux pour recevoir quelque chose d’important à ses yeux. La question étant de savoir si ce que j’attends de Josh de Roncevaux a la même valeur que celle que j’accorde à la vie de Cali. J’ai gâché l’un, j’ai peut-être gâché l’autre.

Je me vois me précipiter sur Josh et lui enfoncer son couteau en travers de la gorge, création m’étant on ne peut plus normale lorsqu’on s’en prend à l’un des miens. Je me vois partir en sanglot alors que je recueille mon enfant d’adoption entre mes mains, pour essayer de le sauver de sa peine. Je me vois commencer à sourire face à la situation, un beau sourire en coin au-delà de toutes les considérations mortelles. Je me vois me reculer avec écœurement face à ce qui n’est rien d’autre que mon fait. Je n’en fais rien.

Je savoure le moment. Colère, tristesse, mépris, dégoût. Brièvement, mon visage se décrispe. Doucement, je rouvre les yeux.

Spoiler:
 
J’ai vu les yeux de Josh se perdre sur son verre, pour encaisser le choc. J’ai vu le nez de Josh porter au-delà sa perception du liquide. J’ai vu les uns et l’autre se plisser. Cela ne l’empêche pas de boire mais le goût n’arrivera pas à autre conclusion que celle que les deux précédents ont eu. Tout comme l’esprit de Josh ne semble pas arriver à autre conclusion que celle que je lui ai donnée. Il cherche à faire face. Je l’ai regardé faire, consciente d’avoir fait mes révélations trop tôt.

Josh a fini par arriver à se ressaisir. Il a relevé les yeux vers moi. Il a rejeté le verre. Il a plissé les yeux. Il m’a fixée. Il m’a fait face. Dans son inexpression, je me suis retrouvée. Dans sa frustration également.

Je l’ai laissé se détourner sans rien ajouter. Il a choisi de continuer. Dressant le couvert. Corrigeant une mécompréhension ; mes sourcils se relèvent. Il n’aurait jamais vendu son âme à qui que ce soit et ne le fera jamais de son plein gré. Dommage. Guère étonnant, cependant. Reconsidérer sa "bonne personne" m’a pris quelques pensées, partagées avec les conclusions quant à son attitude. Son impassibilité. Était-ce celle de quelqu’un n’ayant plus rien à perdre ou bien celle de quelqu’un ayant déjà tout perdu ? Subtile nuance. Tout aussi subtile que le geste d’agacement à l’encontre de Cali, Tumbleweed pimenté qui n’a vraiment traumatisé le basilic malgré quelques difficultés linguales.

« Mangez avant que cela ne se réchauffe. »

Je l’ai regardé ouvrir le bal. Je l’ai scruté, je l’ai analysé. Je l’ai disséqué. Mon visage n’exprimait rien d’autre que cette observation de destruction intérieure. Il a déclaré n’avoir besoin de moi pour rendre sa vite trépidante, je l’ai cru. Il a déclaré être assez doué pour le faire seul, je l’ai constaté. Un fin sourire a failli faire surface, malgré la marée. La partie interne de mes sourcils est remontée alors que le tout se baissait et s’approchait. Mes joues sont remontées également, alors que les coins de mes lèvres s’étiraient puis s’abaissaient. Puis j’ai mangé.

En silence.

Seul Cali, occupé à se débarrasser de l’épice en frottant sa langue sur ses babines, continuait d’exprimer quelque chose. Une certaine détresse, dans laquelle je l’ai laissé. S’il avait eu besoin de moi, il me serait revenu. Nous étions au plat principal quand c’est arrivé.

Doucement, je ferme les yeux. Brièvement, mon visage se crispe. Colère, tristesse, mépris, dégoût. J’ai gâché le moment.

Pourquoi ? J’aurai pu passer le dîner dans la bonne humeur et asséner mon mensonge après le dessert, lorsque la panse de Josh aurait été remplie de mon piège. Alors pourquoi ? Pourquoi détruire ce moment que Josh s’est acharné à bâtir avec charme ? La réponse est dans la question.

L’Ouroboros.

Je me suis autodétruite. Je me suis privée d’un moment d’amusement simple pour nulle autre raison qu’une pulsion autodestructrice. Une pulsion dont Cali paie le prix.

Je n’en suis pas désolée.
Je ne m’en veux pas.

Je me rappelle l’époque où les enfants qui n’étaient pas certains de survivre étaient sacrifiés aux dieux. M’étaient sacrifiés. Donner quelque chose d’important à ses yeux pour recevoir quelque chose d’important à ses yeux. La question étant de savoir si ce que j’attends de Josh de Roncevaux a la même valeur que celle que j’accorde à la vie de Cali. J’ai gâché l’un, j’ai peut-être gâché l’autre.

Je me vois me précipiter sur Josh et lui enfoncer son couteau en travers de la gorge, création m’étant on ne peut plus normale lorsqu’on s’en prend à l’un des miens. Je me vois partir en sanglot alors que je recueille mon enfant d’adoption entre mes mains, pour essayer de le sauver de sa peine. Je me vois commencer à sourire face à la situation, un beau sourire en coin au-delà de toutes les considérations mortelles. Je me vois me reculer avec écœurement face à ce qui n’est rien d’autre que mon fait. Je n’en fais rien.

Je savoure le moment. Colère, tristesse, mépris, dégoût. Brièvement, mon visage se décrispe. Doucement, je rouvre les yeux.

« Pas de bras… La prochaine fois, je lui coupe la langue. »

Son sourire trouve écho chez moi. Il n’y a pas plus de joie chez l’un que chez l’autre. Le mien, cependant, dévoile mes dents. Je t’envie, Josh de Roncevaux. Non pour cette capacité à s’en prendre à plus faible que soit à défaut de pouvoir le faire à plus fort, qui n’est qu’une juste rétribution, mais par cette capacité à faire face au pire tout en gardant tes moyens. Cette partie de ta personnalité semble bien plus naturelle que la personne sociable, innocente et bienveillante, que tu montrais précédemment. Une chose de plus sur laquelle réfléchir. Une chose secondaire de plus. Mes yeux te quittent, mon sourire carnassier s’amenuise.

