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L'heure de l'Appel [Milda Carter]

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Le Léviathan
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MessageSujet: L'heure de l'Appel [Milda Carter] L'heure de l'Appel [Milda Carter] EmptyJeu 16 Mai - 12:19

Cela me rappelle les Années Folles. La réalité de la Der’ des Der’ a dépassé la fiction horrifique des siècles précédents alors une génération ne veut "plus jamais ça !". On reprend les concepts de la Belle Epoque et on y ajoute l’individualisme déchainé et extravagant, la radio, le jazz, les danses, Paul Derval ; les costumes, les décors, les effets de mise en scène pour mettre en valeur les "girls anglaises" et les "petites femmes nues". Les cafés-concerts ne sont plus seulement les héritiers des maisons de divertissement du XVIIIe siècles, ils ont leur propre genre de spectacle désormais : la revue de music-hall, qui place la femme au cœur de ce nouveau concept et prend des airs libertins. S’ils abolissaient autrefois les frontières sociales, ils continuent de s’affranchir des règles sociales ainsi est-il possible de garder son chapeau dans le café, de parler, de manger et de fumer librement. Le divertissement ne se fait pas que sur la scène mais tout autour également, avec les balades, les rencontres, les prostituées…

Encore que le Velvet Dream "n’offre pas de service après la danse". Quel dommage, moi qui comptai aller reprendre un verre ! Qu’on se rassure, cette pensée ne tient pas de la stupidité naïve mais d’une ironie légèrement cynique. Encore que l’ironie en pensée soit un non-sens : on ne pense pas l’inverse de ce que l’on pense. Je garderai cependant mon absence de foi dans les motifs et les justifications apparentes d'autrui, tout comme il est sage de me faire bénéficier de la réciproque. Non, je ne suis pas là pour profiter du spectacle, pourtant en plein ébullition alors qu’il n’est que 16h passé, ni des boissons, bien heureusement plus fraiches. Les prostituées étant exclues par l’établissement, ne me reste que balades et rencontres pour me motiver réellement ; même si, d’apparence, la femme approchant la trentaine que je suis apprécie tout de même l’un et l’autre. Mes yeux bleus s’attardent cependant plus sur les gens que sur les numéros. Parmi les premiers, quelques-uns me retournent des regards mais ce ne sont ni ma chemise bleue à col en V ni mon jeans qui se sauraient vraiment les intéresser, considérant les artistiques effeuillages qui leurs sont offerts. Jalouse ? Non, il n’y a nulle peur dans le cocktail émotionnel qui me parcours le cerveau. Envieuse ? Evidemment, c’est ma spécialité. Envieuse de certaines plus belles, plus talentueuses dans leur domaine. Envieuse de l’attention, de la vénération, qu’elles suscitent. Envieuse d’un tel détail, d’un tel objet. Ecume passagère à laquelle je n’accorde pas réellement d’importance. S’il serait faux de me dire pleinement concentrée, j’observe tout de même. Je chasse.

L’une des serveuses a particulièrement attirée mon attention, une vingtenaire brune, d’une quinzaine de centimètres plus petite que moi et d’une silhouette rectangulaire, aux épaules et aux hanches minces. Assez quelconque somme toute si ce n’était pour sa moue, emprunte d’un manque de confiance en elle qui rend ses grands yeux de biche fuyant face à ceux que son charisme inhumain, allié à une tenue sexy de l’établissement, attire à elle. Si mon manque de foi dans leurs motifs et leurs justifications apparentes pour être ici me conduit à évaluer chaque personne pour savoir si elle est réellement ici pour un loisir ou si son divertissement est de nature autre, particulièrement une diversion face à des problèmes extérieurs, il n’y a besoin d’aucun cynisme pour savoir que la "demoiselle" n’est pas au mieux dans sa vie. Un point courant chez les divinités mais rares sont celles à tenir un rôle en bas de l’échelle sociale sans objectif dissimulé, ce qui ne semble pas être le cas ici. Définitivement une piste à suivre, même si nos échanges seront pour l’heure limités. Elle travaille et je cherche à le faire également.

Un pas après l’autre, j’avance à travers la salle. Une gorgée après l’autre, je diminue mon verre. Evidemment, les pas sont bien plus nombreux que les gorgées, il ne faudrait pas que les secondes se terminent avant les premiers. Se faire offrir un verre n’est pas très professionnel. Faire distribuer des cartes de visite à but publicitaire par voie postale non plus, cela dit. Ça n’attire que les désespérés et les curieux ; mes préférés. Pour les autres, des endroits de mixité sociale et de divertissement sont plus préconisés. Le Velvet Dream correspond plutôt bien ; position géographique idéale et clientèle hétéroclite dont l’ouverture d’esprit devrait lui permettre de faire la distinction entre des méthodes amorales, comme les miennes, et immorales. Distinction dont beaucoup, notamment chez les moraux autoproclamés, sont incapables. Distinction nécessaire à aborder mon travail, à défaut de ne pas en être choqué.

Mes mains se joignent sur le verre de ma boisson alors qu’une impression bien autre que l’analyse de mon environnement humain et l’ignorance de mes envies passagères fait surface dans mes pensées. Il semblerait que l’heure de l’Appel soit venue. D’ordinaire, je ne m’embarrasse pas à étendre ma prédation sur ce genre d’invocation mais celle-ci me semble originale. Le pouvoir de l’étoile polaire est exploité mais d’une façon inhabituellement inexpérimentée, chaotique. Dangereuse, même, pour son utilisateur ; quoi que le danger soit toujours présent, d’où l’utilité d’un gardien ou d’un cercle de protection. Toute invocation est un appât lancé dans un océan. La plupart est façonnée de façon à attirer un être précis, ou un type d’êtres, ou une ascendance d’êtres… mais là, cela semble simplement destiné à attirer quelque chose. Voire inconscient que cela puisse attirer quelque chose. Peut-être est-ce la maigre réussite de la chasse de cet après-midi mais l’envie d’être pêchée éclabousse toutes les autres. Autrefois, il n’était pas aussi facile de répondre à un appel mais avec la forme diminuée que j’ai désormais, la Grande Ourse me suffira.

Le coin des dames est donc ma destination suivante, délaissant mes observations comme celles me concernant pour trouver un moment de calme et de discrétion. Une fois la porte verrouillée et le battant de la cuvette abaissé, je m’assois et mes pas cessent. Comme promis, mes gorgées le font à leur tour. Le cocktail me brûle bouche et gorge, ses effets ne survivant pas à la disparition de cette sensation, puis le fond du verre est déposé par terre. Mon dos s’en vient faire de même contre le mur et mes yeux se ferment. Je réponds à l’Appel.

***

Le tentacule de chair liquide s’élève du sol et s’entortille dans l’air sur prêt d’un mètre quatre-vingt. Deux branches poussent de ce tronc mouvant dont la cime se courbe vers l’invocateur, comme attirée par une gravité nouvelle. Les deux excroissances aussi sont appelées, par la gravité classique cette fois, et s’affinent toujours plus alors qu’un filet sanguinolent s’écoule vers le sol. L’extrémité prend forme également, s’écartant horizontalement comme s’il un souffle d’air cherchait à la trancher et expulsait le surplus charnel en des crocs. Une échine se dessine peu à peu alors que des épines de chairs se dressent. Les deux excroissances battent d’avant en arrière, telles des ailes griffues. L’extrémité se ferme un instant, telle une gueule hérissée. Les épines se raidissent, malgré leur composante sanguine. Un instant, je savoure cette forme primaire à laquelle j’ai renoncée. Le suivant, mon renoncement me rattrape. Le tentacule se stabilise en une silhouette. Les excroissances rétractent leur drapé. L’extrémité se tasse. Le bas de la silhouette se scinde en deux. Le drapé disparait pour ne plus laisser que des structures semblables à des os de membres antérieurs. L’extrémité n’est plus qu’une boule informe. Les membres antérieurs s’abaissent, devenant humains. L’extrémité se sculpte, devenant sans visage. La silhouette s’élargie au buste et aux hanches tout en se rétrécissant à la taille, devenant féminine. Les épines se rétractent et, avec elle, l’entièreté de l’apparence perd sa consistance charnelle pour adopter une peau blanche. Les bras trouvent leur position le long du corps. Le visage se forme. Les cheveux, blonds, s’écoulent jusqu’aux clavicules pour l’encadrer.

