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Curieux comme un faune

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Macsen CaerwynMacsen Caerwyn


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MessageSujet: Curieux comme un faune Curieux comme un faune  EmptyMar 23 Juil - 12:33

New-York était impressionnante. New-York était immense. Je n'avais pas connu de plus grande ville que Londres, qui me semblait déjà bien suffisante. Mais la ville la plus prestigieuse des États-Unis était un spectacle incomparable, intimidant même. Je me demandais en marchant les premiers jours dans les rues ce qu'avait pu ressentir mon père en arrivant quelques années plus tôt, je comprenais presque le besoin rapide qu'il avait eu de s'isoler en marge de la cité pour construire un lieu plus familier. De loin, il était facile de croire qu'une aussi vaste agglomération démultipliait les possibilités. Mais, une fois plongé au milieu des buildings, on se sentait petit, insignifiant. Trop de monde, trop de tout. Aucune réelle possibilité de se faire entendre, de sélectionner, sans avoir de contact sur place ou savoir de quelle manière s'en faire. Les contacts, je les avais, bien sûr. Mais je préférais ne pas les utiliser tout de suite. J'avais assez de fierté pour ne pas souhaiter me reposer sur mon père, et je voulais avoir l'opportunité de me faire ma propre idée de la situation. Les retrouvailles attendraient. On me pensait mort depuis une dizaine d'années. Quelques mois de plus ne seraient rien. Il était inutile de précipiter les choses. J'avais profité de la nouvelle politique mise en place par mon père pour me faire une entrée sans difficulté. Des informations circulaient ces derniers temps entre les créatures magiques d'Europe. Obtenir son passeport pour New-York n'était plus aussi compliqué qu'avant. Il suffisait d'avoir les bonnes adresses pour faire connaître sa condition magique, et l'entrée à New-York était presque automatiquement acceptée. Plusieurs avaient tentés leur chance. J'avais profité du mouvement. Même chose pour se trouver un logement.

Je soupçonnais qu'une politique plus favorable à l'égard des créatures magiques avait permis de renforcer un certain communautarisme. Il n'avait pas été difficile d'avoir une liste des locations qui privilégiaient les candidats magiques.  Peut-être avaient-ils des aides supplémentaires qui renforçaient l'intérêt. Néanmoins, j'avais privilégier une propriété tenue par des humains. Autant laisser le privilège à d'autres créatures magiques. L'autre vraie raison était que je voulais pouvoir agir en paix. J'avais la réserve financière et la capacité de séduction pour envahir un autre territoire, tant qu'à commencer à soutenir mon père. J'avais trouvé un appartement agréablement situé, assez spacieux (2 chambres et une salle de séjour) et muni d'une cave. La question des meubles avait été réglée très vite par les commandes de « pièces entières » auprès de magasins de meubles, mais j'avais laissé à Josh choisir l'organisation de son espace. Il semblait plus regardant que moi sur la question. Me concernant, les organisations de chambre, cuisine et salons sur les photos des catalogues me semblaient très correctes. Et elles devaient bien l'être, puisqu'elles avaient été pensées par des gens dont c'était le travail et qui avaient du temps pour s'intéresser à ce genre de choses.

Et des choses plus essentielles me préoccupaient. Je ne savais pas si j'allais rester longtemps à New-York, ni ce que j'allais y faire. Avant de chercher à me mêler de la politique de mon père, je devais évaluer mon champ d'action tout seul, trouver comment constituer mon propre réseau, et assurer ma survie dans ce nouvel environnement. La présence de Josh ne m'aidait pas exactement à mener ma vie comme je l'entendais. D'une part, je devais garder un œil sur lui, de l'autre, je ne voulais pas le perturber ou l'effrayer avec mes habitudes de faune en milieu urbain. J'avais donc dû investir dans un appartement plus petit ailleurs, deux rues plus loin, afin d'y héberger une compagne humaine que j'essayais de maintenir dans un état docile, sans être obligé de l'attacher et de la bâillonner. J'espérais la garder le plus longtemps possible dans un état mental correct afin de ne pas me compliquer la vie, ce qui peut avoir tendance à arriver lorsque l'on sème le chaos autour de soi en contaminant aléatoirement des humains au gré de ses pulsions. Le calcul, peut-être froid du point de vue de certains, me garantissait une limitation maximale des risques, pour moi, comme pour les autres. Pour le reste, je menais mon enquête. Pour le monde actuel, je pouvais encore être un docteur en météorologie dont les thèses avaient soulevé un débat il y a quelques années. Après la faille, je m'étais engagé dans des études personnelles (pour les diplômes, c'est une formalité qui s'arrange, les délais sont trop longs, même en temps humain) afin d'appuyer que la catastrophe qui avait ravagé le monde était une conséquence de la pollution humaine. C'était tout à fait fumeux mais, étant donné que les humains ne croyaient pas en la magie, c'était encore la seule chose à laquelle ils pouvaient se raccrocher en se sentant rationnels. J'avais réussi à juguler la folie reconstructrice de certains, à convaincre une partie de la population qu'il était préférable de laisser à la nature une grande partie des villes détruites pour laisser un espace plus vaste aux créatures qui ne s'adaptaient pas à la ville, et n'avaient aucun intérêt à le faire. Mais ce rôle était terminé à présent. Il avait été distrayant, mais n'était pas d'un impact grandiose sur le long terme. Dans une ville comme New-York, tout le monde s'était mélangé sans forcément le savoir. C'était une perspective pleine d'intérêt, même si la paix ne tenait encore qu'à la dissimulation de la magie. Tant que les humains restaient à la fois ennemi commun et choses fragiles à préserver ou exploiter, nous étions unis. C'étaient ce que souhaitaient les dieux. Ce n'était pas ce qu'envisageait mon père, et je m'interrogeait sur sa gestion de « l'après », si la magie devait être révélée au grand jour.

Que voulaient les créatures, entités et sorciers qui s'étaient établis à New-York ? Quel monde réel dissimulait le vernis destiné aux humains ? Chacun cherchait une part de pouvoir, de la fortune, un territoire. J'étais tombé sur un pub caché des humains, où se retrouvaient tous ceux qui cherchaient des contacts magiques. Un lieu fascinant par ailleurs, riche d'une diversité que seule une ville aussi attractive que New-York, qui avait su rassembler tant de cultures à travers le monde, pouvait offrir. On y trouvait des êtres de toute sorte, aux compétences les plus variées, prêtes à se donner coup de main et astuce pour implanter son affaire en ville. Certains cherchaient simplement de la clientèle. Et les nouveaux attirent forcément l'attention, surtout qu'on avait pas l'habitude de croiser des faunes par ici. Certains firent le lien avec Talfryn. Je répondis dans un sourire que j'étais effectivement son frère. Aucun raison de faire des mystères, même si mon frère lui-même ignorait encore que je me trouvais ici. Au pire, je ne ferai pas un drame de ne pas avoir été le premier à lui annoncer la nouvelle, même s'il risquait de mal le prendre. On m'avait fait toute sorte de propositions que j'avais poliment décliné. Je ne cherchais rien de particulier, simplement à me familiariser avec ce nouvel environnement. Puis, j'étais tombé sur des cartes laissées à disposition. L'une d'entre elle avait retenu mon attention en raison de son caractère très vague. Apparemment, la dénommée Thomasine avait une solution à tout. Je n'avais pas de problème à lui exposer, mais j'étais trop curieux de savoir quel genre de divinité (si on en croyait la carte, sa vie se comptait en millénaire) se rencontrait si facilement. J'avais donc suivi l'adresse pour arriver au bord des quais, devant la péniche où elle semblait résider. Je frappai doucement à la porte.

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MessageSujet: Re: Curieux comme un faune Curieux comme un faune  EmptyMer 24 Juil - 4:44

Nous sommes le vingt-et-unième jour de la lune, j’ai trente-sept ans. Les nuages océaniques maintiennent la température ambiante à la trentaine de degrés, voile protecteur on ne peut plus appréciable même si l’humidité qui les accompagne est assez forte. Il pleuvra dans la nuit, selon moi, sachant que l’absence de vent laissera les larmes du ciel se déverser pleinement. Midi est passé, ponctuant une matinée comme toujours dédiée à l’entretient du Léviathan ; tant ma péniche que moi-même, par le biais de la natation. A présent, j’en suis à parcourir mon potager, cueillant mon déjeuner. Des tomates, un oignon, de la ciboulette et de la coriandre… la salade qui s’assemble dans mon panier manquera de thon, que ma condition actuelle m’empêche de capturer seule. A défaut de poivre, j’aurai du sel : l’eau de mer mise à évaporer hier soir ayant fini par le faire, quand bien même l’humidité ambiante n’a guère aidé. Vêtue d’une chemise blanche et d’un pantalon de toile, m’épargnant l’inutile veste actuellement, j’ai gardé ma chevelure blonde aux racines sombre et aux mèches rousses libre à l’expression des favorites qui sont attachées à l’arrière de ma tête, me dégageant le visage. Celui-ci quitte la végétation chaotique vers le quai de la civilisation, action toute aussi familière que les précédentes. De l’autre côté de la passerelle d’embarquement, derrière la porte grillagée, se tient un jeune trentenaire d’environ ma taille, peut-être un peu moins, mais marquant la différence par sa stature ; athlétique là ou je suis selve, quand bien même tout l’athlétisme dont je pourrais faire preuve ne saurait atteindre le sien. Je le soupçonne d’avoir autant de centimètres, passé le mètre, que de kilogrammes. Somme toute, un individu impressionnant même s’il ne dégage pas l’aura des divinités. Contrairement à moi. Amusant de se dire que malgré notre différence morphologique, c’est probablement moi qui dois laisser filtrer l’impression d’être la plus imposante ; cette masse invisible inexplicable. Alors que je me redresse, je croise son regard et c’est là aussi quelque chose de frappant : nos bleus, différents, se répondent pourtant. Il me scrute d’une manière qui doit faire se détourner plus d’un regard, je le fixe d’une intensité qui malaise. On se lit, mutuellement.