Cali.

Survivrait-il à sa blessure ? Lorsque je lui ai crevé les yeux, pour le rendre moins dangereux, je me demandais si la magique insufflée en lui lui permettrait de les régénérer ; comme j’en suis moi-même capable. Ce n’est pas le cas. Sa langue ne repousserait probablement pas non plus. Cependant, cet empalement, car à cette taille il s’agit d’un empalement, risque de mettre fin à sa vie. Si j’enlève la lame, l’hémorragie risque de lui être fatale. Si je la laisse et qu’il continue de se débattre, les éclats de vertèbres risque de perforer encore plus les organes ; donc, à terme, de causer une hémorragie fatale également. Sous réserve qu’un organe vital n’ait pas déjà été touché.

Josh sort une nouvelle lame, que je n’avais pas devinée. Ancienne, d’excellente facture, sans que je puisse la reconnaitre. Ce n’est pas un ustensile de table, ni réellement une arme de combat considérant sa taille. C’est un symbole d’appartenance. Rien de bien surprenant considérant le nom à particule. La gemme qui la sertie me semble le clou du spectacle mais je n’en ai une bonne vision ; contrairement à son exploit précédent. La précision et l’inattention avec lesquelles le couteau a été lancé sont bien plus surprenantes, pouvant même rendre dangereuse le nouvel outil. Je ne m’en sens pas menacée pour autant ; non que Josh ne puisse me tuer de sa relique, sous cette forme, mais que ma mort ne change pas grand-chose. Un contre-courant dans mon esprit, insuffisant à former un tourbillon. Et ce malgré le commentaire qui suit sa question dont la réponse a déjà été fournie.

Je suis tentée de réclamer que Josh m’évoque son tutélaire dès à présent ; s’il ne lui a pas vendu son âme, leur relation doit être autre et cela implique que ledit tutélaire pourrait se déplacer immédiatement en cas de danger de son humain de compagnie.

« Je n’avais rien demandé, mise à part une charmante soirée qui hélas s’est transformée en triste leçon de morale. Quel intérêt ai-je à vos yeux ma belle Dame ?

- Morale, répète-je avec perplexité alors que je tends ma main jusqu’à la lame qui empale mon enfant. Mythologique plutôt, tel que c’était convenu. Les dieux baisent le reste. »

Mes doigts se referment sur le tranchant du couteau. Je retire la lame et la relâche négligemment. La coupure n’est pas profonde. Elle saigne cependant. Mes doigts toujours plus rougeâtres s’en viennent presser le serpent. Nos sangs se mêlent. Dommage, je ne saurais jamais quel était ses capacités de régénération. Enfin, celles conférées par Castur. Désormais, j’en serais la source. Cela suffira à le sauver, physiquement parlant. Quant au traumatisme psychologique… nous verrons bien. Je ramène Cali contre moi, pressant pour limiter la perte de son sang sans l’étouffer pour autant.

« Quand la mère de Proserpine découvrit sa malédiction, elle cessa de pourvoir à son rôle de déesse de la fertilité. Les dieux négocièrent alors que la fille passe une partie de l’année chez eux et une autre aux enfers, expliquant le cycle des saisons. Vous êtes bien moins "mignonne" que Proserpine, certes, mais vous aurez vos autorisations de sortie. Jusqu’à négociation de la garde alternée. »

Quel intérêt as-tu à mes yeux, Josh de Roncevaux ? Quel intérêt aurait, à tes yeux, un éphémère ? Intéressant durant quelques instants mais si vite passé. D’où que ton tutélaire soit un interlocuteur plus durable. Chose qui n’enlève rien à ta qualité, largement supérieure à celle de la plupart des gens que j’ai rencontré.

« Si vous avez peur de vous ennuyer ici, je ne réclamerai que les weekend. Cependant, il faudra être gentil avec votre petit frère. Surtout qu’il risque de récupérer ses yeux, désormais. C’est dangereux, lorsqu’on parle d’un basilic. Vous ne le voulez pas agressif. »

Maintenant Josh sait. Il sait que cette petite créature, qu’il aurait pourfendu sans effort ni même attention, peut presque en faire de même. Il sait que tout est dangereux pour lui. Je le crois de plus en plus humain, de part les armes qu’il brandit ; des armes, justement. Anciennes, anachroniques, mais armes néanmoins.

Relâchant un Cali qui s’en va se cacher dans les meubles, j’entreprends de lécher ces coupures qui mettront une petite demi-heure à guérir chez moi.

« Pensez-vous votre héritage capable de me tuer, demande-je tranquillement, ressortant ma bouche de mon amuse-gueule imprévu pour parler. Pensez-vous que cela vous libèrerait ? »

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MessageSujet: Re: Orage, eaux des espoirs [Josh] Orage, eaux des espoirs [Josh] EmptyMer 13 Nov - 15:31








Orage, eaux des espoirs


J’ai du mal à déchiffrer l’humeur de la maîtresse des lieux. Sa belle plastique est aussi figée que celle d’une statue grecque ou romaine. M’en veut-elle pour son familier ? Il y a des chances. Je me mords la lèvre, n’ai-je pas été, une fois encore, imprudent ? Il y a des chances, également. Ma boutade sur sa bête trouve un pâle écho à mon sourire qui n’en est pas vraiment un. Et quand je me plains de cette soirée qui tourne, à mon sens, à une leçon de morale, sa réponse m’insatisfait.

- Morale ? Mythologique plutôt, tel que c’était convenu. Les dieux baisent le reste.

