AccueilAccueil  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez|

Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage

Peach P. ReaverPeach P. Reaver


Messages : 22
Emploi/loisirs : Directrice et représentante de l'agence Reaver, membre d'une importante association culturelle de NY


Feuille de personnage
Phobie: L'ennui
Ambition secrète:

Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Vide
MessageSujet: Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] EmptyLun 28 Jan - 14:48

La sonnerie interrompt mon monologue. Pourquoi n'habitons-nous pas une dimension où des domestiques s'occupent de répondre à la porte? Je me dirige vers celle-ci en soupirant, nouant la ceinture de mon peignoir de satin noir à fines broderies florales. Qui vient me déranger chez moi alors que j'étais occupée à me répéter à haute voix les défauts de mon mari pour ventiler après sa dernière trahison? J'avais accepté, en apparences, qu'il me rejette une fois de plus, mais je profitais de son absence pour me défouler. Il ne va pas remarquer quelques verres en moins, et la destruction, même à petite échelle, me soulage toujours. De toute manière, s'il fait un commentaire à ce sujet, je ferai l'innocente, comme toujours, et il me fixera avec un air désolé. Je ne me souviens pas de la dernière fois où il ne m'a pas regardée avec tristesse. Au moins, dernièrement, je me console en me disant que je le fais exprès.

Cupidon était parti prendre un repas avec sa mère, m'avait-il dit. Il n'y a rien de mal à ne pas m'inviter, évidemment. Vénus ne m'aime pas et il ne faut surtout pas déplaire à la grande déesse. Même alors que des siècles se sont écoulés depuis les actes qu'elle me reproche et que j'ai posé ceux-ci alors que je n'étais même pas adulte. Et même si elle a essayé de me tuer pour se venger. Je suis entièrement à blâmer et à punir éternellement dans cette situation, et il est hors de question que Cupidon envisage l'idée saugrenue de me défendre!

J'ai de nombreuses fois voulu m'excuser auprès de Vénus, mais elle n'a affiché que fermeture quand Cupidon a essayé de l'amener à me parler. J'ai fini par abandonner, sous les conseils de mon mari. Il a rebâti un semblant de relation avec elle ces dernières années, mais j'ai perdu l'envie de me faire apprécier de ma belle-mère, surtout après avoir découvert tout ce que son fils trafique dans mon dos. J'espère arriver à sauver ma relation avec mon mari sur le long terme, et forcer la réconciliation avec sa mère risque de mal se terminer et me nuire. C'est pourquoi j'ai joué l'innocente, ce soir, quand il m'a dit qu'il préférait aller seul chez sa mère.

Ce n'est pas la première fois que je ne suis pas Cupidon chez Vénus, mais le repas de ce soir revêt une signification spéciale et je ne supporte pas d'en avoir été écartée. Mon mari m'a confié sa nervosité au sujet de la présence de Mars. Cupidon a utilisé son pouvoir guerrier devant sa mère et voilà qu'elle l'invite en même temps que le dieu de la guerre pour une réunion chez elle. Il s'agit vraisemblablement d'une occasion de révéler ce que tout le monde sait déjà. J'ai ma place à cette table en tant qu'épouse du principal concerné, mais je suis traitée comme une étrangère. Et je ne peux rien y faire. D'ailleurs, Cupidon n'a pas tardé à m'ordonner d'oublier notre conversation, magie à l'appui.

Il m'arrive d'avoir du mal à faire le tri entre ce que je suis censée avoir retenu et ce que Cupidon m'a dit d'oublier, et je doute de ses propres facultés dans ce domaine. Au besoin, je joue la carte de la confusion, une tactique qui fonctionne toujours auprès de mon mari, et il me rappelle ce qui lui plaît que je sache. Son pouvoir n'est pas difficile à contourner. Suis-je la seule à en profiter aussi effrontément? Cupidon est imprudent et, s'il sous-estime d'autres gens comme il le fait avec moi, il risque de s'attirer les abus et le ridicule. Et il le mérite, mais là n'est pas la question. J'ai remarqué avec les années son don pour sortir blanc comme neige de tout problème et je ne m'inquiète pas vraiment pour lui, mais il excelle aussi pour en prendre plein la gueule avant de trouver des solutions. Et une partie de moi espère le voir souffrir. Un peu.

Je me redresse davantage en posant mes yeux sur Proserpine à qui je viens d'ouvrir la porte. La plupart des dieux romains sont mes ennemis, par soutien pour Vénus, par dédain pour mon ancienne condition de mortelle ou même parce que leur rejet de ce que je suis leur garantit en retour l'appui des autres divinités dans le cas où la situation entre la déesse de la beauté et moi se reproduisait à leur désavantage. Enfin, je n'ai pas fait de sondage, mais je m'explique leur comportement en toute méfiance après qu'aucun d'entre eux ne m'a offert d'aide quand je les priais. Proserpine est dans une catégorie à part, vivant à l'écart des autres dieux romains dans son propre royaume. Un royaume qui ne s'est pas écroulé avec les siècles, contrairement à l'Olympe. Cupidon m'a vite prévenue de limiter mes contacts avec elle: elle s'est abandonnée très jeune au dieu des Enfers et, depuis, elle est complètement folle. Il reste son ami en souvenir de leur amitié d'enfance. Il est très attaché à ce qu'ils ont eu.