« Je vous en prie, montez, l’invite-je d’une main libre, manches retroussées. Ce n’est pas fermé. »

Ce n’est jamais fermé, c’est une particularité de l’Etat. Cela n’empêche pas les gens du commun de le respecter, seuls les administrateurs pleinement imbriqués dans son système se permettant de se servir ; privatiser ce qui a été mis en commun.

« Avez-vous déjà mangé ? »

La plupart des gens venant ici le font en connaissance de cause, par désespoir ou curiosité. La seconde me semble motiver l’étranger, ce qui ne m’empêchera de l’accueillir comme il se doit. S’il est à jeun, je m’en retourne récupérer quelques tomates. S’il ne l’est pas, je m’en abstiens.

Lorsque j’en ai fini avec mon jardin, je le quitte pour dévoiler mes bottes à talon d’un cuir inhabituel ; ni bovin, ni porcin, ni reptilien, et plus fragile que les trois. Les deux pieds sur le passavant, je tends la main à l’inconnu. L’éclaireuse se veut fondante, s’abandonnant dans les doigts qui l’enserre, alors que mes lèvres s’entrouvrent, l’inspiration m’apportant l’odeur complexe d’un musc particulier imprégné de ces senteurs que dégagent les plantes pour communiquer entre elles, réguler leur climat et se protéger des parasites ; senteurs stimulatrices des systèmes immunitaires animaux, conférant une impression de bien être lorsque l’on marche dans une forêt suffisamment ancienne, et capable d’appeler certains de ceux-ci, comme une séduction pour oiseau. Je crois avoir la nature de mon interlocuteur sur le bout de la langue, dans les deux sens du terme.

« Thomasine Océane, mais je pense que vous le savez déjà. »

Mes lèvres se closent en un sourire. Mes yeux, lui ne le quitte pas. Je pourrais lui demander de se présenter mais je ne le fais pas. C’est lui qui est venu, c’est lui qui donnera son rythme ; enfin, tant que je le laisse faire. C’est amusant de se dire que c’est lui, non moi qui suis pourtant sensée l’aider, qui dégage cette aura de calme, ce sentiment de sécurité, cet encouragement à la confiance, désormais que mon odorat perçoit son parfum. Je ne doute pas non plus qu’il puisse rapidement faire naitre le désir, après tout je suis une bête humaine ; évidemment que la virilité sauvage me parlera. Les poils beaucoup moins, je suis plutôt affiliée aux écailles, mais je ne suis pas raciste. Ni professionnelle mais ça c’est pour le running gag. Et puis je choisis la manière dont on signe mes pactes, toujours.

« Suivez-moi. »

L’idée de le crocher par le bras pour me retrouver à son côté me traverse l’esprit pour être emportée par le reflux, l’attitude pouvant paraitre manipulatrice aux connaisseurs. Je n’ai pas besoin de cela pour manipuler et vais tâcher de garder la différence entre l’influence extérieur et la décision intérieure, même si cette situation touche mon libre-arbitre de plein fouet. Rien qui ne me dérange, cependant. Au côté de l’invité ou un pas au-devant pour le guider, je l’accompagne jusqu’au poste d’équipage. Portes ouvertes, je m’arrête à la penderie mitoyenne pour y délaisser mes bottes.

« Je vous prie. »

Chaussettes accompagnant les chaussures, je m’avance pieds nus vers le sous-sol sacré sur lequel donne les escaliers en fer à cheval qui encadrent le large tableau de bord. Les deux se rejoignent devant un mur végétal dont l’odeur est bien plus tropicale que celle de mon invité, emportée dans le reste de la cale par l’appel d’air que l’on accompagne. Forcée d’actionner un interrupteur pour palier au manque de luminosité extérieure, je dévoile les entrailles du léviathan et le loft que je m’y suis faite. J’observe mon invité afin de savoir si les boiseries lui conviennent ou l’incommodent, puis lui désigne les confortables canapés à tiroir occupant l’espace le plus proche, ponctués d’un canapé d’angle encadrant une table basse et dont le dossier donne sur le bar.

« Voulez-vous une boisson ? »

Eaux, thés et cafés sont les seules que je sache produire, sans surprise, mais je dispose de quelques autres récupérées par le monde à destination des invités ; des alcools qui ne saurait m’intéresser pour la plupart, même si certains me permettent de faire mon vinaigre. Ceux n’étant dans ce cas sont sous le bar. Qu’il accepte ou non et quel que soit son choix, c’est à la cuisine que je me dirige ensuite même si mon invité reste libre de m’observer et de me parler. Je commence alors par le lavage des tomates, continue par leur découpe et termine par les déposer dans un saladier. Viennent ensuite l’oignon, épluché et émincé sans parvenir à me faire pleurer, même si mes paupières sont très plissées, puis la ciboulette et la coriandre, ciselées. Celles-ci rejoignent un mélange de vinaigre et d’huile d’olive, ce dernier élément étant le seul à ne pas être "faite maison", qui lui-même ponctuera ma salade.
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MessageSujet: Re: Curieux comme un faune Curieux comme un faune  EmptyVen 6 Sep - 11:45

Une femme élancée habillée dans une tenue que je qualifierais de mondaine active apparaît dans l'encadrement de la porte. Elle m'étudie sans marquer la moindre surprise, comme si j'étais attendu. Je sens toute la puissance millénaire qu'elle dégage. Sa présence a quelque chose d'écrasant, la même qu'une centaine de créatures réunies concentrée en un seul être. Sait-elle déjà qui je suis ? A-t-elle déjà vu ma présence ? J'ignore tout de ses pouvoirs, ce qui est aussi excitant qu'inquiétant. La carte ne mait pas. Je suis bien face à une divinité. Ce n'est pas la première fois que j'en croise une. Certaines divinités celtiques n'ont jamais eu besoin de la faille pour hanter les terres de ce monde, elles s'étaient fondues dans les arbres, les sols et les rivières. Elles n'étaient pas très bavardes et ne dégageaient certainement pas l'impression d'avoir le noyau brûlant d'une planète entière à la place du cœur. Elles portaient l'eau, fertilisaient la terre, et c'était déjà bien. Je l'observe sans me laisser intimider. Je m'imprègne du genre d'êtres que l'on peut s'attendre à rencontrer à New-York, à ceux avec qui mon père a su nouer des alliances malgré sa part humaine plus marquée, et je lui renvoie en échange ce que je suis. Je laisse comme une bulle végétale se refermer sur nous en faisant craquer son écorce chaleureuse. Elle m'invite à monter sans s'intéresser à mes origines ou à mes intentions en me tendant sa main. Sa première question est pour le moins curieuse. Elle s'inquiète de savoir si j'ai déjà mangé. Je sais que les dieux sont parfois déconnectés des codes sociaux propres aux humains. Alors, je ne m'y arrête pas particulièrement. L'accueil est peut-être au centre de ses préoccupations, ce qui est une bonne chose. Je ne finirai peut-être pas tout simplement dévoré. Il est vrai également que j'arrive un peu avant quatorze heures, ce qui tombe dans les horaires consacrés aux repas.

– Cela m'arrive de temps en temps oui, dis-je à la fois par jeu et parce que j'ignore quelle réponse serait adaptée. Je n'ai pas pris de vrai déjeuner, mais je ne me sens pas non plus affamé.

Elle me tend la main d'un air bienveillant, je la saisis. Peut-être est-ce pour elle à la fois une manière de mieux me percevoir et de mieux me faire sentir son aura. Si la mienne est séductrice et rassurante, je ne pense pas pouvoir en dire autant de la sienne. C'est une force qui pourrait inspirer le danger, et qui semble venir d'âges aussi profonds que ceux où la vie apparaissait au fond des océans. Il y a quelque chose de froid, d'aquatique, au contact de sa peau. Elle se présente, bien que je sache déjà son nom. Elle reste souriante et ne me quitte pas des yeux. Je lui renvoie la politesse, puis je tire la carte de visite de ma poche.

– Heureux de ne pas m'être trompé d'adresse. Je m'appelle Macsen, mais peut-être le saviez-vous aussi ?

