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Un dernier verre avant de rentrer

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Feuille de personnage
Phobie: Devoir renoncer à ses valeurs
Ambition secrète: Offrir un bout du monde au peuple des forêts

Un dernier verre avant de rentrer Vide
MessageSujet: Un dernier verre avant de rentrer Un dernier verre avant de rentrer EmptySam 29 Déc - 10:44

Détenir les clés de la ville n'avait pas changé les habitudes de Merwyn. Loin de s'éloigner du peuple, cette responsabilité nouvelle l'incitait même à s'en rapprocher. Certains disaient qu'un bon dirigeant savait se faire respecter. Lui considérait plutôt qu'un bon chef savait se faire aimer. Et nous aimons réellement celui qui nous ressemble, et peut, par conséquent, nous comprendre. Sa position au sommet pouvait laisser à penser qu'il était une personne déconnectée des réalités de la vie ordinaire. Il redoublait donc d'énergie pour convaincre les gens du contraire. C'était un devoir, mais aussi un plaisir qu'il s'octroyait dès qu'il quittait ses bureaux. Il n'était pas rare de le rencontrer dans les petits commerces, restaurants et cafés aux alentours du quartier des affaires à l'heure de la pause repas. Il s'intéressait à toutes les enseignes qui ouvraient, aimait se tenir informé de l'évolution des initiatives de chacun, en privilégiant celles des créatures magiques évidemment, mais il lui arrivait de leur faire des infidélités avec les humains. Il savait apprécier un travail de qualité, une capacité au labeur admirable et la beauté d'un esprit passionné par son activité. L'un de ses restaurant préféré était d'ailleurs tenu par des humains. Il s'y rendait au moins une fois par semaine et le faisait découvrir à des collaborateurs dès qu'il en avait l'occasion.

Le soir, il ne rentrait jamais directement chez lui. Merwyn avait aussi ses pubs fétiches. Il aimait s'installer au comptoir avec une bière fraîche pour prendre des nouvelles du barman, écouter tranquillement les conversations autour de lui, discuter avec les habitués de passage. Tous étaient des personnages à part entière, avec leurs petits surnoms, leurs drames du quotidien ou leur bonne humeur pleine de simplicité. Se faire tenir la jambe par des piliers de bar ne le dérangeait absolument pas, au contraire, il les trouvait distrayants. Tragiquement distrayants, et donc attachants à leur manière. C'étaient de braves gars, ou femmes, qui cherchaient un peu de chaleur et de compréhension dans leur vie sans grande ambition, ou traversée d'échecs. Tous n'étaient pas misérables à se rouler par terre, mais on se doutait bien qu'ils ne viendraient pas chaque soir au bar s'ils ne cachaient pas quelques blessures internes, sur lesquelles ils finissaient par s'épandre après un verre ou deux, quand la conversation ne tournait pas en débats politiques enflammés. Merwyn ne se mêlait pas directement aux groupes. Il se faisait régulièrement intégrer à la bande sans jamais quitter son tabouret fétiche. Puisqu'il était le maire, on finissait pas l'interpeller. Son opinion avait son importance, qu'elle entre dans son domaine de spécialisation ou non. On pouvait tout aussi bien l'interroger sur les choix économiques de la ville que lui demander s'il trouvait untel trop sévère avec l'attitude de sa dernière copine. Et peu importait sa réponse, il était très rare qu'on lui donnât tort. Qui oserait se dresser contre le maire d'une aussi grande citée ? Il devait forcément incarner la sagesse et, surtout, il était bien plus intéressant de s'en faire un ami que de le contrarier. Les gens étaient comme de petits animaux qui grognaient à distance contre un ennemi plus fort, mais qui montraient le ventre dès qu'il s'approchait. Certains individus cherchaient parfois à en découdre, bien entendu. Mais ils n'étaient jamais agressifs très longtemps devant le sourire agréable de Merwyn et ses mots apaisants, même quand il n'y pensait pas un seul mot. Et puis, sa présence signifiait souvent l'offre d'une tournée. Alors comment ne pas l'apprécier ?

Parfois, il devait aussi composer avec les admirateurs zélés, notamment les femmes qui auraient bien pris la place de sa compagne, ou même celle de maîtresse. Mais Merwyn ne donnait pas dans ce genre de corruption, bien qu'il ne se montrât pas décourageant pour autant. N'importe qui avait discuté une fois au demi-faune était convaincu de s'être lié d'amitié avec, de l'avoir intéressé entre tous les autres, pour un peu qu'il souhaitait s'en convaincre. Son pouvoir de séduction tranquille couplé à son tempérament étaient diablement efficaces. Qui désirait de l'attention en recevait autant qu'il le désirait, mais les sentiments profonds de Merwyn restaient impénétrables. Il existait entre lui et les autres une barrière tacite que personne n'osait réellement franchir. Il fallait se contenter de ce qu'il voulait bien offrir, car c'était déjà quelque chose. Tout n'était pas toujours parfait, il avait ses questionnements, ses doutes aussi, mais il estimait que s'attarder sur les problèmes ne faisait que les aggraver. Et qu'avec de la bonne volonté, une capacité à aller de l'avant, tout finissait toujours par s'arranger. Alors, il ne voulait rien compliquer, juste faire ce qui lui plaisait pour éviter ce qui allait moins bien. Se pencher sur les malheurs des autres était d'ailleurs un excellent moyen de juger ses petits problèmes aussi ridicules que secondaires. Etait-il toujours heureux de rentrer chez lui ? Préférait-il raconter sa journée à une inconnue plutôt qu'à Nichole ? Il l'ignorait. Ou, plutôt, il considérait qu'il pouvait bien s'accorder un peu de nouveauté s'il en ressentait l'envie. Après tout, il ne faisait rien de répréhensible. Et, ce soir comme à son habitude, il se tenait au bar. Le patron venait de recevoir une nouvelle bière et s'était empressé de la lui servir pour lui demander son avis.