Alors que je me demande ce qu’elle entend par « le reste », elle libère la chose sans pattes en se coupant volontairement. Ma première impression est la bravade, une manière de me démontrer qu’elle ne craint pas la blessure. Mais aux soins qu’elle apporte au persifleur et aux vagues connaissances que j’ai de l’importance du sang dans certains rituels, je me dis que c’est autre chose. L’immonde reptile va vivre. Dommage. Quoique je ne désirais pas sa mort en particulier. Juste qu’il arrête de se tortiller et siffler alors que nous mangions. Je regarde ma belle blonde, me mort la joue pour ne pas lui dire que je la verrais mieux avec un bichon comme animal de compagnie. Cela collerait mieux avec ses échasses ferrées comme les jambes d’un cheval qu’elle a abandonnées à l’entrée. Josh mon gars, c’est une démone ! Mouais, mais ce serpent, auquel je ne serais « presque » pas surpris qu’elle lui donne le sein, me rappelle Mademoiselle Lagardère, Millicent Lagardère. La fille d’un bourgeois très remarquée par ses frasques dans les salons parisiens et ses pratiques douteuses dans les choses de l’amour. Seulement la fortune de papa n’a pas suffi pour la sauver d’une morsure de mygale dans un endroit fort singulier de sa personne. Alors que mon corps frissonne à ces images glauques et visqueuses, la leçon mythologique se poursuit.

- Quand la mère de Proserpine découvrit sa malédiction, elle cessa de pourvoir à son rôle de déesse de la fertilité. Les dieux négocièrent alors que la fille passe une partie de l’année chez eux et une autre aux enfers, expliquant le cycle des saisons.

Belle démonstration de l’équilibre des forces. Mais je crains que Macsen n’ait pas la même dissuasion que la maman de cette Proserpine qui comme moi n’avait rien demandé. Là est le fond du problème : des puissants qui usent de votre vie à leur guise. Mais dans une moindre mesure, l’homme n’a-t-il pas aussi agi de la sorte ?

- Vous êtes bien moins "mignonne" que Proserpine, certes.

Ma réplique était une rhétorique dont je n’attendais pas la confirmation ! Le calamar deviendrait presque vexant.

- Mais vous aurez vos autorisations de sortie. Jusqu’à négociation de la garde alternée.

Me voilà dans la peau d’un adolescent avec une daronne façon Folcoche. Il y avait d’ailleurs une histoire de serpents dans ce roman. Je regarde autour de moi. La prison est jolie, mais une cage reste une cage. J’espère qu’il y a de quoi lire.

- Si vous avez peur de vous ennuyer ici, je ne réclamerai que les week-ends.
- Vous m’en voyez fort aise.
- Cependant, il faudra être gentil avec votre petit frère.
- Petit… quoi ?
- Surtout qu’il risque de récupérer ses yeux, désormais. C’est dangereux, lorsqu’on parle d’un basilic.
- J’imagine que cela n’a rien à voir avec la plante aromatique ?
- Vous ne le voulez pas agressif.


Je toise « petit-frère ». Je crains de passer des week-ends non à lire, mais à tenter de survivre. L’amusement d’une démone ? Proserpine a été enlevée. Miss Poulpe n’a pas usé de violence, mais de sa langue fourchue. En revenant à la vie un siècle après ma naissance, j’avais regretté que la galanterie soit passée de mode. Dire que c’est cette courtoisie qui me mène en enfer. Le temps où les bonnes actions étaient payées de récompense semble révolu. Est cela ce Nouveau Monde ?

Je regarde avec crainte « petit-frère » se faufiler dans un meuble. Il y a-t-il sur ce bateau un manuel pour bien élever son basilic ?

- Pensez-vous votre héritage capable de me tuer ? Pensez-vous que cela vous libérerait ?
- Tuer un immortel n’est-il pas un non-sens ? Ou jouez-vous à me donner de faux espoirs ?

Je pense à Durendal. Elle ne peut m’ôter ce bien. Rien ne me le prouve, c’est simplement une certitude. Quant à savoir si son tranchant peut l’atteindre. Évidemment, l’enveloppe de chair et de sang est mortelle, solide, mais mortelle. J’essuie la lame de ma dague avec ma serviette. Geste au combien indélicat à mes yeux. Mais je n’ai que ces petites bassesses pour lui affirmer que je ne suis pas un jouet amusant. Je range ce bien familial dans ma poche et entreprendre de débarrasser nos assiettes pour en sortir des propres pour le dessert. L’odeur de la tarte a une odeur familière qui me rassure.

- Que savez-vous de mon héritage, ma belle dame ?

Je la fixe un instant avec un sourire en biais. Je romps le lien le premier fouillant allégrement ce lieu où — si j’ai bien compris— je vais passer du temps. Jusqu’à ce qu’elle se lasse. À son âge canonique, elle doit être blasée. Dois-je me flatter d’avoir attiré son attention ? Un autre que moi, certainement. J’arrange les assiettes à dessert, et présente ma préparation avec art, non parce que mon hôte est une entité supérieure, mais parce c’est dans mes gènes de ne pas bâcler une telle chose. Je dispose sa part devant elle, et redonne une chance au vin en me servant le font d’un verre.

- Alors ?




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MessageSujet: Re: Orage, eaux des espoirs [Josh] Orage, eaux des espoirs [Josh] EmptyJeu 14 Nov - 6:29








Orage, eaux des espoirs


Josh me semble avoir peur, en plus des doutes. Que fais-je quand l’un de mes jouets commence à détruire les autres ? Ils ne sont pas mes jouets. Ils sont mes animaux. La question reste la même. Pour l’heure, je me contiens. Je savoure. Je parle. La peur, le doute, tous deux muent en frustration. Puis la personnalité sociale reprend le pas. La vie continue, indifférente à ce qui s’est passé. Les émotions changent et Josh frissonne. Suis-je rancunière ? En veuille-je à mes enfants d’avoir tué mon mari ? En veuille-je à mon petit-fils de m’avoir décapitée, d’avoir placé ma tête dans le ciel et mon sang dans le sol pour en tirer pouvoir alors que je vivais encore ? J’ai eu la colère, j’ai eu la tristesse, j’ai eu le mépris, j’ai eu le dégoût. De la première sont nés les dragons. De la seconde sont nés des fleuves. Du troisième est née le Léviathan. Du dernier est né Léviathan. Léviathan qui travaille avec certains de mes enfants. La leçon mythologique se poursuit.