-Cupidon n'est pas là… Oh, j'imagine qu'en fait, tu es là pour savoir comment le joindre puisqu'il doit avoir fermé son téléphone? Il est chez sa mère.

Je ravale que ce repas semble plus important que le monde extérieur et je réalise que je pourrais la laisser parler plutôt que devancer ses intentions.

-Je peux faire quelque chose pour t'aider?

La reine des Enfers est peut-être la distraction qu'il me faut.

_________________
Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Tumblr_mslteaOMCg1rp4duqo4_250Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Tumblr_mslteaOMCg1rp4duqo5_250
All smiles for the camera are fake. [Mokokoma Mokhonoana]
Revenir en haut Aller en bas

Milena P. NerethMilena P. Nereth


Messages : 93
Emploi/loisirs : Psychiatre criminologue / Cueillir des âmes


Feuille de personnage
Phobie: Perdre son royaume aux Enfers
Ambition secrète: S'amuser pour l'éternité ! Mais ce n'est pas un secret...

Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Vide
MessageSujet: Re: Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] EmptyDim 7 Avr - 16:16

Internet n'est pas mon domaine de chasse préféré. J'ai tendance à l'éviter mais, depuis que ce fléau existe, j'y retombe toujours dans mes périodes d'ennui, pour me retrouver au milieu de mortels qui, malgré une vie désespérément courte, s'ennuient autant que moi. Et, à chaque fois, je ne manque pas de m'emballer. Je me donne pour mission de sortir ces pauvres petits êtres de leur misérable quotidien avant d'achever leurs souffrances, car je ne vois pas très bien à quoi ce genre d'existence peut bien mener. Vous me direz, la plupart des existences mènent simplement à la mort. Mais certains parcours sont plus fascinants à suivre que d'autres. Chez les humains, comme chez les dieux d'ailleurs, il existe deux types d'individus : ceux qui trouvent chaque jour une nouvelle invention pour vous étonner, même quand cela consiste à enchaîner les problèmes, et ceux qui restent dans la routine, dans le rien absolu. Ils s'en plaignent mais ne font rien pour avancer. C'est une chose qui m'a toujours laissée dans une profonde interrogation. Se lamenter au sujet de quelque chose qui ne vous convient pas devrait, en toute logique, être un premier pas vers la recherche des solutions. Tout le monde l'apprend en cours de mathématiques de nos jours. Une fois le problème identifié, nous pouvons commencer à le résoudre. Je le répète inlassablement à mes patients. Or, les nombreuses âmes errantes d'Internet parviennent à l'exploit mental surprenant de nommer un problème tout en le niant. Il s'agit, à mon sens, de l'un de plus grand mystère de ce monde moderne. Ma pierre angulaire même, dirais-je ! Car même quand vous avez objectivement un avenir meilleur à leur offrir, quand vous leur tendez la main pour mettre fin à toutes leurs lamentations, ils préfèrent rentrer dans leur coquille et retourner à ce rien, dont ils recommenceront à se plaindre.

En général, j'aimais dire que j'avais du temps à perdre, même pour les causes perdues. Néanmoins, quand le temps que j'avais consacré à une personne s'avérait réellement infructueux, je n'envisageais plus exactement les choses de la même manière. Et si j'en croyais mes chances de « conclure » avec Greg, j'avais donné inutilement de ma patience et fausse compréhension sociale pendant trois mois. Trois mois à l'écouter geindre, à le sentir proche de céder, à me dire chaque jour « cette fois, je vais le ferrer » pour devoir reporter au suivant. J'avais fini par lui accorder une importance anormale, par perdre toutes mes certitudes et même avoir l'impression qu'il menait le jeu à ma place tant ses réactions étaient à côté de tout de ce que je pouvais anticiper. Je crains qu'elles dépendaient de sautes d'humeurs sur lesquelles je ne pouvais pas avoir le moindre contrôle. Ses petits problèmes du moment étaient plus importants que l'attention qu'une femme aussi superbe que moi lui accordait, ce qui était gravement insultant. C'était à croire qu'il ne se rendait pas compte de l'exception que j'étais dans sa vie terne. Même une fille passable l'aurait trouvé trop plat pour s'intéresser à lui. Alors qu'est-ce que ce stupide mortel pouvait trouver à me reprocher ? Je continuais à capturer des âmes, je pouvais avoir une dizaine d'hommes prêts à se sacrifier pour moi par semaine, la résistance de ce minable me tourmentait énormément. Elle était là, comme une erreur dans le système, comme une cicatrice cuisante sur mon beau visage, invisible aux autres, mais dégradante à mes propres yeux. Peu m'importait d'être vénéré par 99,9 % d'insectes si 0,01 % d'entre eux me méprisaient alors que je leur avais naïvement accordé ma gentillesse, ma bienveillance, mon énergie. Leur rébellion n'avait aucune raison d'exister. Elle était une anomalie à corriger, ou à effacer. Je m'étais montrée un peu plus agressive avec Greg en perdant patience. Je lui avais posé un ultimatum, en lui faisant croire que je savais très bien où il habitait et n'hésiterais pas à le rencontrer par mes propres moyens. J'étais obligée de feindre la passion amoureuse pour ce minable, quelle humiliation. Très honnêtement, à ce moment de la relation, je n'étais plus très certaine de parvenir encore à le séduire. Je voulais le contourner et sans doute me venger. Quand j'avais constaté qu'il m'avait bloquée, il devint assez clair dans ma tête que cet être devait finir carbonisé, un peu comme mon téléphone qui n'avait pas survécu à ma mauvaise humeur.