Je ne crains pas la réponse, mais je préfère savoir d'emblée les limites de son pouvoir. Si cette divinité connaissait tout de moi, certains sujets de conversation auraient peu d'intérêt. J'espère d'ailleurs que la découverte pourra être un minimum réciproque. Nous avançons encore et elle délaisse ses bottes à la matière particulière à l'entrée. Mes chaussures ne sont que des illusions, rien qui ne puisse vraiment se retirer. Je joue parfois le jeu avec les humains, mais je ne vois pas l'intérêt de faire un geste dans le vide ici. Je préfère lui dire très honnêtement la vérité.

– Vous m'excuserez de ne pas vous imiter, mais je ne porte pas vraiment de chaussures.

En tout cas, je n'en ai pas trouvées à la pointure de mes sabots et je crains qu'elles ne me seraient pas d'une immense utilité, en plus d'entraver la plupart des mouvements que mes origines me permettent.
Je m'installe sur le canapé qu'elle me désigne pendant qu'elle se dirige vers la cuisine en me demandant si je souhaite une boisson, chose que l'on fait généralement pour mettre à l'aise les personnes que l'on accueille. J'accepte donc, comme le veulent les règles de bienséance.

– Volontiers, je vous laisse décider.

Mais, avant de s'occuper de me servir à boire, je la vois reprendre une table de préparation laissée en plan, attraper des tomates et les laver. Voici donc l'origine de sa première question. Elle se préparait à manger et n'aurait pas décemment pu manger devant moi. Elle me laissait entrer, mais continuait tranquillement le cours de son existence. Je n'étais qu'une donnée de plus qui s'y ajoutait. C'était plutôt déroutant, car j'étais bien ennuyé de savoir ce que je pouvais faire tandis qu'elle achevait de préparer sa salade. Comme je n'aime pas rester simple observateur d'une scène banale du quotidien, je me lève pour étudier les alentours. Je sens que je n'ai pas besoin de faire de grandes manières si mon hôte s'autorise à cuisiner. L'intérieur de la péniche est riche de nombreuses senteurs végétales. Les espèces sont variées et je devine que les ingrédients de la salade de la divinité sont nés en ces lieux quand je m'appuie doucement sur le comptoir. J'attrape une tomate encore épargnée par le couteau et demande en souriant.

– Entretenir un jardin fait donc parti des plaisirs qui ne lassent pas les êtres millénaires ? J'ai cru comprendre que ce genre de fruit authentique était plus rare que l'or à New-York.

Comme toutes les grandes villes humaines, New-York était couverte de béton, et recevait l'essentiel de ses légumes en surgelé et conserve, ce qui était plutôt triste à imaginer. Je comprenais qu'un dieu qui avait connu des temps plus heureux pour les papilles de ce côté ne puisse se satisfaire des produits fades que l'on pouvait trouver en supermarché.

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Dernière édition par Macsen Caerwyn le Dim 22 Sep - 16:53, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Curieux comme un faune Curieux comme un faune  EmptyMar 10 Sep - 11:15

Manger, cela lui "arrive de temps en temps". Comment ne pas répondre à ma question avec le sourire. Soit, le suspens durera ; je préparerai pour deux et mangerai ainsi s’il n’est pas temps pour mon inviter de se nourrir. Ou si la méfiance l’en empêche. La poignée de main est là pour me renseigner. Elle le fait. Puis celui que ne mange que de temps en temps me tend l’objet de sa présence, ayant mordu à l’appât pour curieux et désespéré. Curieux, selon toutes les informations qu’il me fournit.

« Heureux de ne pas m'être trompé d'adresse. Je m'appelle Macsen, mais peut-être le saviez-vous aussi ?

- J’ai délaissé la prescience voici des millénaires, réponds-je, intérieurement amusée qu’il me prenne pour une médium. Je crois préférer le goût de la découverte. »

Confier les Tables des Destinées à Enlil devait lui permettre d’assurer au mieux son rôle de Baal Zebub. Outre leur vol par Anzu, qu’il n’a su anticiper, ce fils n’a su éviter d’être déchu de son trône. Curieuse de voir ce qu’il en sera de celui d’Hell Incorporated, même s’il ne saurait plus être condamné pour un viol significatif. Cela est néanmoins hors sujet ; une digression inutile puisqu’il n’est plus question de divination.

La spiritualité reste et la réclamation d’ôter ses chaussures lorsqu’on entre en ma demeure obtient une réponse qui m’éclaire sur la nature de mon invité. Il "ne porte pas vraiment de chaussures". Ainsi, il n’est plus réellement de doute quant à son espèce. Je ne sais pas les choses d’avance, cependant je n’en reste pas moins douée pour les découvrir. Deviner quel alcool lui ferait plaisir est presque plus difficile.

« Dans le bar, derrière vous. Il doit me rester du Scotch, une série limitée d’Arran datant d’avant la catastrophe. Vieilli en fût de chêne durant une dizaine ou une douzaine d’années, cela devrait vous plaire. »

Les codes sociaux humains sont des conventions ; chacun est libre d’y adhérer ou non. Je ne le fais que lorsque c’est dans mon intérêt, n’éprouvant qu’un amusement méprisant pour la pression que peuvent engendrer ceux considérant "normal" voire "obligatoire" d’y souscrire. Des outils de plus. Proposer une boisson ne me permet ainsi pas seulement d’accueillir mon invité comme il se doit, puisqu’il est libre de se la servir lui-même ; me laisser l’initiative du choix ne change rien. C’est un test ou bien un partage de mon goût de la découverte. Possiblement les deux. Evidemment, par simplicité, verres à alcool résident également près des bouteilles en contenant. Rien qui ne saurait échapper au regard, quand bien même des garde-fous délimitent les étagères sous le bar afin que rien ne s’en échappe involontairement. Cependant, les pas et l’attention de Macsen le mènent à nouveau jusqu’à moi, nouvelle preuve de curiosité.

Il se pose à mon côté. Il se saisit d’un de mes ingrédients. Il me parle. M’interroge. Me complimente. Se dévoile. Son aisance le place familier des divinités, chose guère surprenante du fait de son espèce, et confirme une nouvelle fois la catégorie des curieux. Son impatience, polie mais existante comme en témoigne sa manipulation manuelle, traduit un jeune âge ; même si cela n’a pas vraiment de sens.

« Entretenir, voici un bien grand mot. Les plantes font ce qu’elles veulent, je m’assure simplement qu’elles puissent le faire et en récolte les fruits. Généralement, cela me permet une autosuffisance alimentaire qui fait défaut à toute métropole, malgré les enseignements de la Brèche. »

Il y a deux siècles, la plupart des villes et des villages étaient suffisamment entourés de cultures pour prétendre à nourrir leurs habitants. L’industrialisation et l’urbanisation ont créé une dépendance au transport d’aliments, insouciamment assuré par la technologie. Mais en retirant cette donnée, comme cela peut l’être en situation de crise, la crise elle-même sera amplifiée en métropole. Violence face à la peur de la famine, délaissant les cadavres propices à faire naitre les épidémies. Finalement, les maladies vaincues, les survivants auront loisir de découvrir ce qu’ils avaient craint, ayant épuisé leurs réserves. Suite à la Brèche, le monde aurait-il pu se reconstruire comme avant sans les divinités pour user de leur magie ? Non, car avant la reconstruction venait la survie. La migration vers des zones cultivables, souvent accompagnée de banditisme. Ce n’est qu’une fois la survie assurée que les décennies de reconstruction peuvent être envisagées. Nous parlons du passé, cependant.

« Evidemment, un attribut de fertilité a tôt fait de biaiser ma vue sur les tombes verticales défiant les cieux. Point qui me semble nous être commun. A propos, comment préférez-vous être appelé : satyre, faune, sylvain ou égipan ? »

Je demande cela comme si de rien était, coupant mes fruits à l’exception de celui qui sert d’amuse-doigts à la créature susnommée. Ce n’est pas la première fois que je rencontre un homme-bouc, d’aventure plus anciens que les mythologies grecques et romaines, mais leur espèce et leurs peuples ont toujours été plus proche de la déesse-mère terrestre que de moi. A chacun ses "animaux", personnellement je préfère m’accompagner de dragons.

« Votre présence est surprenante en telle urbanité… une raison particulière ? »

Reste à découvrir ce qui motive l’arrivée de Macsen, dont la croyance de compréhension laisse comprendre sa nouveauté dans l’environnement qui nous entoure.
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MessageSujet: Re: Curieux comme un faune Curieux comme un faune  EmptyDim 22 Sep - 18:04

Elle ne savait rien de moi, et son ignorance me convenait très bien. Il n'y a pas de réelle utilité à bavarder avec quelqu'un qui sait déjà tout de vous. Je ne suis pas de ceux qui espèrent être compris, jugés ou validés. Je mène ma vie comme je l'entends. J'agis au gré de mes envies et de ce que les événement m'imposent. C'est donc avec un sourire approbateur que j'accueille sa préférence pour la découverte.

– La double vue est un pouvoir bien plus ennuyeux que les gens ne se l'imaginent.