L’attention de Josh entraine des réactions intéressantes, son accord, sa peur, son amertume, son doute ; si je ne me trompe pas. Sa vexation, avec un retour de bâton qu’il a tendu volontairement. Sa vexation, avec un retour de bâton qu’il a tendu involontairement. Comme un adolescent, il commence à répliquer bien vite.

Ironie. Surprise. Interrogation. Peur. Réciproque, même si Cali ne l’exprime pas avec le visage mais avec l’entièreté de l’attitude. Interrogation, à nouveau, chez Josh de Roncevaux.

« Pensez-vous votre héritage capable de me tuer ? Pensez-vous que cela vous libérerait ?

- Tuer un immortel n’est-il pas un non-sens ? Ou jouez-vous à me donner de faux espoirs ? »

Tout en continuant de me fixer, Josh se perd en pensée. J’en fais de même. Son point de vue n’est pas faux, pour ainsi dire. Pour les deux parties. La première, il est vrai que la plupart des divinités sont généralement enfermées car elles ne peuvent être tuées ; sauf moyens spéciaux, dissimulés. Cela étant, l’immortalité est polysémique et parfois inexacte : une minorité de divinités peut être tuée mais pas mourir de maladie ou de vieillesse, les Ases par exemple. Quid des démons ? Cela dépend de leur origine. Quid de moi ? La mort est partie de ma vie. Seulement Josh l’ignore.

C’est là qu’en vient la seconde partie, toute aussi intéressante que la première. Lui donne-je de faux espoirs ? Je dirais que non. Peut-être, cependant. Me tuer est faisable, étonnement facilement. Seulement, cela ne change rien ; un contre-temps, tout au plus. Josh essuie le sang de sa lame avec dépréciation. Ainsi mon silence est-il une réponse qui le satisfait. Je ne souris pas pourtant, je ne joue pas vraiment. Ma réflexion est réelle. Sa dague disparait.

Josh se lève et passe à la suite, je le regarde faire sans rien dire. L’idée de lui souligner qu’un tel service encourage à le garder auprès de soi me traverse l’esprit mais reflux aussitôt ; cela serait remuer le couteau dans la plaie, inconstructif pour l’heure.

« Que savez-vous de mon héritage, ma belle dame ? »

Quoi que cela ne soit pas aisé, je m’adosse sur le petit dossier qui m’appui sur le bas du dos. Mes yeux s’en viennent à l’interrogateur, sans plus d’expression que précédemment. Le second me regarde également, souriant. L’expression disparait alors qu’il fait comme chez lui et me déclenche mon propre sourire, amusé. Tout est préparé. Tout est prêt. Tout est soigné. Tout est beau. Josh se permet d’insister pour, cette fois, avoir une réponse.

Je prends le verre de vin.

« Vos manières ne viennent pas de ce siècle, votre héritage est donc fort ; fort plaisant, expliquant mon piège comme le choix de votre "bonne personne". Je supposerai bien votre condition de majordome mais vous avez un nom à particule ; ancienne noblesse, donc. Je suppose ainsi noblesse déchue mais toujours bourgeoise et majordome de créature plus "noble" encore. Votre comportement social est tout ce qu’il y a de plus charmant, par l’éducation comme votre caractère je suppose, tandis que votre comportement naturel est plus dangereux. Vous faites face, quoi qu’il advienne, et cela avec un détachement notable. Il ne vous reste probablement pas grand-chose à perdre. Je dirais donc que votre héritage se limite à cet objet que vous cachez et à ces valeurs que vous montrez ; vous l’avez donc perdu, involontairement. Vous y tenez pourtant, le regrettez et vous y accrochez à votre manière. »

Est-ce une question de Brèche ? Beaucoup d’êtres humains ont tout perdu dans le cataclysme. Patrimoine, famille, leur "ancienne vie"… Pour une culture basée sur l’héritage comme celle de la bourgeoisie, ou de la classe sociale supérieure si on ne croit pas à la bourgeoisie, c’est d’autant plus marquant ; quiconque a beaucoup à perdre souffre plus lorsqu’il le fait. A l’inverse, les classes sociales inférieures ayant survécu à la Brèche étaient animées par leur survie, par la reconstruction du peu qu’elles avaient, plutôt que par une nostalgie consciente ou non de ce passé doré. Evidemment, l’un et l’autre sont des terreaux fertiles à l’Envie. Cependant, c’est là une digression. Après une gorgée de vin, je repose le verre.

« Sans doute par conscience professionnelle, je ne donne jamais de faux espoirs. Tout ceux que je donne peuvent être accomplis ; avec mon aide. Pour plusieurs civilisations, la scandinave devant vous être la plus familière, l’orage était une chose ambivalente. Thor est une divinité de l’orage, tout à la fois puissant, protecteur, fertiliseur et destructeur. Les Humains baissent la tête durant les orages car il s’agit de forces qu’ils ne peuvent contrôler, qu’ils doivent endurer. Cependant, une fois l’orage terminé, ils peuvent en récolter les fruits ; destruction parfois, fertilité toujours. Vous avez connu un grand orage. Vous pensiez peut-être ne pas pouvoir tomber plus bas. Je vous ai invité ici. Vous pouvez encore tomber plus bas, seulement pas de beaucoup. Reste à savoir si vous vous complairez ici ou si vous reconstruirez. Assumant votre héritage pour en reconstituer un nouveau. »