Je pouvais retourner aux Enfers pour localiser Greg avec l'aide des parques mais je préférais éviter ce voyage. Pluton risquait de me voir et de me faire sentir d'autant plus ridicule. Il n'aurait pas manqué de me faire observer que je perdais mon temps, ou de me souligner que je manquais franchement de jugement pour m'être acharnée sur ce triste personnage. Il ne comprenait pas tout à fait ma passion pour les humains, qui ne serait d'ailleurs pas si forte s'il avait autre chose à me proposer que rester déprimer aux Enfers. J'essayais de ne pas m'attarder sur les soucis que j'avais avec mon mari. Je gardais un grand sourire dès qu'il en était question. Mais la fin de l'empire romain l'avait laissé profondément déprimé. C'était la raison pour laquelle je préférais souvent fuir l'ambiance morose – même pour le royaume des morts ! – qu'il diffusait autour de lui. Alors j'avais pensé à Cupidon. C'était sur l'un de ses sites que j'avais rencontré le fameux Greg. Il avait très certainement la possibilité de me donner son adresse. Une fois calmée, je m'étais donc habillée comme si j'allais me présenter à un rendez-vous romantique, car je comptais bien me rendre sur le champ chez mon « prétendant ». Je n'allais pas jouer des prédatrices. Je préférai miser sur une robe fleurie blanche et rose avec un collier d'argent. J'avais mis un bandeau dans mes cheveux que je laissais lâches et ondulés. Je devais avoir l'air à la fois innocente et sophistiqué, l'air d'une gentille demoiselle qu'il était cruel d'avoir laissée tomber. Après avoir trouvé avec joie des boucles d'oreille en argent qui allaient avec mon collier et qui avaient la forme de petites fraises dans ma boîte à bijoux, je m'imaginais avec plaisir comment j'allais le laisser se débattre dans des explications embarrassées sans queue ni tête avant de le faire souffrir jusqu'à ce qu'il m'implore. Je ne savais pas encore si je le tuerais sur le coup ou si je lui mènerais la vie dure pour une plus longue durée. S'il n'aimait pas la manière douce, tant pis, je renonçais à la subtilité. On se fait très bien obéir par la peur et la menace.

Avec un téléphone détruit, il ne m'était plus possible de contacter Cupidon. Sans trop hésiter, j'avais décidé de venir directement chez lui. Demander de l'aide m'ennuyait un peu, mais je ne voyais pas d'inconvénient à lui rendre service en retour s'il me le demandait. Alors, je pouvais bien faire une exception. Mais, malheureusement, Cupidon était indisponible. Psyché m'ouvrit pour m'apprendre qu'il était chez Vénus. Pour cette fois, je me gardais une critique, même mental. A chacun ses combats inutiles, disons.

– Mon téléphone a fondu, je n'en savais rien, dis-je simplement.

Tant pis, au fond, je pouvais attendre. Greg n'allait pas disparaître. Je pouvais me venger un autre jour. Mais aurais-je la même colère pour agir ? Je risquais de changer d'avis, de l'estimer inutile et de passer à autre chose. Je regrettais souvent ma capacité à prendre du recul dès qu'un événement passait la nuit de sommeil. Souvent, les actes étaient une question de bon timing. On regrettait de ne pas avoir agi ensuite mais une fois le moment passé, il n'était plus possible de revenir en arrière, même pour une vengeance. En tout cas, c'était ce que me disait mon cerveau sans vouloir en démordre. Donc, quand elle se montra prête à m'aider, mon regard un peu dépité s'illumina à nouveau. Et pourquoi pas, après tout ? Cupidon ou une autre, peu m'importait, je voulais juste une adresse et elle avait peut être les compétences pour me la fournir. Je m'étais préparée à avoir quelques questions gênantes de la part de Cupidon. Alors, même si je n'étais pas familière du caractère de Psyché, je pouvais bien aussi affronter ce moment avec elle.

– C'est possible… J'ai besoin de l'adresse d'un de vos clients. Pourras-tu me la fournir. J'ai peut-être mis en danger le secret de notre existence...