J'en savais quelque chose. Mes propres visions arrivaient sans prévenir. Elles ne disaient jamais rien d'assez précis, et étaient presque toujours implacables. Avec l'agitation des villes, elles pouvaient devenir envahissantes. Parfois, il m'arrivait de savoir que quelqu'un allait mourir ou était en train de se faire assassiner, mais je ne savais ni ou, ni quand. Et, même si je le savais, je n'avais pas l'âme d'un justicier. J'avais déjà laissé une personne se faire renverser en parfaite connaissance de cause, parce que agir rapidement aurait menacé ma couverture. Savoir ne changeait pas tout. Ceci dit, voir m'avait souvent aidé. Malgré les millénaires de Thomasine, rien ne me mettait actuellement à l'affût d'un danger. Je m'abandonnais donc à la bonne fortune en m'aventurant chez elle. J'étais aveugle mais serein.
Avant de préparer sa salade, la déesse millénaire me suggéra de goûter au scotch du bar qui se trouvait derrière moi. Elle s'attendait donc à ce que je me serve de moi-même. Je ne tenais néanmoins pas suffisamment à boire pour me servir seul. Je préférais m'intéresser à son appartement avant, puis à ce qu'elle préparait avec une si belle concentration. Disons le, j'appréciais assez peu me retrouver livré à moi-même dans l'habitat d'une inconnue. Les premières marques étaient à prendre avec elle. Je lançai donc un sujet de conversation tout à fait banal. Il n'y avait rien d'autre à faire que parler de sa salade, puisqu'elle ne m'avait pas encore donné mieux. Ses plantes faisaient ce qu'elles voulaient, disait-elle. Peut-être. Mais, sans eau, il fallait bien qu'elles meurent, et elles dépendaient du bon vouloir d'un arrosoir ou de la chaleur d'un intérieur au hiver, si elles devaient produire toute l'année.

– Les gens de la ville ne voient pas à quel point ils sont nourris comme des animaux domestiqués. C'est une image qui vous déplaît vous concernant ?

Je suppose que Thomasine apprécie peu l'idée d'être dépendante des actions et de la richesse de quelques patrons d'entreprises, qu'elle refuse certains aspects de la modernité. Une discussion sur ce sujet pourrait être intéressante. Et une discussion intéressante avec un être millénaire me conviendrait parfaitement. Je lui concède quelques informations, puisque je viens de lui en demander.

– Ma famille a toujours vécu en autosuffisance. Nous avions des terres, des animaux et la forêt… Mais j'ai parfois dû concéder à la ville, comme aujourd'hui.

Ne plus s'occuper de se fournir sa propre nourriture libère du temps d'esprit, dira-t-on. Et c'est tout à fait juste, à condition d'accepter de faire dépendre sa survie essentielle du bon vouloir des autres.

– Les humains sont plus attachés aux marques qu'au goût des choses. Ce n'est pas le monde qu'il faudrait détruire, mais ceux que ce monde a produit, si nous voulions vraiment recommencer.

Je tiens ces réflexions d'une voix parfaitement posée. Je ne dis pas qu'il faudrait tuer tous les humains de moins de cinq ans qui ne se montrent pas prêts à délaisser le fonctionnement capitaliste, je le constate. Thomasine déplore l’inefficacité de la Brèche, je lui donne la vraie solution pour revenir à un monde plus proche des cultures. Je suis le premier navré de ne pas avoir meilleure idée à lui suggérer. Les mots qu'elle emploie, elle, sont désabusés. Des tombes verticales qui défient les cieux… Une insulte aux dieux ? Aux êtres millénaires de toute sorte ? Si nous partageons la même vision ? Je l'ignore. Je ne fais que constater. Et, au-delà des campagnes, je n'ai connu que le monde industriel, même si tout a changé significativement en cent ans, même si je préférais le monde de mes réels vingt ans, celui dans lequel j'ai rencontré Josh, celui où tant de choses semblaient encore fascinantes et possibles au début des inventions technologiques, avant le ravage des guerres.
Thomasine change brutalement de sujet pour me demander à quelle espèce exacte j'appartiens. Il existe en effet plusieurs sous catégories chez les hommes mi-bouc, qui différencient davantage le clan, et l'origine que l'espèce. Comme les humains, nous avons nos nationalités si je puis dire. Les satyres suivaient Dyonysos et Bacchus et étaient connus pour être brutaux, vulgaires, voire sanguinaires. Les sylvains ont Sylvanus pour maître et restent cachés en forêt. Les faunes sont les plus civilisés de tous. Nous étions proches de la vie des campagnes et des hommes avant de devoir nous terrer en forêt avec les sylvains. Les égipans sont un peu à part, tous ne sont pas mi-chèvre, mais ils suivent dans tous les cas le dieu Pan.

– Vous pouvez considérer que je suis un faune. Mais appelez-moi comme vous le souhaitez, si ça ne fait pas de différence pour vous.

Pour moi, bien sûr, la différence est grande. Elle explique même ma volonté, comme celle de mon père, à permettre à ce peuple qui vivait autrefois en harmonie avec les hommes et leur nature disciplinée à rendre possible une vie au grand jour et sans honte. Les dérives des satyres nous ont beaucoup nuit. Et quand les Hommes n'ont plu su faire la différence entre les uns et les autres, nous avons été chassés, confondus avec des démons et tués. C'est une histoire qui ne se raconte plus. Qui a été oubliée. Alors à quoi bon jouer sur des mots qui ne font plus sens pour un autre que moi ? Cependant, comme Thomasine s'interroge sur ma présence en ville, mes origines peuvent fournir un début d'explication qui fait sens.

– Autrefois les faunes vivaient près des humains. Nous n'avons jamais perdu ce goût, même s'il faut les trouver dans les villes. J'ai survécu de nombreuses années à Londres. Alors pourquoi pas l'Amérique et l'imprenable New-York. C'est ici que tout se joue, n'est-ce pas ?

J'abandonne la tomate à son sort sur l'établit et me décide enfin à ouvrir le bar pour trouver la bouteille dont Thomasine m'avait suggéré. J'ai suffisamment parlé pour me sentir libre d'agir chez mon hâte. Je reviens avec deux verres et le scotch, que pose devant nous.

– Vous prendrez bien un verre avec moi ?

Puisque l'invité doit se servir, alors je prendrais le rôle attribué à l'hôte. Et comme un hôte ne pourrait se servir seul sans être excessivement impoli, nous serons évidemment deux.

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MessageSujet: Re: Curieux comme un faune Curieux comme un faune  EmptyJeu 26 Sep - 9:13

"La double vue est un pouvoir bien plus ennuyeux que les gens ne se l'imaginent", pour mon interlocuteur. Il parle comme quelqu’un qui sait ; qui sait que tourner son regard dans la quatrième dimension comme on le fait des trois premières tend à rendre ce qui s’y passe fade. Heureusement, s’il est possible de regarder loin dans le passé, les futurs ne sont pas encore filés. Chose qui n’empêche pas le double-sens : ennuyeux pour l’utilisateur comme pour ceux qu’il observe, dont les secrets sont aussi visibles que le reste de leur vie.

« Les gens de la ville ne voient pas à quel point ils sont nourris comme des animaux domestiqués. C'est une image qui vous déplaît vous concernant ?

- Pour beaucoup, ce sont des animaux domestiqués. Moi… je suis juste un animal. "Sauvage" aux yeux des "civilisés", au sein desquels j’évolue pourtant à mon aise.

- Ma famille a toujours vécu en autosuffisance. Nous avions des terres, des animaux et la forêt… Mais j'ai parfois dû concéder à la ville, comme aujourd'hui.

- "Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent" ; Chateaubriand, s’il ne vous est inconnu.

- Les humains sont plus attachés aux marques qu'au goût des choses. Ce n'est pas le monde qu'il faudrait détruire, mais ceux que ce monde a produit, si nous voulions vraiment recommencer.

- Le monde n’a jamais été détruit. Même la "fin du monde" humaine ne sera qu’un détail dans le cycle de la vie. La vie elle-même est un détail dans le cycle cosmique. Cela étant, le diable est dans les détails… »

Je sais de quoi je parle, à bien des égards. Ce sont les détails qui m’ont révélé la race de Macsen, que je considérerais donc comme un faune ; c’est là mon souhait, conformément au sien. Cela ne fait grande différence pour moi mais c’est celle que cela fait pour lui qui m’intéresse ; sachant que l’absence de parti-pris rend d’autant plus aisé l’adhésion au sien, de parti. Parti qu’il explique, me faisant une leçon d’histoire. Sans doute suis-je plus vieille qu’elle mais je ne me lasserai jamais d’écouter, surtout lorsque cela peut m’apprendre de nouvelles choses. Les faunes sont donc plus "domestiques", vivants et voulant continuer de vivre près des humains. Le présent a vécu à Londres, me laissant percevoir la justesse de mon évaluation avec le Scotch d’Arran, île écossaise. Quant à "l’imprenable New York", Macsen répond lui-même à sa question.

« C’est ici que tout se joue, répète-je interrogativement en récupérant la tomate, la plaçant sous la lame de mon couteau avant de l’abattre. Sans doute. Pour l’heure cependant, la politique extérieure est, disons, limitée. »

Laissant Macsen faire comme chez lui, quoi qu’il y soit dirigé par mes autorisations, je continue ma préparation.