Mes yeux se perdent sur mon verre de vin, sur un toast que je pourrais, voudrais, porter : l’Ouroboros. Après la destruction, la renaissance. Je pense savoir pourquoi Josh de Roncevaux me plait tant. En plus de ses manières, de son charme, de ses traits de caractères positifs comme négatifs, de sa physionomie qu’importe qu’elle souffre la comparaison avec une divinité… lui aussi se trouve sous le signe de l’Ouroboros. Lui aussi tend à s’autodétruire et à se reconstruire. Il ne savait pas ce que lui couterait ce diner mais il savait que cela lui couterait quelque chose et il y est allé, à l’aveugle, subissant le prix lors de sa découverte et répliquant comme il le pouvait, conscient de la vacuité de la chose. Du danger de la chose. Malgré tout cela, il a continué. Il continue. Je souris. Je lâche mon verre.

« Vous savez ce que vous coutera ce diner. Maintenant, je vais vous dire ce qu’il va vous rapporter. »

Je prends les couverts. Mon sang a depuis longtemps coagulé pour protéger ma plaie mais il n’est pas agréable pour autant de couper la tarte. Tout l’inverse de la déguster. Je n’ai pas apprécié ce repas à sa juste valeur, je le sais. Trait animal, je mange avant tout pour me nourrir, rarement pour déguster. Ce soir, le plaisir est venu de l’aventure de Josh mais, rétrospectivement et d’autant plus facile que le sucre me drogue comme tout autre, le repas contribue à son mérite.

« En plus de la leçon mythologique, vous aurez le droit de repartir demain matin. Comme on dit, "il ne faut pas abuser des bonnes choses" et je l’ai déjà pleinement fait de vous.  Lorsque vous serez prêt, vous et votre "bonne personne", nous négocierons. En attendant, cherchez. Cherchez la valeur de votre vie au-dehors d’ici ; non pour l’illusion de liberté mais pour l’expression de votre héritage. Celui qu’on vous a fait comme celui que vous ferez. Si d’aventure vous en venez à ouvrir un restaurant, vous pouvez compter sur moi pour vous ramener des clients. Si je puis me permettre de suggérer un nom : "Proserpina’s délice". Ironique, sarcastique et vrai à la fois. Triple sens, la trinité étant toujours gage d’équilibre. Cela étant, je me doute que vos qualités vont au-delà de ce que vous avez démontrées ce soir. »

Quoique la soirée m’ait permis d’évaluer Josh de Roncevaux avec une justesse qu’il a pu apprécier précédemment, avec ma réponse concernant son héritage. Cette si grande partie de lui. Pas la seule. Doucement, je termine le dessert. Le repas. Puis le verre de vin. Et, enfin, j’achève Josh avec malice.

« Alors, considérant que je vous ai baisé, considéreriez-vous de me rendre la pareille ? »

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MessageSujet: Re: Orage, eaux des espoirs [Josh] Orage, eaux des espoirs [Josh] EmptyMar 3 Déc - 14:45








Orage, eaux des espoirs


Je suis un peu amer à m’être fait berner de la sorte. J’ai envie de maudire Macsen pour ne pas m’avoir mis plus en garde contre la perfidie de certaines créatures. Une perfide au si beau visage et aux courbes enchanteresses. Comment détester une belle personne ? Avec le Ficus, je maudis aussi mes sens d’homme et mes hormones qui m’ont fait perdre la partie. Mais que serait la vie sans cette fougue primaire ? La prise de risque. Ma belle dame n’est que calcul et machination. Je n’envie pas son esprit. Après tant de millénaires, comment ne pas s’ennuyer ? Je l’ai poussée à deviner qui je suis, ce que je suis. Elle me dévoile son analyse.

Mes manières me trahissent en premier. Mon patronyme en second. Cela me fait sourire. Mon sang est ma fierté. Elle devine juste avec l’ancienne noblesse que je représente. Une noblesse de titre, mais aussi de cœur. Je grimace quand elle évoque une noblesse déchue. Je lui sortirai bien Durendale sous le nez. Mais le geste serait bien trop phallique, ridicule. Ce n’est pas la noblesse qui est déchue, mais simplement le système qui a changé depuis la révolution. On ne devient pas noble, on l’est. Une notion remise en cause, après que nombres de ma condition aient oublié le devoir de leur rang et en guise de cotte de mailles ont revêtu des bas de soie comme les femmes. La déchéance de ma caste vient du mépris et de l’aveuglement. Mépris des sangs bleus pour le peuple, aveuglement sur une possible rébellion. Mépris du bas peuple pour ces chevaliers qui ne chevauchent plus que des courtisanes, aveuglement de la haine qui oppose violence contre violence.

Thomasine ne se trompe pas en disant que je n’ai plus grand-chose à perdre sinon la vie. Elle me laisse songeur quand elle affirme que j’ai perdu mon héritage et que je le regrette. Je souris sans ouvrir les lèvres. Elle, comme beaucoup, colle une valeur pécuniaire à un héritage. Propriété, meubles, avoirs ne sont que la partie visible. Celle qui fait les envieux, celle qui cause votre perte. Je mentirais si j’affirmais ne pas avoir eu de biens avant d’être endormi pour un long sommeil. Certes, je regrette mon appartement parisien et mon rang social pour la facilité de vie qu’ils m’apportaient. Toutefois, je n’ai pas hérité de Durendal pour briller dans les salons ni montrer une quelconque puissance. L’héritage des Roncevaux est dans le cœur avant toutes reliques du passé. Un esprit Chevalier que j’ai parfois retrouvé chez de pauvres gens, plus que chez les bourgeois qui n’ont pris de la noblesse que la plus vile des parties, celle de l’appât du gain et des privilèges.