J'avais préparé à la hâte un mensonge pour obtenir ce que je voulais plus facilement, et l'air gêné qui allait avec. Je me fichais d'avoir l'air maladroite, surtout devant Cupidon. Au contraire, il serait ravi de pouvoir m'aider en constatant que je n'étais pas aussi parfaite que je le « prétendais ». Pour Psyché, je n'en savais trop rien. Je tentais. Ce serait dans tous les cas toujours plus efficace et moins humiliant que dire que j'avais besoin de l'adresse d'un type qui m'avait bloqué et que j'envisageais de torturer pour calmer ma frustration personnelle.

_________________
Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Ban_pe10
Aime-moi, Tue pour moi, Meurs pour moi.

Spoiler:
 


Dernière édition par Milena P. Nereth le Mar 3 Sep - 4:45, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas

Peach P. ReaverPeach P. Reaver


Messages : 22
Emploi/loisirs : Directrice et représentante de l'agence Reaver, membre d'une importante association culturelle de NY


Feuille de personnage
Phobie: L'ennui
Ambition secrète:

Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Vide
MessageSujet: Re: Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] EmptyMar 28 Mai - 17:21

Plus que de la vie de Cupidon, c'est des autres dieux que je ne supporte pas d'être écartée. Je sens depuis toujours leur snobisme. Les dieux romains font semblant de prendre ma déification par Jupiter au sérieux, mais ils restent à distance et passent presque toujours par mon mari s'ils doivent me contacter. En des siècles parmi eux, je ne me suis fait aucun ami, que ce soit en essayant gentiment de socialiser ou en confrontant ceux qui affichaient plus directement leur mépris. Je suis encore considérée comme une enfant. Même Cupidon, qui m'a de nombreuses fois assommée de longues explications sur les défauts de tous les autres dieux, passait du temps en la compagnie de ses semblables pendant que je devais attendre son retour. Fréquenter les humains m'était interdit. Je n'ai pas reçu d'avertissement officiel, mais mon mari m'a vite fait comprendre que mon immortalité, et même ma survie, dépendaient de mon intégration à la communauté divine. Maintenant que tous les dieux sont forcés de vivre parmi les humains, je ne risque plus rien.

La plupart des dieux grecs m'ignorent avec la même application que mes semblables, par transfert de haine pour leur propre Psyché ou parce qu'eux aussi dédaignent mes origines mortelles. Les divinités des autres mythologies me traitent un peu mieux. Vivre avec les créatures et les humains plutôt que sur l'Olympe me permet aussi des relations moins stressantes. Les mortels ici ne savent habituellement pas qui je suis. Je pars de zéro, ce qui est beaucoup plus élevé qu'avec les dieux.

Je n'ai tout de même pas beaucoup d'amis proches. Il n'y a qu'avec Thot que je me retrouve régulièrement seul à seule. Son détachement et sa vision du monde hors normes me permettent une liberté que je n'ai pas trouvée en compagnie d'autres personnes. Je vois mes autres amis lors de soirées ou dans des lieux publics. Je suis plus à l'aise en petit groupe; il y a toujours quelqu'un pour combler les trous dans les conversations ou pour changer un sujet gênant avant que l'ambiance se gâche. Je préfère ne pas avoir la responsabilité de divertir une autre personne toute seule et de forcer la complicité. Je ne sais jamais si j'en dis trop ou pas assez et, même si je choisis les informations que je révèle, je crains toujours le commentaire qui sera mal interprété. Ces dernières années, j'ai gagné davantage d'expérience en socialisation qu'auprès des dieux romains en plusieurs siècles.

L'ampleur de ma nouvelle liberté me distrait des humeurs de Cupidon. J'ai accepté beaucoup de ses crises au nom de notre mariage et - j'ai commencé dernièrement à le réaliser - par manque d'options. Mon mari m'a recueillie à l'adolescence. Abandonnée par ma famille, sans amis et n'ayant jamais eu d'amant, j'avais profité de son intérêt pour moi pour m'assurer ce que je croyais être un avenir doré. Notre union m'a permis d'obtenir le statut de déesse, mais je n'ai jamais eu les mêmes droits que les autres divinités, ni les mêmes possibilités. New York me sert de tremplin pour explorer la vie en dehors de mon mari et je touche enfin l'autonomie qu'on m'a refusée toute ma vie. Je multiplie donc les projets, les sorties et les rencontres. Je vogue à toute allure d'une obsession à une autre parce que les ralentissements me terrifient: je ne veux pas revenir à l'inertie de ma vie à l'Olympe.

Découvrir que Cupidon me manipule magiquement m'a secouée. Je me suis habituée à vivre notre relation lentement, et je me donne du temps pour trouver comment gérer la situation. Mais la brûlure ne guérit pas. Quand que je sais que mon mari se sert de son pouvoir, quand qu'il me traite de haut et même quand j'échoue à refouler mes pensées à ce sujet, je coule dans la rage et les questionnements. Moins je le vois, mieux je me sens… Et pourtant, dès que j'en ai l'occasion, je lui laisse des chances de me prouver que notre relation peut évoluer positivement. Chaque fois, comme ce soir, il me déçoit et je me laisse submerger par la colère une fois libérée de sa présence.