Les pieds baignant toujours dans la chair liquide et mouvante, j’abaisse le visage, ouvre les yeux pour regarder la personne à l’origine de l’Appel et lui fais face, dans toute ma nudité.
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MessageSujet: Re: L'heure de l'Appel [Milda Carter] L'heure de l'Appel [Milda Carter] EmptyMar 4 Juin - 21:25

Je me versai un deuxième verre après avoir bu le premier d'une traite. Ces longues soirées à l'université me stressaient, mais je ne pouvais pas travailler de chez moi parce que je n'avais ni ordinateur ni accès à l'Internet. Et mon téléphone fonctionnait sur un forfait à bas prix, trop nul pour m'être utile à ce sujet. J'essayais d'obtenir des notes supérieures à la moyenne dans l'espoir de décrocher des prix et des bourses. J'avais déjà accumulé pas mal de dettes d'études et mon emploi à la prison ne me permettait pas de faire des économies. Une fois le loyer payé, il me restait à peine assez d'argent pour me nourrir et acheter un peu d'alcool. Je me motivais en me rappelant que ma situation était temporaire et que je gagnerais bientôt beaucoup d'argent en tant que scientifique. Le milieu des sciences était compétitif et d'autres étudiants aussi passionnés que moi ne comptaient plus les heures à parfaire leurs projets et à étudier. Je n'attendais pas une quelconque démarcation du lot pour me sauver financièrement, mais je ne réduisais pas mes efforts, à la fois parce qu'il y avait une chance et parce que je ne voyais pas le temps passer quand je plongeais dans les formules, les rapports détaillés et les recherches intensives.

Entourée de créatures, de sorciers et même de dieux, je considérais encore la science comme primordiale. Les lois de la magie, floues et changeantes, s'ajoutaient simplement à celles de la science, ou même représentaient un aspect différent de celle-ci. Je n'avais pas encore formé entièrement mon avis à ce sujet. Je savais néanmoins que je faisais partie des plus faibles. Sans facultés spéciales ni appartenance à un peuple magique, je dépassais à peine le stade de gibier. En parallèle de mes études officielles, je menais des recherches sur la magie. Je ne supportais pas l'idée de reprendre le rôle de victime par manque de moyens. Jusqu'à maintenant, je n'avais pas beaucoup de pistes. Ma plus grande source demeurait le livre de magie que j'avais volé. Anthony me fournissait aussi des informations dans certains domaines.

J'avais arrêté d'avoir peur de lui depuis environ deux ans. En fait, même si je me méfiais toujours des hommes et évitais généralement de me retrouver seule en leur compagnie, j'arrivais à me comporter normalement avec eux et même à leur adresser la parole. Et à coucher avec eux, après plusieurs verres. Je ne couchais pas avec Anthony. Je lui avais dit assez sèchement que ça n'arriverait pas, après avoir mal compris ses intentions (je ne m'étais jamais excusée), et nous n'en avions pas reparlé. De toute manière, il n'agissait pas comme les hommes qui voulaient coucher avec moi. Notre amitié me semblait simple. Une de mes rares relations solides.

Anthony se mêlait toujours de ce qui ne le regardait pas. Il disait que c'était son devoir de journaliste, mais c'était surtout une habitude de petite plaie. Il ne lâchait jamais le morceau quand quelque chose l'intéressait. Il lui arrivait souvent de faire semblant de passer à autre chose, de se montrer sensible et respectueux et de laisser tomber l'affaire, mais il y revenait toujours. Son attitude obsessive expliquait son célibat prolongé, beaucoup plus que les raisons qu'il s'inventait. En tant qu'amie, je pouvais observer ses folies d'assez loin pour m'en moquer. D'ailleurs, les implications d'Anthony m'avaient permis de découvrir l'identité de certains dieux, l'existence d'armes pouvant les neutraliser, la localisation de zones neutres où me réfugier si des combats magiques éclataient et d'autres informations utiles pour mieux comprendre la magie.

Je m'installai avec mon verre et mon livre de magie sur le vieux sofa dans mon salon. Ce meuble habitait l'appartement depuis plus longtemps que moi, tout comme le lit, un lourd matelas sur une simple base de métal. J'avais moi-même acheté une petite table usagée, très légère, ainsi que deux chaises pour remplir le coin salle à manger. Je n'avais ni l'argent ni la place pour plus et, de toute manière, je ne recevais presque jamais d'amis ou de collègues de classe chez moi. J'attendais qu'on m'invite et j'en profitais pour voler des petits objets de valeur qui se revendaient bien ou de la nourriture.

Je testais de temps en temps des formules tirées de mon livre, mais je n'étais arrivée à rien jusqu'à maintenant, soit parce que je ne possédais pas de puissance magique moi-même soit parce que je prononçais mal les incantactions. Anthony m'avait proposé de demander l'aide d'Elisa, mais je ne partageais pas son enthousiasme pour me lier à des figures politiques. Mon livre demeurait mon seul bien précieux et je n'avais dévoilé son existence qu'à Anthony. Je n'étais pas outillée pour estimer sa valeur et peut-être n'était-ce qu'un recueil d'incantations pour débutants mais, s'il s'agissait d'un ouvrage unique ou recelant des connaissances dangereuses, je risquais de me le faire dérober.

Je pris une gorgée d'alcool et déposai le verre sur le sol. Je feuilletai le livre et m'arrêtai sur une page illustrée. Le dessin détaillé, tracé à la main à l'encre en plusieurs couleurs, représentait un serpent disposé dans un cercle parfait, se mordant la queue. Ouroboros. Plusieurs bêtes de légendes ornaient les pages du grimoire et je n'avais pas réussi à toutes les identifier, mais celle-ci était passablement connue. J'inspirai profondément et entrepris de réciter la page à voix haute.

J'étais en train de me pencher vers mon verre quand un changement dans l'air ambiant m'arrêta. Une tension. Je m'affaissai dans le sofa, muette, mes yeux fixés sur ce qui apparaissait dans mon salon. J'avais apparemment découvert la bonne prononciation de l'incantation. J'observai la créature prendre forme. Je n'avais aucune idée de comment aborder la situation, mais la fuite n'était pas dans mes options. J'avais appelé cette… femme? Je me levai lentement du sofa en refermant le grimoire. Si elle apparaissait à la simple énonciation d'une formule, cette personne avait probablement quelque chose à gagner.

-Bienvenue chez moi… euhm…

Je repensai à l'illustration.

- Ouroboros. Je t'ai invoquée en utilisant mon grimoire. Mes intentions envers toi sont positives.

Mes intentions étaient neutres, en réalité.