Je sirote mon verre, délaissant le dessert. J’imaginais l’enfer plus… ou moins… J’ai quitté le monde à l’aube d’inventions autant extraordinaires que terribles. Je n’ai même pas eu le temps de terminer cette mission pour Marie Curie. J’ai cherché dans les livres d’histoire ce qu’il en est advenu. Un autre a dû être chargé de terminer mon travail, car il n’y a pas eu de catastrophe en 1933. Ou si, mais pas en France, juste dans un pays limitrophe avec une suite sinistre. Aujourd’hui, les préoccupations ont changé, quoiqu’il s’agisse toujours qu’une poignée de personnes dominent une majorité d’autres. Les opprimés deviennent les oppresseurs. Les gens comme Macsen semblent y avoir gagné avec le grand changement. Même si le ficus a aussi des pertes à déclarer.

– Vous savez ce que vous coûtera ce dîner. Maintenant, je vais vous dire ce qu’il va vous rapporter.

Quel est ce nouveau piège ? Je la regarde, dubitatif. Redonne-moi ma liberté, c’est tout ce que je souhaite. Je ne suis pas fait pour vivre en cage.

– En plus de la leçon mythologique, vous aurez le droit de repartir demain matin. Comme on dit, « il ne faut pas abuser des bonnes choses » et je l’ai déjà pleinement fait de vous.  
– Ravi de vous l’entendre dire, répliqué-je amers.

Tu parles d’un gain… La peine semble moins contraignante qu’un enfermement à vie dans cette boîte de conserve de luxe, mais cela reste une geôle. Je dois rester sur mes gardes. Seulement, je crains de ne pas voir le danger, même s’il arrive à découvert.

– Lorsque vous serez prêt, vous et votre « bonne personne », nous négocierons.

Je vois déjà la tête de Macsen… Il ne va pas rire, mais pas du tout. Thomasine se trompe sur mes liens avec lui. Ou c’est moi qui suis dans l’erreur totale, aveuglé. Elle me fait douter des intentions du Ficus.

– En attendant, cherchez. Cherchez la valeur de votre vie au-dehors d’ici ; non pour l’illusion de liberté, mais pour l’expression de votre héritage. Celui qu’on vous a fait comme celui que vous ferez.

Je pose mon verre, intrigué par ses paroles. Finalement a-t-elle compris que mon héritage est une noblesse d’esprit ? Seulement, j’ai peur d’être dépassé dans cette ville du XXIe siècle. Je crains d’être inutile au milieu de tous ces gens aux pouvoirs insensés. Je suis insignifiant. Je me rembrunis, mon regard se voile, un peu triste de ce constat. Et là, ma belle Dame n’y est pour rien.

– Si d’aventure vous en venez à ouvrir un restaurant, vous pouvez compter sur moi pour vous ramener des clients. Si je puis me permettre de suggérer un nom : « Proserpina’s délice ». Ironique, sarcastique et vrai à la fois. Triple sens, la trinité étant toujours gage d’équilibre. Cela étant, je me doute que vos qualités vont au-delà de ce que vous avez démontré ce soir.

Je ris jaune.

– Je n’imaginais pas mon avenir ainsi, mais il est vrai que j’ai gagné quelques aptitudes à manier le couteau…

Mon adresse non naturelle avec toutes armes blanches peut être très utile… dans une cuisine. J’aurais préféré un beau champ de bataille, ou une arène. Une utilisation plus en accord avec le sang qui coule dans mes veines. Toutefois, cela assorti à mes origines françaises et un goût pour les bonnes choses… pourquoi pas. Déjà plus abordable que l’import-export qui était mon ancien métier. Finalement, je rapproche mon assiette et mange ma part de tarte. Il manque un soupçon de cannelle. Alors que je pensais avoir tout entendu sur ce bateau, Thomasine termine de m’achever.

– Alors, considérant que je vous ai baisé, considéreriez-vous de me rendre la pareille ?

L’information fait son chemin dans ma cervelle, se balade dans la bibliothèque de ma raison, sort des informations en liste comme une recherche sur Internet. La reine de la polysémie a encore frappé. Sens propre, ou sens figuré ? Je peux difficilement l’avoir avec une quelconque machination. Je n’ai déjà pas les bases pour analyser ses points forts et ses faiblesses. Je ne réponds rien, me contente de boire mon vin en la regardant. Mon silence ne semble pas la gêner, ma belle Dame est un monstre… de patience. La polysémie est-elle une maladie contagieuse ? Quand enfin, j’ai fait le tour de la question, un coin de mes lèvres esquisse un sourire.

– Je n’aime pas ce mot : baiser. Il renvoie aux primates que nous sommes, menés par un plaisir qui n’est qu’une pâle récompense pour ne pas oublier de se multiplier, pérenniser l’espèce. Je préfère l’embrasement des sens au coït purement fécondateur.

Je nous ressers en vin et prends mon verre par le pied. Je le lève à la hauteur de nos yeux, l’incline pour juger de sa robe et de la vitesse de décantation des dépôts.

– Le sexe est comme la consommation d’alcool. Soit vous choisissez une bouteille de vodka, soit un vin millésimé. Pour un homme de ma corpulence, l’une ou l’autre des bouteilles me conduira à l’ivresse. Mais une seule me mènera à l’extase, alors que l’autre me plongera très vite dans l’oubli d’un sommeil sans rêves.

Je souris franchement. Peut-être que par son cadeau elle pensait me déstabiliser. Toutefois, j’ai fréquenté tout un tas de courtisanes et de libertines dans des salons aux entrées très confidentielles pour laisser les maisons closes à ceux qui ne souhaitent que se faire traire les bourses. Je termine mon verre et le pose sur la table.

– Et donc, Thomasine ? Que préférez-vous ? Une vodka pour une ivresse qui vous plonge rapidement dans l’oubli du sommeil, ou le vin millésimé qui ne se dévoile qu’après de longs préliminaires ?