La visite inattendue de Proserpine, même si elle ne m'est pas destinée, se présente comme une occasion de détourner mon esprit de la plus récente insulte de Cupidon.

-Oh, dommage pour ton téléphone. J'ai tendance à casser les miens aussi, dis-je avec un rire que je veux léger.

Je reste silencieuse quelques secondes après la révélation de Proserpine et je lui fais signe d'entrer. Qu'a-t-elle pu faire de si grave? Beaucoup de mortels connaissent notre existence et certains nous menacent, mais ils ne disposent pas de moyens de convaincre la population. Enfin, sauf ce regroupement de pirates informatiques éliminé par le gouvernement Wilde. Je suis au courant de cette affaire de la même manière que je sais que Héra n'a pas couché avec le soi-disant frère de son mari: les gens ne savent pas bien garder les secrets.

-Tu veux quelque chose à boire?

Je laisse Proserpine au salon, devant mon ordinateur, que j'ai déposé sur la table basse et ouvert. Je profite de son lent démarrage pour aller chercher à boire. De toute manière, je ne suis pas vraiment pressée d'aider les dieux à se sentir plus en sécurité. À la cuisine, je remarque des morceaux de vitre au sol et me souviens que j'étais en train de casser des verres à l'arrivée de mon invitée. Je n'ai pas le temps de les jeter, tant pis. Je reviens au salon, m'installe dans le sofa face à Proserpine avec mon ordinateur. J'entre le mot de passe et je lance le programme de l'agence.

-Ça va lui prendre un moment. Qu'est-ce qui s'est passé?

_________________
Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Tumblr_mslteaOMCg1rp4duqo4_250Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Tumblr_mslteaOMCg1rp4duqo5_250
All smiles for the camera are fake. [Mokokoma Mokhonoana]
Revenir en haut Aller en bas

Milena P. NerethMilena P. Nereth


Messages : 93
Emploi/loisirs : Psychiatre criminologue / Cueillir des âmes


Feuille de personnage
Phobie: Perdre son royaume aux Enfers
Ambition secrète: S'amuser pour l'éternité ! Mais ce n'est pas un secret...

Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Vide
MessageSujet: Re: Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] EmptyMar 3 Sep - 5:48

Elle profite de mes problèmes de téléphone pour instaurer un début de complicité entre nous. Il n'y a jamais de mal à admettre ses faiblesses, à se montrer maladroit, les gens aiment se savoir en position de supériorité. Ils vous font croire que ce n'est rien en prétendant qu'ils ne valent pas mieux que vous, en riant, mais il n'en est rien. En réalité, ils sont soulagés de vous trouver ridicule, de penser qu'ils pourront avoir l'ascendant et le contrôle sur vous. Je sais comment les choses fonctionnent, j'ai passé des millénaires à l'étudier, à l'appliquer, souvent dans l'espoir d'être détrompée. Mais, je vais vous dire un secret. Depuis la nuit des temps, depuis que la pensée structurée existe, rien n'a changée. Comme n'importe quelle science ancienne, elle s'est figée. Je souris donc à Psyché d'un air vaguement embarrassé. J'ignore si elle sera prête à m'aider. Elle n'est pas une déesse officielle après tout, elle n'aura peut-être pas la même sensibilité aux arguments que j'avais prévu de présenter à Cupidon. Je n'avais pas de problème à paraître un peu idiote face à lui. Mais parviendrais-je à mes fins avec elle ? Je connaissais Psyché de ce qu'on avait pu m'en dire. De ce que Cupidon avait pu m'en dire. Il y avait trop longtemps que je m'étais détournée des affaires de la plupart des dieux romains et que je n'avais pas une foi immense dans les avis de Christian Reaver. Son épouse était donc une donnée quasi inconnue, qui laissait s'ouvrir une importante marge d'erreur. Il serait stupide d'envenimer la situation, de risquer ma réputation divine pour une petite affaire que seule moi connaissait actuellement. Comme elle me proposa quelque chose à boire en me laissant rentrer, je songeai que ça ne pouvait pas faire de mal à mes réflexions confuses du moment.

– Volontiers, tout ce que tu voudras tant que c'est alcoolisé.

Psyché me propose de m'installer dans son salon. Elle me prouve sa bonne volonté en allumant son ordinateur avant d'aller me servir à boire. Le lancement du processeur est étonnement long. Je les aurais pensé mieux équipés que cela, mais je me garde la réflexion à son retour. Ce n'est pas le moment d'avoir l'air désagréable. Il n'y a rien de pire qu'un invité qui se permet de tout critiquer à peine les deux pieds passés dans l'entrée. Je remercie mon hôte pour le verre avec un sourire que je sais figé, mais qui, sans calcul, convient très bien à l'expression naturelle de la gêne entre deux inconnues qui ne s'attendaient pas à devoir passer un moment plutôt intime ensemble. Et, vient la question épineuse, tandis que la maudite machine peine à se lancer et à offrir une coupure nette à la discussion. Je réfléchis rapidement à la meilleure manière de présenter les choses. Puisque je sais peu de choses la concernant, je ne lui présenterais certainement pas une situation qui pourrait faire peser tous les torts sur moi. Je passe une main dans mes cheveux, lève les yeux au ciel, soupire avec une pointe d'agacement avant de prendre une gorgée de ma boisson.