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MessageSujet: Re: L'heure de l'Appel [Milda Carter] L'heure de l'Appel [Milda Carter] EmptyDim 9 Juin - 9:50


Se faire offrir un verre n’est pas très professionnel. Faire distribuer des cartes de visite par voie postale non plus, cela dit. Ça n’attire que les désespérés et les curieux ; mes préférés. Hors de question donc de réclamer une boisson, même si la jeune femme face à moi peut clairement mériter l’une de mes publicités. Elle ne semble en avoir, à la différence d’un alcool de supermarché dont le contenant côtoie un livre pour le moins intéressant. Un seul regard ne me permettra pas de l’identifier au-delà de son lien avec ma présence ici. Ici qui motive ma supposition comme quoi l’invocatrice aurait pu répondre à mon annonce, tant le canapé sur lequel elle est assise est d’un état aussi maltraité que le reste du rare mobilier et des murs. J’ignore où je suis mais je sais dans quoi je suis et, du fait, dans quoi ma vis-à-vis est. Je la regarde, je la détaille, mes yeux pénétrants ses chairs, mon aura incommensurable ne l’empêchant pas de se lever pour clore son livre. Elle fait environ un mètre soixante-dix, soit une dizaine de centimètres de moins que moi, et sans doute cinquante-cinq ou cinquante-six kilos, jeune femme s’éloignant de la vingtaine à la carrure frêle et à la silhouette longiligne.

Elle m’accueille, hésitante, et je penche légèrement ma tête sur le côté à la mention d’Ouroboros, changeant mes points de vue et d’audition d’un réflexe reptilien. L’explication me donne un sourire en coin alors que mon visage s’en revient à la verticale.

« Tes intentions envers moi sont positives, répète-je avec connivence de ma voix suave qui, derrière son apparence de douceur, cache une forte violence, comme un courant de reflux sous des eaux placides. Précision logique pour quelqu’un dont ce n’est pas le cas. »

Impossible de réellement se sentir menacer par la situation comme par la sorcière mais c’est bien pour cela que derrière mon amusement se cache une certaine méfiance. Ouroboros, le manuscrit est donc grec ou latin, cependant je ne suis pas incarnée dans une statue ou autre réceptacle à la manière des invocations de la civilisation antique. L’utilisation de la Grande Ourse n’est pas surprenante, considérant qu’ils avaient en héritage la magie solaire des égyptiens et la magie lunaire des babyloniens, mais l’absence de sécurité dans l’invocation laisse deux principales suppositions : le fait que mon interlocutrice n’a rien à craindre de ce qu’elle peut invoquer ou celui qu’elle ne sait pas ce qu’elle fait. Or, il semble qu’elle ait réussi ce qu’elle voulait, puisque le plus ancien des Ouroboros lui est apparu, alors même qu’il ne me semblait pas que son Appel me soit destiné. Voici qui pique ma curiosité. Ma main se lève, index en premier, afin d’adjoindre le geste à la parole et d’accompagner ma déclaration suivante du doigt en plus du ton précédent.

« Note que je ne dis rien de mes propres intentions. Ton grimoire a déjà dû me présenter… et tu m’as choisie en connaissance de cause. T’a-t-il expliqué pour Callisto ? La nymphe, pas le satellite de Jupiter. »

Je m’arrête là pour évaluer la réaction de la jeune femme, savoir si elle perce l’énigme magique qui lui est soumise ou trahi son inexpérience. Amusant de se dire que celle qui se fit violer par Zeus, changer en ourse par Héra, menacer de mort par son fils et sauver par son premier bourreau qui l’emportant dans la constellation de la Grande Ourse, donna par la suite son nom à un corps céleste gravitant autour d’un dieu si similaire au responsable de tout cela. L’énigme étant donc de relier Callisto à la Grande Ourse, donc l’implication du cosmos dans l’invocation. Un savoir qu’un individu expérimenté ayant profité de l’Heure de l’Appel connait forcément.

D’une façon fort peu naturelle, puisque mes jambes restent unies et que mon bassin et mon buste laissent paraitre l’essence charnelle et sanguinolente qui me constitue lorsque je me penche vers elle, j’avance jusqu’à la jeune femme. Une fois immobilisée, l’apparence humaine reprend sa consistance quand bien même elle est toujours reliée à son point d’entrée par le tentacule de chair liquide et animée.

« Est-ce lui qui t’a également conseillé de te passer de réceptacle pour m’appeler ? Ou de sacrifice ? J’ignore si tu cherches protection ou destruction, mais l’absence de la première risque de t’apporter la seconde. »

D’une façon, disons-le, serpentine, je me baisse pour ramasser le verre alcooliser et l’engloutir d’une traite. Rien à voir avec la boisson du Velvet Dream, je crois même que le cabaret n’aurait pas utilisé similaire liquide pour désinfecter ses toilettes, mais ça fera l’affaire. Je regarde le verre et mon reflet en lui alors que je recommence à parler.

« Le sacrifice, on dira que c’est fait. Après tout, bien des mecs réussissent à s’en tirer ainsi, comme à tirer la personne à laquelle ils l’ont fait. Rarement avec cette qualité, cela dit. Je plains la femme qui offre son corps pour ce prix-là. Dois-je me plaindre moi-même ? A toi de me dire… »

Je tends le verre à la sorcière, la regardant dans les yeux avec une proximité presque intime et toujours cette complicité par tolérance et dissimulation d’un mal qu’on peut empêcher. Je dois, plus que jamais, l’écraser. Et pourtant, il y a quelque chose dans son regard, vif et pétillant, qui continue de me fixer. J’aime. Contrairement à l’alcool qu’elle boit.

Se faire offrir un verre n’est pas très professionnel. Faire distribuer des cartes de visite par voie postale non plus, cela dit. Ça n’attire que les désespérés et les curieux ; mes préférés. Hors de question donc de réclamer une boisson, même si la jeune femme face à moi peut clairement mériter l’une de mes publicités. Comme elle n’en a pas et que je n’en ai pas sur moi, je me contente donc de l’autre option.
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MessageSujet: Re: L'heure de l'Appel [Milda Carter] L'heure de l'Appel [Milda Carter] EmptyMer 17 Juil - 17:33

Je ne m'étais pas fait d'amis à l'université. Je me retrouvais souvent avec les mêmes partenaires pour les projets de groupes, par habitude et parce que nous travaillions bien ensemble, mais je ne voyais personne régulièrement en dehors des cours pour m'amuser. Entre les études et le travail, il me restait peu de temps pour les loisirs. J'avais déjà Larry et Anthony entre qui séparer mes moments libres. Je remarquais l'ironie de mes amitiés exclusivement masculines malgré ma peur habituelle des hommes, mais ces deux-là s'étaient rapprochés de moi honnêtement et m'avaient prouvé plusieurs fois leur bonté. J'avais bien essayé de socialiser avec les filles, mais je finissais toujours par les faire partir ou par fuir moi-même par malaise. Je ne savais pas très bien meubler les conversations. Je fréquentais néanmoins les bars et les fêtes, toute seule. Enchaîner les expériences m'apparaissait comme un excellent moyen d'arriver à connecter avec les autres américaines et d'avoir quelque chose à leur raconter.

Avec mes collègues de classe, je pouvais au moins parler de science et des tâches à accomplir. Ce n'était pas toujours exaltant, mais c'était mieux que me taire et m'isoler. Quand on me posait des questions personnelles, je mentais sans entrer dans les détails. Mon manque d'enthousiasme quand on m'interrogeait de manière trop pointue sur ma vie décourageait rapidement les plus curieux. Les gens ne m'en demandaient en moyenne pas beaucoup, se contentant d'un aperçu de qui j'étais. C'était bien pratique. À l'école, on me pensait arrivée ici avec mes parents durant ma jeunesse, enfant unique et sans parents depuis les catastrophes de 2007. Anthony et Larry connaissaient la vérité.

-Je ne vous veux aucun mal, je vous l'assure.