J’écoute sa réponse et souris. Tout cela ne me délivre pas de ce contrat qu’elle a pris sur ma tête sans mon consentement. Mais la dame est assurément belle et je ne doute pas de ses performances dans l’acte d’amour. Je me laisse guider jusqu’à son alcôve. Je prête peu d’importance au lieu, me concentre sur la femme et du revers d’un doigt caresse son cou gracile. Son regard est troublant. J’effleure sa peau de mes yeux, suis la ligne de son nez, l’ourlet de ses lèvres et glisse une main au creux de ses reins. Un pied entre les siens, je plaque son corps au mien, pour qu’elle puisse prendre la mesure de mon envie entre le tissu de nos pantalons respectifs. Du bout du nez, je caresse sa joue, suis la ligne de son maxillaire pendant que ma main libre se saisit de sa crinière pour lui tirer la tête en arrière sans réel ménagement et offrir sa gorge en pâture à mes lèvres.






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Orage, eaux des espoirs


L’amertume cède place à un sourire sur le visage de Josh, mes paroles étant les causes. Le sourire cède place à une grimace, mes conclusions étant les causes. La grimace cède place à des réflexions, ses pensées en étant les causes. Causalité, toujours. L’amertume revient, bouclant la boucle, naissant de ces mêmes paroles qui l’ont déjà fait apparaitre comme disparaitre. Mon interlocuteur répond, cette fois. Une réponse brève dans les mots, longue dans les pensées. Quoi qu’il n’ait guère le temps de s’attarder, mes mots continuant de l’amener ailleurs. Les doutes. La curiosité. Tant et si bien qu’il pose son verre, se concentre pleinement. S’effraie. S’attriste.

Je lui ai confié une quête, implicite comparée à la manipulation qu’est la leçon mythologique. Je lui ai confié une quête et il sait n’être pas prêt. Cette soirée le lui a prouvé, si tant est qu’il ait eu des doutes. L’aparté humoristique sur le restaurant le faire rire jaune, sans qu’il soit capable de voir l’indice dissimulé ; "la trinité étant toujours gage d’équilibre". Où est la trinité dans l’arnaque que je lui ai faite ? Dans le fait que je l’ai baisé trois fois, tout en ne lui en révélant que deux ? Ses pensées sont tournées vers l’avenir, qu’il n’imaginait pas ainsi d’après ses propres dires. "Mais il est vrai qu’il a gagné quelques aptitudes à manier le couteau" ; voilà une pierre sur laquelle mes pensées se jettent le temps de l’éroder. Sa dextérité est donc récente. Peut-être même surnaturelle. Magique. Un sorcier, nouvellement initié ? Dommage qu’il s’agisse d’un homme, sans quoi j’aurai pu revêtir l’habit de la Déesse des Sorcières et lui servir de tutrice, en plus de ravisseuse. D’un autre côté, l’Ouroboros lui va trop bien. D’un côté comme de l’autre, cela sert d’indice sur sa "bonne personne". Qui prendrait au sein de la magie une dextérité améliorée, cependant ? Un chevalier des temps modernes. Reste que la lame est bien petite, quoiqu’ancienne. Il termine lui aussi le repas.

Puis je l’achève.

Sa réaction m’amuse pleinement. La surprise est considérée comme l’une des sept émotions simples, quand bien même elle n’ait aucune réaction biochimique liée ; elle est l’absence de réaction biochimique, justement, lorsque le cerveau n’a pas le temps de produire une émotion face à la situation. Ensuite, généralement, lui comme la pensée qu’il engendre cherchent à rattraper leur retard. La réflexion de Josh est intense, rapide, et révélatrice. Il gagne du temps avec la boisson, me fixant comme je le fixe ; malice en moins. Elle se voit dans mes yeux, elle se voit sur mes lèvres, elle se voit dans ma posture. Et reste. Reste jusqu’à son commencement de sourire. Reste jusqu’à sa continuation de réponse. Puis se mue en un amusement légèrement méprisant.

Les goûts et les couleurs, cela ne se discute pas ; Josh est libre de déprécier le terme employé, cela ne change rien à l’interprétation qu’il en a. Quant à ne pas l’aimer car "il renvoie aux primates que nous sommes"… je ne me sens guère concernée. Le plaisir comme récompense pour ne pas oublié de perpétuer les gênes, je n’en pense rien : c’est un état de fait. La préférence à l’embrasement des sens face au coït purement fécondateur, je n’en pense rien non plus. Les goûts et les couleurs, cela ne se discute pas. Cependant, je prends note des informations concernant Josh. Est-ce partie de son héritage ? Probablement. Que cela soit culturellement ou volontairement. Quoi qu’il en soit, mon interlocuteur cherche encore à gagner du temps et voilà nos verres de nouveau pleins, notre repas légèrement prolongé. Cela n’empêche nullement la révélation sur l’une des idées qui l’a motivé à venir ici, à tenter cette aventure.

« Le sexe est comme la consommation d’alcool. Soit vous choisissez une bouteille de vodka, soit un vin millésimé. Pour un homme de ma corpulence, l’une ou l’autre des bouteilles me conduira à l’ivresse. Mais une seule me mènera à l’extase, alors que l’autre me plongera très vite dans l’oubli d’un sommeil sans rêves. »

Je ne refreine nullement le pouffement que le raisonnement me procure. J’aime le parallèle, j’apprécie sa pertinence, et je savoure les deux chemins qu’il dessine. Josh en est pleinement satisfait, souriant de plus belle et je lève mon verre pour le féliciter de sa reprise de lui-même ; je n’en attendais pas moins. Tant dans le sens de sa réaction, de surprise d’abord pour de réflexion ensuite, que de la première idée qui lui viendrait à l’esprit ; idée précédant possiblement toutes les "baises" que je lui ai déjà faites ce soir. Cela étant, je ne fais pas cela pas hasard. La polysémie est toujours là. Les courants aussi.