– Il se passe que nous aurions sans doutes quelques points à revoir aux Enfers, notamment pour ce qui est des intrusions non-annoncée dans la vie privée. J'ai laissé un passage vers les limbes dans mon appartement afin qu'il soit possible de me trouver en cas d'urgence. Et… Disons qu'un humain qui me voyait à la caméra a vu surgir quelque chose qui ne devrait pas être permis de voir et qui l'a sans doute très perturbé. Je ne pense pas qu'un enregistrement existe, mais il serait plus prudent de le vérifier. Je n'ai pas eu le temps d'obtenir son adresse, et je ne veux pas de problèmes, ni vous en causer. Je promets de tout régler rapidement.

Je me mordille légèrement l'intérieur de la lèvre inférieure en tournant mon verre dans mes mains nerveusement. Le jeu d'acteur n'a jamais été mon fort, mais je sais utiliser les situations à mon avantage en adaptant mon discours. Je ressens de la colère, de la frustration, de la crainte, de l'embarras. Tout est authentique, à part les explications. C'est donc réel. Et je serais à l'aise avec n'importe quelle explication qui sera en accord avec ce qui anime mon corps. J'espère que Psyché saisira l'urgence du problème et ne cherchera pas à travailler la question plus loin. Elle doit bien savoir, comme moi, que les dieux ne sont pas d'une grande tolérance, et qu'un incident qui a pu arriver par leur site les rendrait tout autant coupable que moi à leurs yeux, notamment parce que la faute serait trop belle pour tous les autres rivaux de notre panthéon.

_________________
Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Ban_pe10
Aime-moi, Tue pour moi, Meurs pour moi.

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas

Peach P. ReaverPeach P. Reaver


Messages : 22
Emploi/loisirs : Directrice et représentante de l'agence Reaver, membre d'une importante association culturelle de NY


Feuille de personnage
Phobie: L'ennui
Ambition secrète:

Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Vide
MessageSujet: Re: Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] EmptyMar 1 Oct - 18:47

Mon existence en tant que déesse est un affront au statut de divinité. J'aurais pu le comprendre sans qu'on me le rappelle constamment par des petites piques, des attaques directes et le rejet. Il est quand même ironique qu'après avoir insulté Vénus en lui volant ses fidèles en étant mortelle, j'aie intégré le panthéon romain et récolté mes propres fidèles. Je n'avais pas eu beaucoup d'efforts à faire: ma réputation de naïve, jolie et pure jeune fille m'attirait la sympathie des humains. Je m'en sers encore aujourd'hui sous mon identité de Peach Reaver. Je laisse les gens croire que mon mari gère l'entreprise plus sévèrement que moi et que je ne veux que le bien de tous. Cupidon ne me pose pas vraiment de limites: il est trop occupé à voleter d'un employé à un autre pour quêter de l'attention pour remarquer mes stratégies. J'ai essayé d'aborder le sujet quelques fois avec lui, mais il se ferme toujours quand je veux m'exprimer sur un sujet qui ne le met pas en valeur.

Je conclus souvent des contrats en faisant croire à nos nouveaux associés que j'ai fait de gros efforts pour leur obtenir des avantages et que j'aurais voulu faire plus. Ils sont mignons: ils me croient! Comme si j'en avais quelque chose à faire des gains d'inconnus. C'est fou ce qu'un beau sourire et une robe pastel peuvent avoir comme effet sur les hommes. Avec les femmes, j'essaie d'imposer une sorte de complicité, mais je me perds plus facilement dans ce qui est attendu de moi. En moyenne, je me rattrape avec humour ou en feignant la naïveté. Plus que l'argent, c'est la suite de réussites de mon entreprise qui me motive. Après des siècles à m'ennuyer parmi les dieux et au-dessus de fidèles niais, je profite de ma liberté et des portes que je peux ouvrir.

Cupidon m'a tout dit sur Proserpine. Enfin… il m'en a parlé tellement souvent que j'espère qu'il n'a rien oublié. Son intérêt à peine caché pour elle n'a jamais arrêté de me blesser, et je ne sais toujours pas s'il l'a fait exprès toutes les fois où il a souligné nos différences ou s'il est juste subjugué par elle. Il la décrit comme insondable et bizarre, mais son affection pour elle ne meurt pas avec les siècles. Contrairement à celle qu'il a eue pour moi.

J'ai menti à propos de la durée de mise en marche du programme de l'agence parce que je veux laisser à Proserpine le temps de m'expliquer la situation. Elle est venue pour une solution et je n'ai pas envie de la lui offrir gratuitement. Vu la soi-disant urgence de la situation, elle risque de partir avec l'information sans me donner de détails.