Je clignai des yeux quelques fois. La créature semblait me croire hostile, pour des raisons qui m'échappaient. Je pris soin de rester à distance et de ne pas faire de mouvements brusques. J'avais appris à agir ainsi avec les filles en crise durant mon adolescence. Je reste cependant bien droite pour ne pas afficher une attitude de peur.

Évidemment, comme je l'avais invoquée, la femme bizarre pensait que je comprenais ce qui était écrit dans le livre. Heureusement, je connaissais l'histoire de cette nymphe, comme beaucoup d'autres récits mythologiques. Depuis que je me savais entourée de dieux, j'accumulais les connaissances sur leurs histoires. J'avais commencé par la mythologie grecque, et par extension par la romaine aussi, et je m'étais ensuite lancée dans les mythes nordiques. Comme notre ancien maire était un dieu maléfique de cette mythologie, j'en avais déduit qu'il était important de bien la connaître. Je me penchais dernièrement aussi sur les divinités égyptiennes. Anthony m'avait dit que Rê était en ville, et très puissant. Je m'informais aussi sur les créatures et les légendes que je découvrais en essayant de comprendre mon grimoire.

Pourquoi me parlait-elle de Callisto? Prévoyait-elle me punir pour les crimes d'un autre, comme Artémis et Héra l'avaient fait avec elle?

-Mon grimoire ne contient que des formules, dis-je avec confiance même si je n'en avais pas la preuve. Pour les enseignements, j'ai d'autres moyens.

J'avais contourné sa question par exprès. Je n'avais pas envie de m'encombrer d'énigmes. Si Callisto avait une importance pour la créature, elle allait y revenir.

-Est-ce lui qui t’a également conseillé de te passer de réceptacle pour m’appeler ? Ou de sacrifice ? J’ignore si tu cherches protection ou destruction, mais l’absence de la première risque de t’apporter la seconde.

La créature se pencha pour prendre mon verre et je l'observai avant de répondre.

-Le sacrifice, on dira que c’est fait. Après tout, bien des mecs réussissent à s’en tirer ainsi, comme à tirer la personne à laquelle ils l’ont fait. Rarement avec cette qualité, cela dit. Je plains la femme qui offre son corps pour ce prix-là. Dois-je me plaindre moi-même ? A toi de me dire…

Je la fixai quelques secondes. Elle semblait blaguer. Je ne savais pas quoi penser. Devais-je rire? Était-ce une nouvelle énigme? Devais-je critiquer sa manière de dire que les femmes s'offraient au désir des hommes comme si elles n'avaient pas de désir elles-mêmes? Après la référence à la nymphe violée par Zeus, je cherchais des liens. Je pris le verre qu'elle me tendait en gardant le silence. Mieux valait ne rien dire que risquer de la vexer.

Elle avait parlé de protection et de destruction. Ses pouvoirs étaient donc étendus. Je comprenais de sa dernière intervention qu'elle m'offrait une faveur magique après avoir bu mon alcool. C'était très intéressant, bien que bizarre.

-Je suis une humaine sans facultés magiques naturelles. Comme mes semblables, je suis intéressée par la puissance et la richesse. Qu'avez-vous de mieux à m'offrir?

Je n'avais pas eu le temps de réfléchir à un moyen précis d'améliorer ma qualité de vie ou mon corps. Je profiterais de ses explications pour me décider.

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MessageSujet: Re: L'heure de l'Appel [Milda Carter] L'heure de l'Appel [Milda Carter] EmptyDim 21 Juil - 3:27

Elle est mignonne, à m’assurer qu’elle ne me veut aucun mal. Je ne crois pas qu’elle mente, domaine dans lequel je m’y connais, et note son attitude d’apaisement digne d’un face à face avec un animal sauvage. C’est ce que je suis, d’une certaine manière. J’étais là avant que les divinités ne soient humanisées, avant même qu’elles ne soient incarnées, et ai présidé à l’avènement de la première civilisation sans réellement me domestiquer. Je comprends le fonctionnement et l’utilise à mon avantage. C’est l’éminente différence avec des personnes comme celle qui me fait face. Je lui reconnais cependant le courage, adversaire de la peur.

Son grimoire ne contient que des formules, selon ses dires, voilà qui me fait de nouveau pencher la tête sur le côté en plissant les yeux de suspicion ; ouvrage incomplet ? Piège magique ? Incompétence de l’évocatrice ? Tant de possibilités. Tant d’explications. Tant de potentiels. D’autres moyens de découvrir des enseignements, sans faire bouger ma tête, cela relâche mes paupières et tend mes lèvres. Elle n’a pas décodé mon énigme, axant les possibles et les explications sur son absence de connaissance. Cela pourrait être réducteur de son potentiel, si je décidais de la dévorer pour l’outrage. Beaucoup me voient ainsi. Beaucoup d’entités sont ainsi. Cependant, une chose que les humains n’ont jamais réellement compris au sujet des démons, c’est bien qu’ils n’ont guère intérêts à se montrer malveillants : sans cela, pas de pacte et sans celui-là, pas la possibilité de récupérer l’âme et donc d’être malfaisant au final. Même si, au final comme dit, le "mal" est là. "Mal" qui se définit par la simple prédation, forcément perçue négativement par la proie. Proie que j’interroge, à qui j’accorde une faveur ; toute désagréable soit-elle, considérant l’absence de qualité de son alcool.

L’humaine ne sait pas quoi faire, je la déstabilise. C’est dans mon intention. Plus que me rendre imprévisible, cela lui fait perdre ses repères et complique donc ses mécanismes de défense, qu’importe qu’ils soient plus alertes. Elle ne sait pas comment se comporter, alors le fera de façon moins "sociale" et plus "naturelle". Elle ne sait quoi faire, alors entre dans mon jeu : le verre est pris.

« Je suis une humaine sans facultés magiques naturelles. Comme mes semblables, je suis intéressée par la puissance et la richesse. Qu'avez-vous de mieux à m’offrir ? »

Mes yeux se plissent à nouveau. La première explication limite les possibilités mais pas les potentiels. La seconde limite volontairement les potentiels mais pas les possibilités. La troisième cherche à ouvrir les uns et les autres. Or donc, la sorcière n’en est pas une : seulement une magicienne cérémonielle, sans expérience qui plus est. Or donc, l’évocatrice n’en est pas une : seulement une humaine "comme ses semblables". Qu’ai-je de mieux à lui offrir ? A part de l'aspirine, évidemment ? Mon visage s’en revient à une position droite, se rapprochant un peu du sien pour parler avec douceur.

« L’union du monde chthonien et du céleste. Le cycle du temps et l’éternité. L’autodestruction et l’anéantissement. Le début, la fin et le recommencement. Le mouvement, la continuité et le retour. Peut-être même plus, selon ce que tes enseignements t’ont appris sur moi. Réponse que tu peux me fournir comme celle concernant Calisto ou celle te concernant. »

L’humaine répond à mes questions, par ses silences lorsque ce n’est pas par ses paroles, par son corps quoi qu’il en soit. Quatre-vingt pourcent de la communication est non-verbale, une chose qu’on lit souvent inconsciemment ; sauf lorsqu’on s’y forme en toute conscience.