« Vous prendrez bien un verre avec moi ?

- Cela m'arrive de temps en temps oui. »

Une citation de ses propres propos. Vraie, cependant. Milda et Josh m’en sont témoins, il m’arrive de boire en compagnie de quelqu’un. Il faut que j’y ai un intérêt, le produit en lui-même n’ayant que peu d’effet. Moins que des fruits, des légumes et de la viande dont je pourrais probablement me passer considérant que c’est autre chose qui nourrit les divinités. Cela étant, participer à un tout, cyclique, me semble le plus logique du monde. Rien ne se perd, rien ne se créer, histoire de citer Lavoisier. Aparté à l’instar de ce qui a suivi nos présentations, même si je me doute que Macsen souhaite encore deviner ce que je suis ; qui je suis. A sa discrétion comme la mienne.

Il lui faut moins de temps pour me servir que moi pour lui rendre la politesse, c’est néanmoins ce que je ferais ; chacun ayant son assiette. Toutes deux sont déposées avec leur argenterie sur la table en longueur puis je m’installe sur l’une de ses chaises sur pivot, typique des navires. Le petit dossier est là pour la formalité, de même que le pose-pied, mais au moins ne prennent-elles guères de place ; l’embarcation en aurait eu assez pour plus mais cela n’aurait été véritablement intéressant.

« Alors, finis-je par reprendre une fois installée et avant d’entamer, quelle est votre ambition dans le jeu de New York ? »

J’ajouterais bien une interrogation sur comment je peux l’aider mais la réponse sera fournie avec l’énoncé de l’ambition. Si je n’exclue pas que la curiosité de Macsen soit le fait unique de ma carte, j’anticipe qu’elle soit également liée à l’apport que je pourrais fournir pour ses projets personnels.
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MessageSujet: Re: Curieux comme un faune Curieux comme un faune  EmptySam 5 Oct - 9:55

Ce que m'apprend Thomasine au détour de la discussion est intéressant. Elle se considère comme un animal sauvage, ce qui rejoint mon impression d'être face à une force puissante, indomptable et aquatique. Je ne suis pas certain d'être en présence d'une divinité, et je doute qu'un dieu choisisse le mot « animal » pour se qualifier. Je mets l'indice de côté. J'y reviendrai plus tard, quand il sera temps de récolter une nouvelle information, ou de s'autoriser une question plus directe. Mais j'essaye d'éviter les questions directes quand je ne suis pas déjà assuré de la réponse. La créature qu'elle est montre en tout cas des goûts pour la littérature humaine en citant l'auteur français Chateaubriand. Malgré les millénaires, l'évolution de l'humanité l'a donc toujours intéressée. J'en déduis qu'elle ne s'est probablement pas éteinte comme les autres en attendant de réapparaître grâce à la brèche. Cela se tient. Elle a bien mentionné des millénaires d'expériences, et il vaut mieux que ces millénaires se soient déroulés sur Terre. Autrement, la publicité serait quelque peu mensongère.

– J'ai dû en lire quelques pages…
Pas assez pour le citer de tête, c'est certain. Mais, quand on a fréquenté la gentry anglaise londonienne au début du XXe siècle, avoir de belles références était indispensable. Je lui demande dans un sourire :
– Auriez-vous lu tous les livres importants de ce monde ?

Quand je lui présente une solution, certes radicale, pour régler le problème de la modernité, elle dévie par des généralités. Elle n'a donc aucun projet en tête, ou préfère les dissimuler, sauf s'il s'agit d'une manière de diminuer l'importance de la vie humaine pour mieux la détruire, mais j'en doute. Si la littérature l'occupe au point d'en retenir des bouts littéraires, elle s'ennuierait si ceux qui la produisent devaient disparaître.

– Sans doute qu'il n'a jamais encore été dans l'intérêt de qui que ce soit de tout ravager.

Les humains ont toujours fantasmé la fin du monde. Les Anciens savaient quelles entités incroyables le partageaient avec eux et pouvaient, si elles se lançaient dans une guerre, détruire jusqu'au noyau de la Terre. En vérité, le seul intérêt de ces légendes était d'inquiéter les peuples pour s'en faire vénérer. Le Ragnarök comme l'Apocalypse causeraient de trop lourdes pertes pour que quelqu'un s'amuse à les déclencher. Et, de toute façon, je doute que les autres dieux laisseraient faire une créature déchaîné. Si Thor est de force égale avec le serpent Jormungand, alors il ne tiendrait pas longtemps face à une armée entière de divinités alliées pour empêcher un désastre. Oh, tenez, c'est amusant comme des pistes viennent parfois d'elles-mêmes. Si Thomasine se concentre en particulier sur cette affaire de fin du monde, que je n'ai pourtant pas souhaitée un instant, et si j'en vois sa puissance, sa présence aquatique, se pourrait-il qu'elle appartienne à une catégorie de créatures de ce type ? C'est une idée comme ça, une idée en l'air, ou une bonne idée. Je le saurai plus tard.

Elle reprend mes mots lorsque je lui dis que la politique est avant tout à New-York. Mais il est vrai que ce n'est pas encore la domination du monde qui se joue. Le reste du monde a été délaissé. Les dieux ont privilégiés l'une des villes les mieux épargnées, symbole de la résistance de la modernité. Si elle est dubitative, pourquoi apparaître ici, alors ? Comme nous tous je suppose, parce que presque toutes les divinités ont choisi d'apparaître ici…

– Qui possédera New-York aura le monde. Il y a beaucoup trop d'alliances puissantes dans cette ville pour passer à côté. Les dieux s'organisent. Celui qui saura consolider son pouvoir ici pourra envisager d'autres territoires.

Je n'ai pas autant d'informations que je le laisse croire. Juste des bribes, des rumeurs et de la déduction. J'attends que Thomasine me montre par sa réaction si je suis juste ou s'il faudrait rectifier quelques points. Mon père aurait certainement la réponse, mais lui demander directement n'est pas assez amusant. Comme nous sommes bien installés dans la discussion, je me décide à lui proposer à boire. Elle me répond en reprenant mes propres mots. Un fin sourire glisse sur mes lèvres. J'apporte la bouteille et sert les verre. L'alcool a la forte odeur boisée des scotch de qualités. De son côté, Thomasine prend la liberté de me servir aussi son repas. Puisqu'il semble que je resterai encore un peu par ici, je l'accepte volontiers. Nous rejoignons la table.

– Je ne compte plus les verres de sotch que j'ai pu boire quand je travaillais pour un politicien à Londres, il y a près d'un siècle maintenant.

Les mots me viennent alors que j'observe le liquide ambré la mine songeuse, avant de lever mon verre et un regard amusé vers Thomasine. Elle me demande ce que je viens faire à New-York avant de trinquer.

– J'attends d'observer pour définir des ambitions. Beaucoup de créatures rejoignent la ville. Ça ne s'est jamais vu avant la brèche. Je suis curieux de voir comment elles s'organisent malgré des structures qui ne sont pas conçues pour elles. Et vous ? Même si vous semblez regretter une métropole fermée sur elle-même, vous vous y trouvez pourtant.

Je préfère rester prudent à l'égard de mon père. Dire que je suis le fils du maire actuel de la ville n'est pas une excellente idée puisque je ne connais rien des intentions de mon interlocutrice. Je ne tiens pas à jeter des cartes trop vite, la qualité des informations comme ma sécurité et celle de ma famille pourraient en souffrir.

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MessageSujet: Re: Curieux comme un faune Curieux comme un faune  EmptyDim 6 Oct - 9:55

Macsen connait Châteaubriand, il a "dû lire quelques pages" et me suppose bien plus renseignée que lui. Voilà qui me fait sourire unilatéralement, méprisante non-pas envers lui mais envers la croyance que cache sa question. Aurais-je lu tous les livres importants de ce monde ? L’importance est quelque chose de subjectif et de conventionnel. Les livres sont quelque chose de récent et d’utile, certes, mais aussi d’une certaine fadeur. Ils recueillent souvenirs et savoirs, d’où leur utilité, mais sont morts à mes yeux : faits de cadavres d’êtres vivants, cuirs ou papiers comme enseignements et imaginaires. J’ai toujours préféré la tradition orale, même si j’ai su reconnaitre les possibilités de l’écriture lorsqu’elle a vu le jour à Uruk, sous mon règne. Cela étant, celui-ci est principalement préhistorique, puisque l’Histoire ne commence qu’avec l’Ecriture. Mystérieuse, je ne réponds donc pas de suite à la question du faune.

« Sans doute qu'il n'a jamais encore été dans l'intérêt de qui que ce soit de tout ravager. »

Mon sourire perd son mépris pour de l’amertume, Apophis me venant en tête. Tout ravager pour détruire n’a jamais été le but, seuls les vainqueurs dont les constructions étaient menacées l’ont décidé ainsi. C’est sans doute difficile à percevoir pour des esprits aussi jeunes et emprunts de cette culture dont le plus grand déni est sa propre disparition, cependant la destruction précède la création. Un cycle. Un Ouroboros. Un de mes attributs.