Qu’est-ce que Thomasine préfère ? Une vodka ou un vin millésimé ? L’ivresse qui plonge vite dans l’oubli ou celle qui arrive crescendo. Je fixe Josh avec un sourire fin et un regard mystérieux. J’apprécie son attention, son renvoie de balle. Je me demande si je me laisserai faire. Effectivement, cette journée m’a rappelée depuis combien de temps je suis esseulée, sexuellement parlant. Cependant, je n’y vois pas un mal, ni un manque. Enfin, le manque est plus profond que cela. Thomasine. Incapable de porter une descendance pour l’heure, bridée car brisée. Une brisure volontaire, pour s’incarner. S’incarner dans cette chair de primate, alors que ma nature est plus… serpentine. Draconienne.

L’un de mes pieds touche le plancher du navire. L’autre le suit. L’une de mes mains s’en vient à ma hanche. L’autre, une fois délestée de son verre de vin, garde le contact avec la table. La pulpe des doigts glisse sur le plan de travail alors que le plat des pieds le contourne. La pulpe des lèvres s’entrouvre alors que les mots s’en échappent.

« Une seule te mènera à l’extase, alors que l’autre te plongera très vite dans l’oubli d’un sommeil sans rêves. »

Je fixe le sourire de Josh puis passe de ses dents et de ses lèvres à son nez puis à ses yeux. Les miens traduisent un instant d’attente, dans cette observation distante du monde, puis je comprends que l’initiative me revient ; tout comme le choix de la compagnie qu’offrira Josh. Choix qui m’est laissé. Choix que j’ai fait fonction de lui. Pour ma part, l’ivresse ne m’atteint pas. Le plaisir si. Cependant, comment s’attendre à ce qu’un humain, quelqu’en soit l’appréciation qu’on en ait, rivalise avec des entités pratiquant "l’embrasement des sens" depuis des siècles voire des millénaires ? Non, jamais je n’ai pratiqué le coït avec Asmodée, pourtant révélé supérieur à Satan lui-même dans l’acte par la propre femme de ce dernier. Cela étant, je l’ai fait de mes fils et trois générations d’entre eux y ont gouté jusqu’à ce que les deux dernières n’assassinent la première dans leur crise d’adolescence. Association d’idées qui, associée à l’absence de capacité procréatrice citée précédemment, mène à la question qui se pose toujours : pourquoi ?

Pourquoi est-ce que j’entraine cet homme, déjà à moitié nu, jusqu’à ces escaliers qui le sépare du reste du monde ?

Pourquoi est-ce que j’entraine cet homme, déjà à moitié nu, dans ce couloir situé sous le passavant battu par la pluie ?

Pourquoi est-ce que j’entraine cet homme, déjà à moitié nu, dans cette unique chambre dénuée de fenêtre et protégée du bruit de l’orage par la cabine au-dessus ?

Pourquoi est-ce que j’entraine cet homme, déjà à moitié nu, devant ce lit carré encadré de dressing et d’armoires ?

S’est-il posé la question ?

Je suis chaotique mais dans tout chaos existe un ordre secret.

Il me caresse le cou. Il me regarde dans les yeux. Il détourne son regard pour préféré à l’abime la chair qui le contient. Il échappe à cette aura incommensurable qui émane de moi en s’attardant sur les détails avec une passion flatteuse. Il s’empare de moi, m’amène contre lui. Manifeste son désir volontairement et dévoile combien celui-ci est déjà manifesté involontairement. Une pensée s’égare sur sa dague, par outil de comparaison. Le reflux arrive alors que son nez caresse ma joue, agréable diversion se ponctuant par une saisie toute aussi agréable, tant dans la première partie que dans la seconde.

Je peux tout détruire. Toujours.

Je peux tout détruire en lui disant ce que je pense. Que j’espère qu’il a un plan, cette fois. Que j’espère pour lui que son plan se réalisera plus vite que le mien.

Je ne dis rien.

L’omission ne m’empêchera pas de vérifier s’il a ou non appris de son erreur précédente.
L’omission me permettra cependant de voir si j’ai appris de la mienne.

Je lui caresse la fesse, serpentant sous son pantalon humide. Je ferme les yeux, me concentrant sur son contact. Contre mon bassin, devant et derrière. Dans ma chevelure, derrière. Contre ma gorge, tendue. Je referme les cuisses sur la sienne, je rapproche les pieds sur le sien. A lui de tenir l’équilibre, à lui de décider lorsque nous nous effondrerons sur les draps. Il veut dominer, qu’il essaie. Qu’il croit réussir. Qu’il accomplisse ses longs préliminaires, ou tente de les faire au mieux car je me saisirai aussi de lui, me loverai, l’étreindrai. Puis m’éloignerai, avant de revenir. Là où il embrasse, je caresserai des lèves, des dents ou de la langue. Là où il tire, j’enserrerai. La nuque, la gorge. L’oxygène diminuera, afin que les sensations augmentent. L’orage augmentera, alors que les sensations diminuent. L’Océan s’agitera crescendo. L’afflux sanguin aussi mais mes flux et mes reflux laisseront le temps à Josh de redescendre, pour remonter. Redescendre un peu moins vite, remonter un peu plus vite. Garder une distance, pour que son excitation visuelle reste présente. Couvrir cette distance, pour que ces autres sens en profitent. Contourner l’évidence de son sexe pour s’intéresser au reste de son appareil génital, manœuvre qui tend à gêner les hommes tant ils en deviennent vulnérable et qui, au bon moment, permet de les faire redescendre une dernière fois avant de les porter à l’orgasme.

Et lorsque Josh arrivera à celui-ci, je murmurerai ces simples mots :

« Je dédie ce sacrifice à Nammu… »

Les choses s’arrêteront-elles là ou continueront-elles jusqu’à ce que je fonde en larmes et que l'orage se taise ?

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