« Se pose une autre question également : qu’es-tu prête à m’offrir… de ton côté ? Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Le sacrifice t’assure la bienveillance, ou au moins la neutralité, de l’entité que tu appelles. Tes enseignements n’ont su te le dire… Sans doute sont-ils mythologiques, non ésotériques. Une nouvelle chose que je puis te donner : l’enseignement magique. Cérémoniel… ou naturel. »

Mes paroles se ponctuent d’un sourire, même si j’abandonne là l’aspect de l’Ouroboros pour me tourner vers celui de la Déesse des Sorcières. Comme ses semblables, l’humaine est intéressée par la puissance et la richesse. Je ne suis pas la spécialiste pour donner la seconde, même si je le peux, quant à la première… la liberté d’interprétation est encore plus grande. Ses formes sont infinies. Elle pourrait être un moyen d’acquérir l’autre, un moyen de s’imposer en société, un moyen de s’imposer en nature, voire une fin en soi. J’en quitterais alors l’aspect de l’Ouroboros pour aller vers celui de Léviathan, cultivant l’Envie à percevoir toujours plus d’entité plus puissantes que soit et à vouloir les égaler. Seulement, pour l’heure, nous en sommes à l’Ouroboros ; c’est lui qui a été appelé. Et si tracer sa filiation est faisable, il est plus aisé de remonter sa généalogie. D’où vient-il ? Qui l’a popularisé ? Comme souvent, la réponse est la même. Reste à savoir si elle est connue.

« Maintenant, reprends-je en m’installant, jambes en sirène, sur la petite table qui n’aura à supporter tout mon poids puisque mon lien sanguin continue de le répartir au sol. Je suis curieuse de savoir comment te nommer. Tu as fait ton choix me concernant, saches que tu peux me nommer "Ouro", si tu le désires. »

Quitte à ne pouvoir rester sous ma véritable forme et impressionner ce faisant, je sais jouer de cette apparence humaine en plus de le faire avec l’humaine qui lui fait face. Les interactions, certes limitées, avec le décor… le jeu de sympathie… la proximité… endormir sa méfiance comme elle veut le faire chez moi ? Oui et non. L’imprévisibilité a déjà été évoquée. Je n’agis pas en seulement trois dimensions, incluant la quatrième, au-delà du regard, comme quelqu’autres, au-delà des considérations. J’interroge. Je l’interroge elle, pour savoir plus que ce qui est demandé. Je m’interroge moi, pour savoir plus que ce qui est présenté. J’interroge pour les possibilités. Je l’interroge pour des explications. Je m’interroge pour les potentiels. Le tout en fixant son œil gauche.
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MessageSujet: Re: L'heure de l'Appel [Milda Carter] L'heure de l'Appel [Milda Carter] EmptyMer 11 Sep - 19:52

Je n'en étais pas à ma première confrontation avec un être surnaturel. Quand j'avais vécu dans la rue, j'avais croisé plusieurs vampires. Il y avait quelques années, un lycan m'avait attaquée en plein jour. Je ne comprenais toujours pas pourquoi il ne m'avait ni tuée ni vraiment blessée, mais je ne m'en plaignais pas. Je n'avais pas cherché à le retrouver pour assouvir ma curiosité. Un monstre restait un monstre, après tout. Je ne cherchais jamais le danger inutilement, et un lycan n'était pas utile à mes yeux.

Je n'avais plus revu de créatures spectaculaires, mais j'avais observé les autres étudiants et certains avaient un comportement assez louche. Entre ceux que je voyais sortir de plusieurs salles de classe en même temps et ceux qui ne se présentaient à aucun cours sauf pour les examens et qui réussissaient dans toutes les matières, je me savais entourée de magie.

Il se passait aussi des trucs inexplicables durant certaines soirées, comme à cette fête particulière où je m'étais retrouvée à avoir du sexe volontairement. Après des années à craindre tout contact avec un homme, je m'étais abandonnée avec passion à une nuit de folie avec des inconnus. Et de retour chez moi, j'avais eu envie de recommencer. L'effet avait diminué en quelques semaines, ce qui m'avait confirmé qu'il ne s'agissait pas d'un éveil naturel mais bien d'une intervention magique.

Sa réponse énigmatique à ma demande de suggestions me laissa perplexe, et muette. Néanmoins, j'avais eu le temps de baisser les yeux vers mon grimoire en réfléchissant et j'avais eu une idée. Je n'allais pas demander une protection ou un pouvoir puissant à la créature, mais un accès aux deux, de manière détournée. Il me fallait toutefois mettre en mots clairs et simples mon souhait. Les êtres maléfiques qui offraient des faveurs profitaient de chaque faille pour nuire aux humains qu'ils disaient aider. Je n'avais pas de doute quant à la nature maléfique de la femme: aucune entité bienveillante n'apparaissait avec une invocation. D'ailleurs, elle se montrait gentille, mais j'étais probablement en danger. Je ne pouvais rien faire d'autre que jouer le jeu et saisir les occasions qui se présenteraient.

-Callisto?

Cette histoire d'énigme m'ennuyait, mais je fis l'effort de l'encourager un minimum à en reparler, comme elle semblait y tenir.

Je n'avais rien à lui offrir en sacrifice. Ma virginité avait disparu depuis plus de dix ans, et je ne possédais rien qui ait vraiment de la valeur en dehors de mon grimoire - et il était hors de question que je l'échange. Je n'allais tout de même pas lui promettre mon âme ou ma dévotion éternelle. Je ne m'en sortais pas si mal avant son apparition et je ne souhaitais pas sacrifier davantage que ce que j'allais obtenir.

Enfin… Il y avait bien cette bague que j'avais volée en 2007, mais je ne connaissais pas son utilité. Je croyais qu'elle était magique à cause des petites inscriptions à l'intérieur, mais je n'en avais pas la preuve. Je n'avais pas trouvé de réponses dans mes lectures et Anthony n'avait pas pu m'aider. Aucun des tests que j'avais faits ne l'avait fait réagir. Elle ne me servait à rien depuis des années…

-J'ai un objet qui pourrait vous intéresser.

Prudemment, je me levai et allai la sortir d'un trou dissimulé par la plaque de l'interrupteur de la lumière du salon. Je n'avais pas caché cet objet de valeur dans un meuble qui pouvait être volé - on dérobait même les pires trucs dans ce quartier - ou à un endroit évident comme sous une latte du plancher. Elle n'était pas à ma taille, donc je ne la portais pas. J'avais plusieurs fois eu l'occasion de la revendre, mais je n'avais pas souhaité m'en débarrasser contre de l'argent. Ce que l'argent pouvait m'offrir, j'étais souvent capable de le voler.

J'aurais pu jouer les innocentes et essayer d'offrir quelque chose qui n'ait pas de réelle valeur, mais je calculais qu'un objet magique me garantissait une faveur considérable en échange. Je n'avais pas demandé ce que les gens offraient habituellement à la fois parce que je n'avais rien d'autre et parce que la femme se servait de mes questions pour me tester sans me répondre vraiment. Elle m'avait offert aucune réponse claire depuis son arrivée. Je devais me débrouiller.

Elle prit place sur ma table. Son corps était composé d'une substance intéressante. Je me gardai bien d'y toucher malgré ma curiosité. Je ne voulais ni lui manquer de respect ni être blessée ou même absorbée par l'étrange matière.

Ouro, c'était mignon. Était-ce une tentative d'apparaître inoffensive? Je savais que j'avais affaire à une créature ancestrale puissante. Les petites marques d'affection n'y changeraient rien.

-Ouro, ok… Je m'appelle Milda.

J'avais laissé tomber le nom de famille. Entre le faux et l'ancien, je n'étais pas certaine duquel elle aurait été satisfaite. Je ne voulais pas me faire prendre à mentir ou devoir m'expliquer.