Cela étant, tout ravager est difficile. Alors que laisser les choses se ravager elles-mêmes est plus naturel. Jusqu’où un astre peut-il s’élever avant de déchoir ? Je suis parmi les plus anciennes divinités, je suis parmi les plus anciens témoins de cela. Je ne suis guère disposée à en parler, quand bien même je vois le jeune faune observer et analyser. Plaisant.

J’en fais de même, l’utilisation de ses mots en étant preuve.

Il tombe en accord. Il s’interroge. Il s’abstient de m’interroger, peut-être parce qu’il trouve les réponses seul, peut-être parce qu’il attend meilleur moment ; ses précédentes répliques n’ayant pas encore trouvées réponses.

« Qui possédera New-York aura le monde. Il y a beaucoup trop d'alliances puissantes dans cette ville pour passer à côté. Les dieux s'organisent. Celui qui saura consolider son pouvoir ici pourra envisager d'autres territoires.

Je tombe en accord. Je m’interroge. Je l’interroge, peut-être pour qu’il trouve les réponses seul, peut-être parce qu’il aura ainsi plus de questions ; ses précédentes répliques n’ayant pas encore trouvée réponses.

« Je ne suis pas certaine d’avoir jamais compris ce désir, qu’il soit chez les Dieux Anciens ou les plus récents, de dominer. Envier quelqu’un possédant plus, oui, mais vouloir tout posséder, non. »

Les divinités ont toujours su s’organiser. Liens familiaux d’abord, à l’instar des civilisations pré-étatiques ; mes préférés. Alliances d’intérêts ensuite, à l’instar des Etats. Capitalisations enfin, à l’instar des sociétés commerciales. Avec toujours plus de connectivité, à l’instar de l’Humanité. Evidemment, je participe à tout cela. J’ai été mère de mon Panthéon, j’en ai perdu la tête d’ailleurs. J’ai été parraine du premier Etat, bien qu’il ait été éclipsé en grandeur par celui d’Egypte comme le Serpent par l’Oiseau, rivalité entre Nuit et Jour où le Ciel joue dans les deux camps. Merci Anu, merci Seth. Je suis membre d’Hell Incorporated, novatrice dans le domaine du commerce et de la science commerciale même si n’égalant pas certains montages que les Hommes ont pu faire par la suite. "Moi… je suis juste un animal. "Sauvage" aux yeux des "civilisés", au sein desquels j’évolue pourtant à mon aise." Je regarde Macsen me regarder, je le détaille me détailler, l’observe m’observer. Placide, flegmatique. Antique, antédiluvienne.

C’est l’alcool qui finit par couler, à l’initiative du faune. Force est de constater que les senteurs de la liqueur sont bien moins enivrantes que celles du serveur. Serveur habitué à la tâche, ancien serviteur de politicien londonien. Le XXe siècle, tant de choses intéressantes. L’escalade. Une nouvelle échelle du monde. L’âge d’or ? Je ne sais pas encore. Pourtant, la Brèche conduit à le penser. Reste à savoir jusqu’où les divinités s’élèveront des ruines et élèveront celles-ci. A ce regard, Loki est doué. Macsen, lui, ne le sait. Son attention est à son verre, son attention est à ses songes. Mes yeux fixent ceux de Macsen, mes paupières se plissant tout autant que mes lèvres.

Il attend, il observe, il veut définir ses ambitions. Seule la curiosité le motive donc ici, rien de plus précis. Il fait comme "beaucoup de créatures" de sa condition, tout comme moi. Non, cela ne s’est jamais vu avant la Brèche. Oui, la curiosité envers l’avenir est présente. Et moi ?

Je lève mon verre pour trinquer.

« A l’observation et aux ambitions qu’elle fait naitre. A la nouvelle Asgard, Olympe ou quelque soit le nom qu’on lui donnera. A la curiosité envers le présent et l’avenir. »

Lorsque je porte l’alcool à mes lèvres, son goût n’est pas ce qui m’intéresse le plus et sa brûlure n’est pas celle qui m’enflammerait vraiment. Il est insuffisant à me désinfecter des phéromones, même si esprit et volonté pourrait m’en détourner. Je ne le fais pas, pour l’heure.

« Ma position est similaire à la vôtre, reprends-je une fois le verre sur les genoux, croisés d’aise. Si ce n’est que mon travaille pour les politiciens ne remonte pas à un siècle. Pour l’heure, j’aide ceux qui possèdent une ambition. Ainsi pourront-ils me rendre la pareille lorsque j’en possèderai une moi-même. »

A défaut de savoir quelle sera ma stratégie, je place mes pions de manière à ce qu’ils soient prêts à se mettre en branle lorsque cela sera nécessaire. Quoi qu’envieuse des talents de Loki ou d’Héra, quoi qu’envieuse du pouvoir de Merwyn Caerwyn, je n’ai pas l’intention d’être baisée comme les deux premiers ou d’acquérir le pouvoir comme le dernier. L’instabilité est de mise à New York et, en tant que présidente de cela, je tiens à ce qu’elle me soit utile et non ne me nuise. Avant de pouvoir tirer mon épingle du jeu, cependant, il faut que j’en maitrise les règles.

« D’où ma carte de visite. Ironiquement professionnelle, je l’admets pleinement. Cependant, que peut-il ressortir de cet immense filet jeté à la mer ? »

Il est possible de considérer que j’ai menti. Sur beaucoup de choses. Celle qui m’intéresse, cependant, est la suivante : mon ambition. Inchangée mais plurielle. L’Envie, évidemment ; des autres dans les deux sens du terme. Cela étant, récolter des âmes peut être considérer comme une ambition également, même si je le vois plus comme un travail ; tout en comprenant qu’aider autrui puisse sembler audit autrui mon travail, et l’âme le paiement – lorsqu’elle est mise en jeu. Cela étant, mon rôle de consultante indépendante ne se limite pas, ni n’a vocation à se limiter, à ce business. M’occuper, évidemment, mais également placer les pions suscités. Le Quartier Grey est idéal pour agir, puisqu’empli de gens dans le besoin qui ne demandent qu’à être cultivés pour développer leur potentiel. Potentiel au sein dudit quartier ou bien d’un autre, si on les en fait bouger. C’est comme une école pour quelqu’un aimant recruter.

Je prends une inspiration par la bouche, pleine de senteurs qui ne sauraient réellement se faire concurrence tant certaines écrasent d’autres.

« "Dans tout chaos, il y a un cosmos, dans tout désordre un ordre secret" ; Carl Jung. Je ne l’ai pas lu, j’ai préféré discuter avec lui. J’ai une préférence pour la tradition orale, question "d’éducation" si l’on peut dire. Avant que la Brèche ne me donne l’occasion de concevoir cette nouvelle incarnation, j’en ai emprunté nombre d’autres au travers des millénaires. »

Avec le recul, la pertinence d’une unique incarnation sur les possibilités offertes par la possession est un réel sujet de réflexion. Surtout lorsque l’on considère mon péché d’Envie. Cela étant, le sujet est hors de propos actuellement. Mon envie est différente, moins envieuse que luxurieuse. J’ai trouvé ce qu’est Macsen, expliquant l’attirance, et lui donne toujours plus d’éléments pour trouver ce que je suis. Le meilleur étant que cela risque fort de gâcher mes chances d’accomplir ce que sa nature m’incite à accomplir ; une autodestruction des plus savoureuses, surtout en amont.

« Avez-vous une carte de visite également ? Je serais curieuse de la récupérer, pour lorsque vous aurez trouvé vos ambitions. Ou simplement observer ce lieu qui attire tant des nôtres, dans le présent comme le futur, sans double vue pour nos gâcher le plaisir. »
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MessageSujet: Re: Curieux comme un faune Curieux comme un faune  EmptyMar 8 Oct - 20:23

Le ton naïf de ma question au sujet des auteurs l'amuse. Je crois que la politesse d'un côté, et l'ironie de l'autre lui échappent légèrement. Quel intérêt de citer un auteur si ce n'est pour recevoir une remarque à ce sujet ? J'ai imaginé qu'elle voulait une occasion d'évoquer sa culture littéraire. Je me suis peut-être trompé. Même si je ne vois pas, alors, l'intérêt d'utiliser une figure d'autorité des lettres pour me parler. M'impressionner ? Mesurer ma culture ? Pourquoi pas. Évidemment, je ne m'attendait pas à une approbation complète, qui aurait été plutôt présomptueuse, juste à un développement, quel qu'il soit, sur un sujet qu'elle semblait vouloir aborder. Mais je n'y ai pas droit. Tant pis. Ce n'est pas d'une importance essentielle. Je ne suis pas de ceux que les esprits capables de réciter une partie du savoir humain intimident. J'essaye simplement de m'adapter à une situation donnée.
Plus intéressante est la réaction de Thomasin quand je lui parle de destruction. Je la sens plus blasée. Le sujet de la fin du monde est donc un point sensible. Pour quelle raison ? Je l'ignore encore. Ou, plutôt, je n'en ai pas la connaissance exacte. Ce qui est certain cependant, c'est qu'avec son grand âge, elle a pu voir s'éteindre beaucoup de civilisations. Peut-être a-t-elle été considérée comme responsable de certains ravages. Après tout, si personne n'a d'intérêt à tout faire disparaître, certains ont, en revanche, de l'intérêt à faire passer leurs ennemis pour des monstres sanguinaires que rien d'autre n'anime si ce n'est le plaisir de casser ce qui a été construit… Ce qu'ils ont construit, sans approbation unanime, en vérité.
Elle ne contredit pas mon affirmation au sujet de la possession de New-York, mais d'autres réflexions lui viennent. Pourquoi vouloir régner ? Je l'observe. Son interrogation semble sincère, ou désabusée. Elle est ancienne, elle semble puissante. Elle n'a peut-être pas trouvé de goût au pouvoir qu'elle a peut-être possédé un jour. Tant de peut-être. Je souris.