-Oh, oui, c'est très gênant, dis-je en soupirant.

Est-il possible de faire tenir un royaume aussi imposant aux Enfers en manquant à ce point de vision? Un seul humain qui vu un truc surnaturel n'a rien de menaçant. Et même si un enregistrement existe, avec toutes les possibilités technologiques modernes, il est possible de créer des vidéos avec des effets spéciaux impressionnants. Les humains fabriquaient des images et des vidéos sur la magie avant l'arrivée des dieux, ils ne vont pas arrêter maintenant, et ça n'inquiète et n'intéresse qu'une poignée de gens. Ce n'est pas un vrai danger.

Je prends les informations de l'humain et les entre dans l'ordinateur pour accéder à son dossier en gardant une expression neutre.

Proserpine me ment probablement. Et j'ai envie de découvrir ce qu'elle me cache. Son explication fait du sens à première vue, mais manque de cohérence quand on se penche sur son statut de déesse infernale. Elle devrait avoir le recul nécessaire pour juger cette situation insignifiante. D'un autre côté, beaucoup de divinités manquent cruellement de discernement dès qu'ils rencontrent une difficulté imprévue. Si Proserpine est seulement à moitié aussi folle que Cupidon me l'a décrite, cette situation peut la faire paniquer. Elle craint peut-être aussi d'être mal vue par les autres dieux en ayant commis une erreur.

-J'ai envoyé les informations sur mon téléphone. Comme l'erreur provient de mon entreprise, c'est aussi ma responsabilité.

Si Proserpine s'en fait réellement au sujet de son erreur, elle appréciera un peu de soutien et un partage des responsabilités. Je n'ai rien à perdre à l'aider, de toute manière. Ma réputation est déjà au plus bas parmi les dieux, et prendre le blâme pour une erreur de ce genre ne ferait que contribuer à mon image de belle écervelée.

-Finis ton verre, je vais m'habiller, dis-je avec un sourire gentil.

Je ferme l'ordinateur et je la laisse pour aller m'habiller. J'enfile rapidement un t-shirt moulant bleu à rayures horizontales ton sur ton et une jupe midi noire avec un petit corsage à la taille.

-J'ai appelé un taxi en m'habillant.

_________________
Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Tumblr_mslteaOMCg1rp4duqo4_250Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Tumblr_mslteaOMCg1rp4duqo5_250
All smiles for the camera are fake. [Mokokoma Mokhonoana]
Revenir en haut Aller en bas

Milena P. NerethMilena P. Nereth


Messages : 93
Emploi/loisirs : Psychiatre criminologue / Cueillir des âmes


Feuille de personnage
Phobie: Perdre son royaume aux Enfers
Ambition secrète: S'amuser pour l'éternité ! Mais ce n'est pas un secret...

Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Vide
MessageSujet: Re: Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] EmptyLun 14 Oct - 17:46

Psyché ne semble pas exactement décidée à me donner l'information que je lui réclame. Si elle commence tout d'abord par lancer une recherche sur son ordinateur, elle déclare avoir tout mis sur son téléphone car l'affaire relève aussi de sa responsabilité. Que s'imagine donc cette petite idiote ? Je suis trop consternée pour avoir autre chose qu'un regard neutre, mais une forte contrariété s'élève en moi. Le aurais-je bien malencontreusement donné l'impression qu'elle pouvait se donner de l'importance en se mêlant de mon histoire ? L'idée de me savoir à sa merci la faisait-elle jubiler intérieurement ? C'était ennuyeux. Mais elle s'ennuyait certainement et, mon malheur semblait une occasion pour elle se faire un tour en ville. Une autre possibilité était qu'elle refusait de me voir partir si vite avant de me faire entrer. Si elle manquait d'animation sociale pour sa soirée, je représentais une distraction désespérée. Dans tous les cas, il allait être compliquée de la faire renoncer à son projet. J'essayai quand même un timide :

– Tu sais, nous n'aurons pas besoin d'être deux, ce sera rapide et peu intéressant…

Mais elle rabattit l'écran de son ordinateur et disparut dans sa chambre pour s'apprêter. J'étais mal. J'avalai mon verre d'un coup et m'en servit un deuxième. Sans m'aider à réfléchir, l'alcool allait certainement m'aider à considérer la situation avec moins de gravité et, donc, d'improviser plus naturellement. Après tout, je ne pouvais pas revenir sur ce qui avait été dit. Je ne pouvais pas non plus l'arrêter en lui avouant la vérité, ce serait tomber plus en avant dans le ridicule que j'avais tout fait pour éviter. Une chose était certaine dans mon esprit : elle ne saurait rien de mes véritables motivations. Le reste suivrait. Le reste suivait toujours quand j'étais résolue à dissimuler quelque chose qui risquait de nuire à mon image.
Quand je la vis aussi bien habillée que moi, un sourire s'étala sur mes lèvres. Oui, elle voulait s'amuser ou elle ne voulait pas dénoter avec ma tenue.