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MessageSujet: Re: L'heure de l'Appel [Milda Carter] L'heure de l'Appel [Milda Carter] EmptyLun 16 Sep - 11:27

Elle est mignonne, à ainsi baisser les yeux vers son livre d’invocation face à son absence de compréhension. Enfant n’osant avouer qu’elle ne comprend ce que dit l’adulte. Y réfléchissant, passant à autre chose, cherchant le moyen de revenir. Heureusement, je lui en ai offert un. Elle répète un nom. Une question. Aucune réponse ne sera fournie, car aucune réponse n’a été fournie. De ma part, de la sienne. La méfiance, endormie, éveillée. Les futurs, envisagés. De ma part, de la sienne. Les paroles. De ma part surtout. Une réponse cette fois ; fausse. Un objet qui pourrait m’intéresser, voilà qui me fait pencher la tête sur le côté.

Je reste immobile alors qu’elle se montre mobile. Je la laisse creuser notre différence. Je la laisse bouger dans l’espace comme dans le temps, ne pas rester sur ses considérations. Je ne le fais pas. Quel objet pourrait provoquer mon Envie ? Le sujet est aussi vaste que tari. Je reconnais les possessions matérielles comme primordiales à mon pêché mais n’y suis sensible que par empathie. Sans douter qu’elle puisse posséder quelque chose qui fasse envie à des sorciers ou des démons, l’ouvrage d’invocation en étant un exemple, je le fais quant à ce qu’elle puisse posséder un objet qui pourrais m’intéresser. Il ne s’agit pas de mettre en doute ses qualités, à l’objet comme à l’humaine, mais plutôt de connaitre mes intérêts. Intérêts invariants face à la planque de l’objet, à l’inverse du nom.

Je souris, amusée.

« Milda, comme la déesse lithuanienne de l’amour. Un nom de douceur, de paix. Cela te va bien. »

Secrète et mystérieuse, une personne indépendante apparaissant réservée car elle est prudente, timide et méfiante. Personne qui ne se lie pas facilement mais qui donne son amitié pour la vie. Personne sensible qui se dissimule parfaitement derrière un très grand contrôle d'elle-même. Personne intuitive doté d’un sens aigu de l’analyse, sur qui on peut compter grâce à son sens des responsabilités. Une partie semble vraie, une partie semble prometteuse. Toujours. L’inexpérience, également, offre du potentiel. Plus que l’objet rapporté.

Une bague en titane cerclée d’une plaque dorée et gravée, je regarde cela sans grand intérêt. Qu’est-ce qu’un objet que son matériau identifie comme vieux d’un siècle grand maximum pour une créature de plusieurs millénaires ? Je ne tends même pas la main pour la recevoir, pour l’examiner, bien que mes yeux s’y soient attardé. Désormais, ils reviennent à Milda, à cet œil gauche lié au cerveau droit ; lié à son âme, comme à sa raison.

Ma voix est suave, mon visage blasé.

« Et il n’est même pas stylisé en ouroboros… »

Ma voix est suave, mon visage inexpressif.

« Tu n’es même pas certaine qu’il est magique, n’est-ce pas ? »

Ma voix est suave, mon visage inexpressif.

« Tu n’étais même pas certaine que ton évocation marcherait… »

Ma voix énonce un fait, mon visage l’indifférence.

« Si Callisto ne t’avait pas prêté son pouvoir, ton incantation serait restée vaine. »

Ma voix énonce un fait, mon visage l’impassibilité.

« Et si je n’y avais pas répondu, qui sait quelle créature aurait pu venir… Créature qui aurait pu te dévorer en dédommagement de ton impolitesse, indifférente à ton inexpérience. S’emparer de ce qui nous intéresse. »

Ma voix redevient douce, mon visage également.

« Les âmes. »

Je laisse le temps de réfléchir, sans pour autant sortir de mon rôle d’Ouroboros : avec l’aspect autodestructeur de Milda comme en restant dans la mythologie grecque, avec Callisto.

Je marque un silence après ce qui ne devrait pas être, par éducation ésotérique comme par déduction logique, une révélation. Les démons sont les plus réputés pour leurs pactes avec les mortels même si, en réalité, toutes les divinités sont concernées : simplement que les démons ne réclament pas de culte ou de marque de lien, comme le sacrifice, puisqu’ils veulent récupérer l’âme. Le sacrifice arrivera par la suite, à l’inverse des divinités. Exception faite des divinités se comportant comme des démons, évidemment. Et après nous sommes les malveillants, les malfaisants, les méchants…

« Tu sais, je n’avais réellement compris que ton appel m’était destiné. C’est son… approximation, disons, qui m’a fait y répondre. Seul le hasard t’as conduit à avoir celle que tu avais demandé. »

Maintenant, reste à savoir si Milda est prête à assumer ses actes. Pour ma part, j’aime les apprenties sorcières. Non en tant qu’Ouroboros, il est vrai, mais qu’importe. Il sera là, je serais lui, le temps que cela me soit utile. Toujours assise comme une sirène sur sa table de salon, ou d’appartement considérant la qualité de celui-ci, je me détourne pour regarder ma queue sanguinolente et mon point d’entrée. Cette chose dont je suis faite a attiré la curiosité de l’humaine, je l’ai vu. Cette chose dont je suis faite. Cette magie. Moi.

« Sais-tu pourquoi la culture judéo-chrétienne a fait de l’acte de vendre son âme quelque chose d’horrible ? Parce que les cultes "païens" le pratiquaient souvent. »

D’où les sacrifices humains, pour apporter les âmes d’autrui. Et ceux d’animaux, entre autres choses. Mais lesdites autres choses ne m’intéressent présentement pas. Pas plus que son anneau.

« A Jésus on donne son âme, aux autres on la vend ; comment aurait-il pu faire concurrence, si l’action de vendre n’avait-elle pas été maléfique ? »

En faisant croire que son Dieu exhaussait les prières sans rien de plus qu’une relation platonique, évidemment. Inutile de formuler les choses ainsi, surtout quand ladite relation a tourné comme elle l’a fait ; et n’est probablement pas partagé par l’humaine qui me fait face, sans quoi elle ne pratiquerait d’acte interdit.

« Quel mal y a-t-il à venir me retrouver dans l’Hadès après ta mort ? Tu ne m’as pas l’air de briguer un quelconque Paradis. Ni de préférer le Néant, l’oubli d’inexistence… »

Doucement, je délaisse l’au-delà d’où je viens pour en revenir vers celle qui, je l’escompte, m’y rejoindra.

« Je ne te promets pas les Champs Elysées dans ta prochaine vie. Je peux néanmoins t’apporter la puissance dans celle-ci. »
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MessageSujet: Re: L'heure de l'Appel [Milda Carter] L'heure de l'Appel [Milda Carter] EmptyMer 6 Nov - 14:22

Je faisais des recherches sur la magie, mais c'était difficile de faire le tri entre les interprétations humaines, les pures inventions et la vérité. Anthony m'avait raconté tout ce qu'il savait, mais ça ne me suffisait pas. Il me fallait un angle pour faire partie des initiés. Le monde recelait de possibilités d'améliorer ma vie. Je n'allais pas me contenter des voies humaines. Si une simple soirée en contact avec un être magique ou un sort - je ne m'étais pas fixée sur une réponse - m'avait guérie de ma répulsion des hommes, avoir le contrôle sur ce que la magie affectait dans ma vie me promettait des avancements significatifs. Anthony m'avait dit que différentes créatures pouvaient agir sur le désir des humains, tout comme des sorciers le pouvaient avec leurs capacités ou en utilisant des sorts. Il n'y avait pas de moyen d'être certain de ce qui m'était arrivé, même si c'était incontestablement d'origine magique. Par curiosité, j'aurais aimé comprendre les détails de cette soirée mais, comme je n'avais pas besoin de retenter l'expérience et que je ne craignais pas non plus qu'elle se reproduise, je m'en fichais un peu. J'empochais les avantages et j'avançais.