– Pour beaucoup, dominer est une façon d'affirmer sa place dans ce monde, de ne plus avoir peur, de s'assurer de sa valeur. Peut-être ne comprenez-vous pas ce désir car il est celui d'êtres plus faibles ou moins assurés que vous ? Cela étant, d'autres cherchent le pouvoir pour faire le monde à leur image. Mais c'est encore une histoire de trouver sa place.

Suis-je en train de proposer une introspection à une divinité millénaire que je suis venu consulter ? Pourquoi pas, après tout. Thomasine s'interroge, je lui suggère des angles de réflexion. Aider les autres à raisonner et avancer est toujours un plaisir. Pour autant, ma question est très personnalisée. Je ne veux pas le pouvoir, mais ce n'est certainement pas parce que je me sens puissant ou assuré. Mais je suis bien trop faible pour compter dans le jeu des dieux. Ce serait une folie que me mettre en tête de rivaliser avec eux. Mon père ne cherche pas ce genre de chose non plus. Il veut façonner le monde selon son idée. Tant que son idée est impossible à appliquer, il n'aura pas la confirmation d'avoir raison. Et moi ? Je veux vivre en paix, je veux améliorer les choses. J'accorde que le pouvoir est un mal nécessaire pour agir, mais me contenter d'une petite communauté me suffit. Je ne peux pas désirer à la fois la paix et me surcharger de responsabilités.

Nous levons notre verre à beaucoup de choses, que j'approuve d'un sourire. Je bois la moitié du verre et je le pose sur la table. Celui de mon interlocutrice est sur ses genoux. Elle me montre une attitude très décontractée. J'ignore où cette discussion pourra nous mener, mais j'ai de plus en plus l'impression curieuse de me trouver chez une amie de longue date. De vieux souvenirs surgissent encore. Des situations similaires. Des humains que j'ai pu fréquenter dans mes différentes existences, dans différents rôles, avec lesquels je ne pouvais jamais parler franchement. Ici, la situation est toute autre. Je peux parler sans dissimuler ce que je suis. Je ne sais pas en revanche si je peux évoquer clairement ce que je veux. Thomasine me dit qu'elle n'a pas mon expérience en politique, mais souhaite aider les ambitieux, en attendant d'en avoir une elle-même. Beaucoup de questions se bousculent dans ma tête. Et il est presque douloureux de devoir n'en sélectionner une seule. Mais c'est un sacrifice nécessaire pour ne pas donner la possibilité de choisir la réponse à tourner. Je sélectionne ce qui me semble le plus pertinent, ce qui m'assure le plus probablement une réflexion intéressante.

– Et que feriez-vous si votre ambition devait entrer en opposition avec la leur ?

Ainsi, la carte de visite n'a pas le réel projet de rendre service mais de se trouver, à terme, des cibles intéressantes. Le serais-je, moi ? C'est une question à explorer. Pour autant, je n'aime pas l'idée de me retrouver redevable d'une chose que je n'aurais peut-être pas envie de fournir. Certaines personnes ont l'art d'aider pour mieux détruire ensuite. Vous demandiez un petit service, et le seul fait de l'accorder vous lie à l'autre, à quelqu'un qui vous demandera peut-être bien plus que ce qu'il vous a donné, en souvenir de son fameux service rendu. Pas besoin de pacte démoniaque, le Diable est en de nombreux hommes. Un pacte ? J'avance peut-être. Mais s'il s'agit d'une piste sérieuse, peut-être devrais-je plutôt reculer ?
Thomasine cite à nouveau un intellectuel célèbre, dans la psychologie cette fois. J'ignore toujours son intérêt de le faire si ce n'est pas pour que je le souligne. Un besoin de s'abriter derrière des références pour se sentir plus à l'aise, plus intégrée à ce monde ? Elle me dit avoir discuté avec Jung, s'être incarné dans de nombreux corps avant de prendre celui-ci.

– Vous avez du goût pour sélectionner vos fréquentations alors… Sauf si je dois comprendre que vous fréquenter contribue à marquer son époque.

Je ris doucement. Je cherche une réponse à toutes mes interrogations. Je ne suis pas certain de la réaction qui est attendue de moi. Il me faut d'autres indices. Le doute me rend toujours un peu plus direct. Comme elle me demande si j'ai une carte de visite, je secoue négativement la tête. La carte lui donnerait une information sur mon nom de famille, je comprends son intérêt de la voir. Manque de chance, je n'ai encore rien sur moi. Plutôt que lui fournir un bout de papier, je lui offre mieux, je développe un peu plus loin mes idées.

– Qui dit nouvelle vie dit nouvelle carte de visite. Je n'ai pas encore élaboré la nouvelle. Je dois déjà trouver ma place dans la ville. Ces dernières années, je me suis fait connaître comme climatologue, mais ce n'est plus d'actualité. Pas assez porteur, même si très distrayant. Pour parler franchement, j'ai vu dans les événements de la brèche une façon d'utiliser la vague écologiste pour dissuader les humains de reconstruire leur monde à l'identique. Le dérèglement climatique était encore la meilleure façon de justifier rationnellement ce qui s'est abattu sur leurs existences. Mais j'en ai terminé avec les messages alarmistes, je veux m'intéresser à une manière de reconstruire.

Je pose des questions, je donne des informations. Je ne conçois pas une discussion sans équité, surtout quand la discussion implique un jeu tacite de pouvoir. Nous nous détaillons, nous nous observons. Nos regards ne se quittent pas. Ce qui pourrait paraître gênant à d'autres ne l'est pas pour moi. Quand je veux charmer passivement des humains, j'ai tout intérêt à les fixer intensément. Mais je n'ai, à priori, pas l'ambition de charmer Thomasine. La situation me semble même inverse. Elle veut quelque chose de moi, elle réfléchit certainement à une façon d'exploiter la rencontre, quand je reste simplement curieux et intrigué.

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MessageSujet: Re: Curieux comme un faune Curieux comme un faune  EmptyDim 13 Oct - 10:02

Macsen ne se formalise pas de mon absence de réponse, quoi qu’il réfléchisse à sa suite. Réflexion qui s’accroit lorsque je me décide à répondre, au sujet suivant. Evidemment, moins de questions lui viennent mais plus de conclusions. C’est également le cas à celui d’après, qui se termine lui-même sur de la joie ; un sourire. Une réponse, à son tour. Explications, destinées à faciliter ma compréhension. Elles le font de sa compréhension à lui. Affirmer sa place dans le monde, ne plus avoir peur, s’assurer de sa valeur… je comprends ces désirs et savoure leur ironie. Affirmer sa place dans le monde par la domination est le meilleur moyen qu’on cherche à la détruire ou la voler, cette place. Ne plus avoir peur par la domination fait naitre la crainte de se voir destituer, soit une nouvelle peur peut-être plus réelle que la précédente. S’assurer de sa valeur en l’imposant aux autres est un excellent moyen de les voir la critiquer, lorsqu’ils ne cherchent pas à la détruire comme dit précédemment. Je ne suis pas certaine qu’il s’agisse uniquement du désir d’êtres plus faibles ou moins assurés que moi, même si je reconnais une part de justesse dans cette vision, mais je pense avoir la sagesse ou le détachement nécessaire à voir l’autodestruction de l’entreprise. L’autodestruction me parle, je suis l’Etat et il n’est aucune organisation se complaisant à se détruire de l’intérieur autant que lui. Cependant, le Dieu Mortel a-t-il pour but de dominer ? Chacun lui abandonne une part de sa liberté afin de trouver un terrain d’entente avec les autres mais est-ce là sujet de contrôle ou bien de coopération ? Dépendant de la forme de l’Etat. Dépendant du gouvernement et de sa fidélité audit Etat. Cela a toujours été les gens avec qui j’ai œuvré qui ont fait pencher mes actions en un sens ou en un autre, depuis la Grande Déesse jusqu’au Léviathan… chose qu’aujourd’hui, Hell Incorporated accomplit depuis près d’un millénaire.