– Je crains que ton client ait quelques difficultés à croire à une visite procédurière… Tu bois avec moi ?

Je me lève en emportant la bouteille et en la lui tendant. J'ignore les opinions et les limites morales de Psyché. Dois-je l'avertir que l'humain chez lequel nous nous rendons risque de ne pas survivre à la rencontre ? Je n'ose encore rien dire. Tant que je le tue, ça me va. Elle pourrait avoir des objections et chercher à m'en dissuader. Mais, si elle ne s'y attend pas, elle n'aura pas le temps de m'empêcher d'agir et de le carboniser sur place, surtout si l'alcool diminue sa réactivité.

*

Pendant le trajet, je lui parle sur un ton léger de l'humain chez lequel nous allons, en me moquant allègrement de lui, de sa personnalité vide, de sa petite vie minable, en lui faisant par cependant de mon incompréhension à l'égard de ces humains qui gâchent leur courte existence en se rêvant quelqu'un d'autre derrière un ordinateur. Je dis ce qui me passe par la tête. J'occupe l'espace. Le taxi-man essaye de s'impliquer dans la discussion de deux jeunes femmes un peu délurées. Je lui laisse la possibilité de participer parfois, pour nous dire combien il trouve aussi tous ces hommes décevants et nous faire certainement comprendre qu'il vaut mieux. Je donne l'impression d'être tout à fait insouciante et à l'aise et, je le suis, en partie. J'ai déjà réfléchi à ce que j'allais faire sur place.

*

Je laisse mon numéro à notre conducteur (une âme volontaire est toujours bienvenue) et je jette la bouteille vide dans la première poubelle qui passe. Nous montons jusqu'à l'appartement de Greg. Je demande à Psyché de me laisser parler d'abord, puisqu'il me connaît en l'avertissant que nous serons sans doute rapidement fixées à sa réaction. « S'il est terrifié, il se trahira de lui-même. »
Il ouvre et, effectivement, le malaise passe sur son visage. Il a même un mouvement de recul. J'y étais préparée, mais ça reste vexant. Je lui fait pourtant un grand sourire.

– Bonsoir, Greg, tu me reconnais ?
– Qu'est-ce que tu fais là ? Comment tu…
– J'ai perdu contact avec toi après… Un très regrettable incident… Tu m'as eu l'air comme apeuré…
– Non je… Je ne vois pas de quoi tu veux parler… Il n'y a aucun problème… Vraiment.

Même si sa réaction lâche de déni m'arrangeait bien et était prévisible, elle m'agace profondément. Est-il possible d'être aussi misérable ? Je ne cesserais de me le demander à chaque individu dans son genre que je rencontre, et pourtant, cette engeance est très représentée dans l'espèce humaine. Un peu trop même. Je feins d'ignorer son malaise. Puisqu'il nie, prenons le au mot ! Laissons le s'enfoncer dans ses mensonges. Je reprends mon air le plus jovial pour m'exclamer :

– Oh, donc tu es content de me voir ? – J'avance chez lui en le forçant à s'écarter. – Je voulais justement te présenter à une amie à moi, elle s'appelle Peach, c'est la directrice du site sur lequel nous nous sommes rencontrés. Incroyable n'est-ce pas ? Elle connaît tous tes petits secrets. – Là, mon regard devient plus sournois. – Que pourrais-tu nous apprendre sur Greg, Peach ? Je crois qu'il ne nous croit pas…

Après tout, la présence de Peach peut me permettre de me lancer dans une torture un peu plus élaborée que celle prévue. Il serait dommage de s'en priver. Si elle veut participer, j'ai un rôle pour elle. Je suis sûre qu'un individu si piteux que Greg doit avoir de sacrées casseroles derrière lui, des choses qu'il n'aimerait pas savoir exposées, surtout par deux femmes, dont une qui l'a séduit et devant laquelle il a fui. Je fais le tour de son petit appartement. Ce n'est pas le grand luxe, c'est assez impersonnel, aussi triste que l'individu qui l'habite. Sans me gêner, je commence à ouvrir le frigo, je trouve des bières et en prends trois.

– Tu nous offriras bien à boire j'espère ? – Je donne une bouteille à Psyché et une autre à Greg. – Tiens, je pense que tu en auras besoin.

Je m'installe jambe croisée sur le canapé, et attend que Psyché nous fasse un récapitulatif de ses recherches. Et si elle me demande pourquoi cette réaction, je dirais que rien ne m'agace plus qu'un humain qui pense s'en tirer par un mensonge évident.

_________________
Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Ban_pe10
Aime-moi, Tue pour moi, Meurs pour moi.

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé




Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Vide
MessageSujet: Re: Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine] Empty

Revenir en haut Aller en bas

Briser de la vaisselle et réparer des pots cassés [Proserpine]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Les Dieux de New York :: Ville de New York :: Quartier Helheim :: Appartement, condos et lofts :: Condo de Christian C. et Peach P. Reaver-