J'étais tombée sur la déesse Milda durant mes recherches, un peu par hasard. Anthony m'avait mentionné la présence de Vénus en ville et j'avais un peu creusé les dieux de l'amour, notamment après mon ouverture magique au sexe. Milda m'avait vite ennuyée, comme toutes les divinités sur ce thème. On en faisait vite le tour et il ne me servait à rien d'explorer ce type de magie, qui ne m'apporterait ni puissance ni protection.

Ouro disait me trouver douce et paisible. Était-ce un autre test? Personne ne me décrivait de cette manière. On me sortait habituellement que j'étais directe et froide. Et cassante. Petite, on me reprochait même mon manque d'empathie. Ça faisait rire Greta quand je  répondais sèchement à nos parents qui nous disputaient ou quand je demandais à un de nos amis d'arrêter de pleurer pour qu'on puisse reprendre nos jeux. J'avais encore du mal à me montrer patiente quand quelqu'un se montrait ridicule, mais je faisais des efforts, surtout pour les travaux d'équipe à l'université. Je ne m'en sortais pas si mal, je n'avais fait pleurer qu'une seule fille.

Aux yeux d'une créature infernale, j'étais probablement ridicule et mignonne. Je ne représentais rien de dangereux ou de vraiment sombre par rapport aux monstres qu'elle devait côtoyer. Je ne relevai donc pas ses commentaires.

Elle ne toucha même pas la bague et prit un air ennuyé. J'espérais que ça ne signifiait pas qu'elle allait me tuer. Bon, mon objet ne l'intéresse pas. Je le mets dans la poche de mon jean en la fixant pendant qu'elle s'emporte dans ses conclusions sur mon inexpérience. Et sur cette tarée de Callisto.

-Je pense que juste à voir où j'habite, ça donne un bon indice sur mon statut en tant que magicienne, dis-je sur un ton las.

Voilà qu'elle tombait dans les menaces détournées. Une autre créature méchante aurait pu venir et me faire du mal… Et alors? C'était elle qui était devant moi, pas un quelconque autre serpent infernal. Sa tentative pour essayer de me terrifier laissait comprendre qu'elle n'avait pas envie de me tuer si je lui accordais que je préférais l'avoir invoquée plutôt qu'un de ses rivaux.

-Je n'essayais pas d'invoquer qui que ce soit. Je lisais seulement mon grimoire à voix haute. Mais je suis honorée d'être en votre présence, Ouro, même par hasard.

J'avais utilisé le petit surnom qu'elle m'avait dit préférer dans une tentative de l'attendrir. Je n'étais jamais douée pour ce genre de truc. Devais-je lui offrir de lui tresser les cheveux? Écouter de la musique? C'était ce que les filles faisaient dans les films pour montrer leur gentillesse et leur amitié. Je me voyais mal utiliser des clichés humains pour manipuler une divinité ancestrale, mais je devais trouver un moyen de lui faire croire que je l'appréciais. Anthony m'avait dit qu'un des points faibles des dieux était l'adoration. Il s'en était servi pour se rapprocher de Héra.

-Je vous suis reconnaissante de comprendre mon inexpérience et de ne pas me tuer, évidemment.

Je l'écoutai monologuer sur les âmes, sur Jésus et sur la vie après la mort… Elle restait vague, encore une fois, mais je captai le fond de son message: elle voulait acheter mon âme. Elle n'allait donc me tuer que si je refusais fermement. Je n'avais pas du tout envie de lui vendre mon âme. J'avais déjà été esclave, je ne me ferais pas avoir de nouveau.  J'envisageais de devenir une démone ou même une vampire si aucune autre solution ne s'offrait à moi pour éviter de bêtement mourir. Je n'allais pas promettre soumission éternelle à une créature maléfique en échange de quelques petite faveurs. Mais ça, Ouro n'avait pas besoin de le savoir.

-Votre offre est intéressante. Je n'ai effectivement ni puissance ni richesse dans cette vie. Toutefois, je ne suis pas assez informée sur le commerce des âmes pour vous faire une promesse aujourd'hui. Il me faut du temps pour consulter différentes sources avant de m'engager pour l'éternité. J'ai déjà été suffisamment imprudente pour aujourd'hui.

Je m'installai devant elle, sur le sofa, en reprenant mon grimoire pour le poser sur mes cuisses, fermé.

-Je peux évidemment vous dédommager par quelques cultes et sacrifices, dis-je en m'imaginant déjà en train d'éventrer les rats que je croisais dans le corridor de l'immeuble. Et vous assurer que je ne prendrai pas de contrat avec une autre entité que vous.

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MessageSujet: Re: L'heure de l'Appel [Milda Carter] L'heure de l'Appel [Milda Carter] EmptyDim 10 Nov - 13:46

La réaction de Milda a ma comparaison est intéressante. Après un instant de réflexion, sa méfiance croit et sa désapprobation nait. Rien sur quoi elle ne décide de répondre, sans doute plus concernée par mon indifférence envers son objet. Mes changements de visage. La crainte nait sur le sien. Elle ne saurait éclipser la lassitude, même lorsque celle-ci la conduit à désigner les alentours en une énoncée de ce qu’ils disent également. "Un bon indice sur son statut de magicienne", pas forcément. Certains choisiraient des demeures secondaires comme celle-ci pour pratiquer à l’abri des regards, même s’ils n’y vivraient pas. Question de prudence, réflexe que Milda tâche d’avoir sans trop savoir comment. Elle se sent menacée. Elle fait face. Elle parle à nouveau et, cette fois, j’hausse les sourcils de surprise.

« Je n'essayais pas d'invoquer qui que ce soit. Je lisais seulement mon grimoire à voix haute. Mais je suis honorée d'être en votre présence, Ouro, même par hasard. »

Mon sourire ne vient pas de la flatterie mais de l’utilisation d’un surnom qui, je l’espère, me restera. Je ne suis pas regardante sur la manière dont on m’appelle. Nammu et Namma ou Noun, Tiamat ou Tehom, Illouyankas, Tannin et Lotan, Theli, Thuban, le Léviathan ou Léviathan, le Dieu Mortel, la Déesse des Sorcières… l’Ouroboros. Le nom que l’autre choisit est révélateur de son approche de ma personne, même lorsque sa connaissance de celle-ci est limitée. La révélation de Milda m’amuse. Son renfrognement aussi.

Elle m’est reconnaissance de comprendre son inexpérience et de ne pas la tuer, "évidemment". Evidemment, lui répondent mon regard et mes sourcils. J’aime les jeunes sorcières, les apprenties. C’est peut-être mon instinct maternel. Comment leur reprocher de faire une erreur lorsqu’elles ne savent pas qu’elles la font ? Cela serait contreproductif. Une fois averties, en revanche… elles s’aventurent sur un chemin dangereux mais elles le font en connaissance de cause. De plus, la plupart entretiennent une relation d’autant plus régulière avec leur tutélaire qu’elles veulent rester en vie. Un autre avantage pour moi.

Je vois le renfrognement de Milda augmenter à mes explications, sans grande surprise. Sa culture judéo-chrétienne est bien ancrée en elle, malgré tout, et sa condition sociale ne l’empêche pas de considérer que son âme a une grande valeur, que sa vie a une grande valeur, peut-être même que les deux sont liées. Les choses ont la valeur qu’on leur accorde et il fallait faire son possible pour arrêter d’alimenter les autres dieux ; mais, au final, espérer que son âme rejoigne Dieu au paradis n’est pas différent d’espérer qu’elle rejoigne un autre dieu dans un autre endroit. Cependant, Dieu est Bon et les Autres sont Mauvais, n’est-ce pas ?