« Cela étant, d'autres cherchent le pouvoir pour faire le monde à leur image. Mais c'est encore une histoire de trouver sa place. »

La vision de Macsen est celle d’un être qui se construit, qui cherche encore sa place. Qui ne l’a peut-être tout simplement pas faite, ou doit la refaire ; suite à la Brèche ou à un autre événement. Cependant, il est pour être observateur, il cherche à comprendre son environnement et les êtres qui s’y trouve. Environnement jadis politique, la politique du siècle dernier, qui laisse anticiper qu’il lui reste plus à définir les moyens d’atteindre ses ambitions que ses ambitions elles-mêmes. Mon toast est parfaitement à propos.

Après un sourire partagé, le faune laisse son verre à moitié, plein ou vide selon le point de vue, et s’en déleste. S’il est prêt à boire à l’observation et aux ambitions qu’elle fait naitre, à New York City, à la curiosité envers le présent et l’avenir, c’est avec une certaine réserve et une distanciation. De mon côté, je le conserve dans ma puissance et mon assurance.

« Et que feriez-vous si votre ambition devait entrer en opposition avec la leur ?

- Dépendant… si l’opposition est complémentaire, tant mieux. Si l’opposition est antagoniste, la rendre constructive. Si l’opposition est inconciliable… tant pis. »

Pour moi, pour l’autre, cela dépendra de notre relation, cela dépendra de mon humeur. Abandonner un investissement, qu’il soit projet ou personne, revient parfois au même. Détruire un investissement, qu’il soit projet ou personne, reste envisageable. Je ne peux pas prédire ce qui arriverait dans un tel cas, tout simplement parce que cela peut aller de l’abandon à la destruction, de la tristesse à la colère, de la Déesse-Mère au Dragon du Chaos. Ai-je l’art d’aider pour mieux détruire ensuite ? Je suis l’Océan Primordial. Je peux donner la vie comme je peux la prendre. Tout le talent pour agir en mon sein ne changera jamais cela. Avoir conscience de cela crée le doute, chez Macsen comme chez d’autres. Tout le monde n’a pas le pied marin, tout le monde n’est pas prêt à s’aventurer là où sa prospérité dépend de ses compétences comme d’un environnement qu’il ne peut contrôler.

« Vous avez du goût pour sélectionner vos fréquentations alors… Sauf si je dois comprendre que vous fréquenter contribue à marquer son époque. »

Macsen rit, doucement.

Je ris, doucement.

"Cependant, que peut-il ressortir de cet immense filet jeté à la mer ?" ; de tout, impossible à prévoir, mais dont les plus grandes réussites éclipseront toujours les moyennes et les échecs. C’est ainsi que je conçois ma carte de visite, dernière-née d’une longue liste de filets de pêche à l’humain. Macsen n’en a pas. Il ne sait donc pas quelle est la place qu’il veut montrer aux autres, à moins qu’il se concentre dans un milieu où une telle carte n’est pas utile. "Qui dit nouvelle vie dit nouvelle carte de visite", en effet. Les explications en suite sont intéressantes. Climatologue, voici qui pourrait être synonyme de prêcheur de l’apocalypse pour certains, de scientifiques pour d’autres. "Pas assez porteur", en effet.

La franchise de Macsen est adorable : oui, la Brèche pourrait avoir sauvé l’Humanité d’elle-même. Forcer la fin de la société thermo-industrielle et faciliter la construction d’une société écologique par absence d’autre choix, le commerce international et informatique étant devenu une technologie de pointe au mieux, mythique au pire. "Heureusement", les présidents de ces forces ne les ont pas laissé mourir. "Heureusement", New York : le rappel de l’ancien monde, l’espoir pour le futur du nouveau. Tomber et recommencer la même chose.

« L’idée du dérèglement climatique pour justifier la Brèche me plait, je serais curieuse d’en apprendre plus sur cette fin du monde de la part d’un climatologue spécialiste en la matière. Cependant, je suis plus curieuse encore de savoir si votre cheminement des "messages alarmistes" à la "manière de reconstruire" vous fait percevoir le véritable sens de la destruction. »

Le repas que l’on s’apprête à prendre en est l’exemple le plus commun et le plus terre à terre. Sans détruire notre nourriture, nous ne pourrions vivre notre existence. Tout ravager pour détruire n’a jamais été le but, seuls les vainqueurs dont les constructions étaient menacées l’ont décidé ainsi. Et réciproquement : Apophis ne cherchait pas à détruire la création de Râ par haine mais pour faire revivre ce que la création de Râ avait détruit, le monde d’Apophis. Evidemment, les Serpents et les Oiseaux ne se sont jamais entendus quelque soit la mythologie, quand bien même l’ordre d’apparition est généralement le même. On en revient à la trinité proto-divine, même si la vaste majorité des dieux est trop jeune pour l’avoir connue.

Je me réinstalle dans mon siège. Mon croisement de jambe se maintient alors que ma main apporte ma coupe à mes lèvres. Une gorgée, toujours. Une gorgée après l’autre, comme une pierre après l’autre, comme un pas après l’autre. Comme un indice.

« New York City doit vous décevoir. Reconstruire le monde humain à l'identique est bien ce qui motive le reste de celui-ci, qui aura besoin de décennies pour y parvenir, à considérer cette ville comme sa "ville lumière". Le phare de son époque, dont la lumière avertit les bateaux de la présence de récifs sur lesquels lesdites embarcations viennent se fracasser dans l’espoir de leur passagers d’immigrer ici. »

La situation m’indifférerait si elle n’était pas tant liée à l’Envie. New York City et l’image qu’elle renvoie a rendu tous ceux la connaissant envieux, chose que Loki a défendu par les armes. Précédant mon arrivée ici, de nombreux humains y ont accédé par mon biais. Cependant, je laisse des démons moindres s’occuper de ce trafique d’êtres humains, n’ayant pas l’intention que l’on puisse m’y mouiller. Je suis une patronne appréciable, laissant faire comme mes employés le souhaitent tant qu’ils obtiennent les résultats que je souhaite. S’ils me sont indiscutablement liés, comme les employés d’Hell Incorporated le sont à leur chef de secteur, je ne les domine pas. Je n’en ai pas besoin. Nous avons un accord, ni eux ni moi ne cherchons à le dépasser. Enfin, ceux qui ont cherché à m’arnaquer ont eu un sort bien plus expéditif que Castur ; lequel, ne travaillant pas avec moi, ne m’avait pas réellement trahi dans sa quête de créer un nouveau Léviathan. Et puis la rencontre avec Alistair comme l’étude de Cali offrent des compensations à cette "insulte". Trêve de digression cependant, laissons le démon-faune pour en revenir au faune pur.

Déposant mon verre, j’entreprends de manger la salade préparée. Je ne m’attends pas à repartir avec quoi que ce soit, l’attitude de Macsen envers son verre a été explicite, mais cela reste un déjeuner d’affaires.

« Vous voulez vous intéresser à une manière de reconstruire, reprends-je alors que je pique les végétaux avec ma fourchette. New York est donc un centre d’expérimentation et possiblement l’exemple qui permettra de propager votre réussite à travers le monde. »

La manière a déjà été annoncée comme écologique mais j’attends quelques précisions durant le temps de ma mastication.

« Si cela vous intéresse, je dispose de contacts au sein des Enfants du Nouvel Age, tant le mouvement religieux que l’association. Ils sont bien financés, équipés et approvisionnés. Pouvoir se développer ici est un de leurs projets. »

Voici un indice de plus sur ma personne. Les références littéraires ont déjà été lancées et peut-être que celle de Biondetta Cazotte a déjà permis au faune de découvrir le pot-aux-roses concernant Enlil. Cela étant, avant de présenter Macsen à n’importe quel collègue d’Hell Incoporated, je préfèrerais m’assurer d’une certaine "fidélité" : nous socialisons les pertes mais nous maximisons aussi les profits individuels.

« Je peux également vous aider à rencontrer des gens au sein du Quartier Grey, sous réserve que vous acceptiez de faire vos expérimentations là-bas. J’y développe une certaine réputation. »

Cela ira en s’améliorant mais après deux mois à répondre à des appels, qu’ils soient ou non liés à mes cartes de visite, je commence à y être reconnue. Cela m’apportera des problèmes, que je saurais gérer, et des avantages, que je saurais utiliser lorsqu’ils seront murs. Inutile de s’attarder sur le sujet si Macsen n’en a pas l’envie.

« Enfin, je pourrais vous présenter un lieu de pouvoir officieux de cette ville, ainsi que quelques figures en son sein. Il vous reviendra après de vous construire votre propre réseau. »

Le Velvet Dream est d’une popularité surprenante parmi les créatures et les divinités de New York, qualité du show comme ouverture d’esprits et d’autres choses aidant. Il peut sembler improbable d’y croiser des figures importantes et pourtant, je ne serais pas surprise que même les maires successifs y aient déjà mis les pieds ; sous une autre apparence ou au-dehors de leur mandat, histoire de ne pas risquer leur réputation vis-à-vis des bien-pensants.

« Evidemment, ce ne sont là que des pistes. Prématurées puisque vous n’avez pas définies vos ambitions mais néanmoins énoncées pour, lorsque vous l’aurez fait, que vous sachiez que je suis là. D’ici là, je suis certaine que vous saurez qui je suis. Des idées pour l’heure ? »
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