J’écoute Milda me faire part de ses réflexions, admettant d’abord mes réussites avant d’expliquer leur insuffisance avec une prudence que je ne lui reprocherai pas ; c’est un point positif, pour moi. Elle réclame du temps avant de s’engager "pour l’éternité", voici qui me fait sourire. Elle a "déjà été suffisamment imprudente pour aujourd’hui", j’acquiesce. Elle vient s’installer en face de moi, livre clos sur elle, dans une posture de face à face on ne peut plus traditionnelle.

« Je peux évidemment vous dédommager par quelques cultes et sacrifices. Et vous assurer que je ne prendrai pas de contrat avec une autre entité que vous.

- Une bien plaisante promesse que je scellerai bien par magie. Ma contrepartie ? Que tu puisses m’évoquer à l’envie, notamment en cas de rencontre moins compréhensive que celle-ci.
»

Même si le terme peut paraitre étrange, il est adéquat ; la leçon continue.

« L’invocation, activité primordiale de la magie avec la divination, se divise en trois branches majeures. La convocation, amenant objets, créatures ou énergies soumises au magicien. L’évocation, appelant des entités surnaturelles indépendantes à lui accorder une audience. La téléportation, lui permettant de se convoquer lui-même en d’autres lieux voire que d’autres puissent l’évoquer. Ce n’est que du vocabulaire théorique mais cela donne un indice sur ton statut en tant que magicienne. »

Mon clin d’œil est de connivence. Cela fait quelque temps maintenant que je n’ai pas eu l’occasion d’enseigner à une sorcière. Au lendemain de la Brèche, ou plus exactement dans la décennie qui a suivi, le nombre de nouvelles a énormément décrut ; en cause la perte de transmission de savoirs que permettait la technologie informatique. Heureusement, tout moins vivants et accessibles qu’ils soient, des livres ésotériques existent toujours. Satan a bien misé lorsqu’il a demandé à Asmodée de retrouver les Sceaux de Salomon.

« Evidemment, je suppose que cette histoire de commerce d’âmes, et d’alternatives, t’intéresse plus. La théorie et la pratique, toujours. Evidemment toujours, c’est une bonne idée que tu croises les sources pour vérifier les informations. »

Je marque une brève pause, à mon aise, avant de reprendre.

« Plusieurs autres entités et moi le pratiquons ainsi : nous achetons une âme en échange d’une contrepartie, généralement une capacité magique, et récupérons notre dû à la mort de l’individu. Celui-ci est libre de faire sa vie comme il l’entend du moment qu’il respecte sa promesse ; qu’il ne cherche donc pas à revendre son âme à quelqu’un d’autre. S’il nous trahit… nous récupérons notre dû immédiatement. S’il joue le jeu, il est tranquille pour le restant de son existence. Et s’il souhaite obtenir plus de pouvoir de nous, nous faisons un nouvel accord ensemble. Plusieurs ont cru qu’ils pouvaient faire s’entretuer des entités pour leur âme afin de tirer leurs épingles du jeu. Ne sont-ils pas mignons ? Des entités multimillénaires ne vont pas entrer en guerre pour une seule âme, elles trouveront toujours un accord au détriment de son possesseur ; le seul qu’il est possible de vexer sans prendre le risque d’un conflit significatif. »

Evidemment, certains démons tendent à s’arranger pour que l’âme de leurs contractés leur arrive le plus vite possible, justifiant le fait qu’ils ne sont pas dignes de confiance. Pour ma part, attendre un siècle qu’un investissement magique paie et que j’obtienne l’âme contractée ne me dérange pas. Quelques dizaines d’années ne sont rien pour moi et tout pour mes contractés, c’est donc question de bienfaisance que de les leurs laisser. Et puis si cela se sait que tu es malfaisant envers tes clients, tu les perdras. Ça compte aussi. Bon sens toujours.

« Une alternative, que je ne pratique cependant qu’extrêmement rarement, est le pari. L’entité et l’humain parient quelque chose puis la première confère au second une capacité liée. Si l’entité gagne le pari, l’humain meurt immédiatement et elle récupère son âme. Si l’humain gagne, l’entité lui laisse son âme et la capacité. Cette méthode me déplait car elle me donne un intérêt à ce qu’autrui échoue, or je préfère contribuer à sa réussite. »

L’objectif d’un contrat, à mes yeux, est d’être un échange équivalent. Les deux partis y gagnent. Qu’il s’agisse du contrat social, où l’Etat gagne autorité et l’individu gagne protection, ou d’un pacte magique, où l’entité gagne une âme et l’individu gagne une capacité. Le "quitte ou double" n’est pas conséquent guère intéressant, d’autant que l’entité gagne bien plus souvent que l’individu ; des siècles voire des millénaires d’expérience s’opposant à des années voire des décennies… c’est bien souvent une preuve d’inexpérience que de recourir à cette option. Ou d’orgueil. Même s’il y a parfois des surprises, elles restent minoritaires.

« Une autre alternative, que j’apprécie bien plus, est la prêtrise. En échange de ma tutelle, on devient mon obligé. Cultes et sacrifices sont alors à l’ordre du jour, lesquels peuvent être grandement différent d’une culture à l’autre, ainsi que d’éventuelles missions que je viendrais à confier. Comme tu t’en doutes, si une personne venait à renoncer à ses vœux, elle perdrait les pouvoirs qu’ils lui ont conféré. Les sociétés païennes pratiquaient beaucoup cela, comme tu dois t’en douter. C’est tombé en désuétude avec la persécution monothéiste, l’achat de l’âme devenant plus sûr pour les deux partis, mais c’est revenu depuis les années 70. Néopaganismes… entre autres sociétés ésotériques. »

Je m’arrête là, doucement. Si les énigmes lassent Milda, j’ai une chance sur deux que les explications en fassent autant ; même si je l’espère suffisamment patiente pour accorder l’importance méritée à ce complément de son grimoire. Une fois mon monologue fait, cependant, il n’est rien que je doive faire pour qu’elle y croit. C’est un travail qu’elle fera par elle-même. Je prends donc une inspiration, fixant l’humaine dans le présent tout en imaginant nos possibles futurs collaborations.

« Ceci étant dit, je vais te laisser le soin de consulter tes autres sources. Je me permettrais seulement d’être curieuse quand aux cultes et sacrifices que tu voulais me faire, en dédommagement. Et de savoir si notre accord te convient ou si tu veux le renégocier. »

M’invoquer à l’envie peut sembler plus arrangeant pour moi que pour elle ; chose fausse lorsqu’on connait ma véritable nature mais tel n’est pas le cas de Milda. Après, je ne suis pas forcément contre laisser gouter un peu de mon pouvoir temporairement afin d’obtenir plus par la suite. Je n’aime guère cette technique, très utilisée par les humains, qui prétend être bienveillante alors qu’elle cherche à rendre dépendant. Cependant, je reconnais son efficacité. Combien de croyants des siècles et des millénaires passés suivaient simplement les prêtres au commencement avant de finir par dédier leur âme à la partie des enfers liée à leur(s) divinité(s) ? Même les monothéistes ont gardé ce concept, d’autant plus logique que les hérétiques se vouaient aux enfers de toute façon ; leurs "faux dieux" y résidant. Et, une fois là-bas, c’est effectivement les païens qui s’en sortent le mien. Je dirais bien qu’il vaut mieux être un roi aux enfers qu’un esclave au paradis mais je ne sais pas si beaucoup ont l’occasion d’aller au paradis. En revanche, finir esclave aux enfers…
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L'heure de l'Appel [Milda Carter]

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