– J'attends toujours la cuvée spéciale de notre maire ! avait-il ensuite lancé comme s'il s'agissait d'une bonne plaisanterie.
– J'espère vous la proposer au printemps, répondit-il très sérieusement. Mais ça devra rester entre nous et les clients du bar, ce n'est qu'une petite production vous savez.

Merwyn aimait depuis toujours l'idée de vivre de ses propres productions. Même à temps plein dans la politique, il prenait le temps de faire les choses par lui-même, comme élaborer ses propres bières en recherchant des saveurs inédites et intéressantes. Il avait fini par parler de son activité au patron qui avait tout de suite été enthousiaste même s'il avait affirmé ne pas vouloir en faire un commerce. Chose qui était plus ou moins honnête. Il tâtait le terrain sans en avoir l'air. Entre la bière et ses pouvoirs autour des plantes, il avait bien des choses à élaborer pour faire d'un petit projet quelque chose de plus stratégique et sournois, mais il ne voulait rien précipiter. Il tenait juste à garder plusieurs coups d'avance. Si ses boissons plaisaient au point d'être commercialisées, ce qui était prévu, qu'il perde son statut de maire ne serait pas « grave » et, en cas de besoin, il pourrait changer les composants de toute sa production. Il savait que des êtres plus puissants l'avaient à l’œil et lui laissaient le pouvoir simplement parce qu'il semblait sympathique et inoffensif.

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L'espèce humaine est dangereuse
Elle aimerait bien lui faire la peau.


Dernière édition par Merwyn Caerwyn le Ven 21 Juin - 4:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un dernier verre avant de rentrer Un dernier verre avant de rentrer EmptyJeu 18 Avr - 18:13

Je m'habituais à ma nouvelle existence, ma fusion avec Millicent m'aidant à contourner les obstacles. Les têtes importantes de son peuple se mêlaient régulièrement de ce qui ne les regardait pas et je trouvais toujours comment faire taire leurs soupçons grâce à ce que j'avais gardé de la personnalité de la felidae. Le temps que je passais avec Melany Crowley, héritière d'une famille puissante de notre espèce, avait attiré l'attention de sa tante. Mon amie m'avait précisé que Mme Crowley ne se liait à personne avec des intentions positives et je me montrais particulièrement prudente quand elle me forçait à discuter avec elle lors d'événements moindains. Son mari et le père de Melany me mettaient aussi mal à l'aise, même si je ne le laissais pas paraître, le premier par son attitude irréprochable sous tous les angles et le second par son regard flou. Heureusement, j'avais aussi rencontré des felidae agréables à côtoyer et mon métier me permettait des contacts avec les humains et les autres espèces.

Katherine Salander ne me manquait pas du tout. Me séparer d'elle m'avait libérée, comme quelques fois par le passé avec d'autres identités.  À distance, je voyais mieux ce qui était resté d'elle et que j'avais assimilé malgré moi quand j'habitais son corps. J'avais d'abord remarqué son impatience, qui m'avait aveuglée à son égoïsme, son manque d'empathie et sa superficialité. Je me sentais bizarrement plus réelle en tant que vedette de la télévision devant toujours se montrer sous son meilleur jour qu'en petite artiste cherchant sa voie malgré une famille soi-disant oppressante. J'essayais de ne pas m'en vouloir d'avoir passé des années à m'imprégner de cette existence.

Apple s'était vite habituée à mon changement d'apparence, le deuxième depuis que nous étions amies. Je n'avais pas osé aborder le sujet avec elle, mais je me sentais plus proche d'elle depuis mon changement de corps, un peu comme lorsque nous étions en Grèce il y avait maintenant quelques années. Raph m'avait fait des remarques désagréables sur l'abandon - la trahison! - des proches de Katherine Salander et j'avais mis un peu de temps à accepter la sévérité de son jugement.

J'avais promis à Millicent de prendre soin de son fils - mon fils, maintenant - et je passais pas mal de temps avec Sebastian. Il y avait plusieurs décennies que je n'avais pas assumé le rôle de parent et je retrouvais avec plaisir la célébration béate de chaque réussite de mon rejeton. Je me réjouissais aussi naturellement quand ma fille, installée en France avec son mari, m'envoyait des nouvelles de Paris où elle s'impliquait politiquement. Entre Sebastian, ma carrière, la consolidation de mes liens avec les autres felidae, ma vie sociale forcée de vedette de la télévision et mon envie de passer du temps avec mes amis, les moments de solitude se faisaient rares. Heureusement, mon mari me préférait une maîtresse et demandait peu mon attention. Millicent et lui ne formaient un couple que de manière stratégique, comme beaucoup de felidae. Sebastian étant le second enfant, le corps que j'habitais ne pouvait plus fabriquer d'enfants et les époux n'avaient plus de raison de s'unir s'ils n'en avaient pas envie. Le modèle familial des felidae me déprimait, mais tenir mon mari à distance rendait mon rôle d'usurpatrice beaucoup plus simple.

-Oui, passez une excellente soirée, vous aussi!

Je soupirai doucement en observant le bel acteur passer la porte du bar. Je prenais régulièrement les devants pour recruter certaines stars pour mon talk-show. Cet acteur avait tenu à aller prendre un verre pour discuter plutôt que directement accepter ou refuser mon offre. J'avais contourné son agent avec qui ma boîte avait des différends et je m'en sortais avec une promesse d'entrevue… et beaucoup de sous-entendus sexuels. Cet acteur avait certainement l'habitude de faire tomber toutes les filles et, sous une autre identité, je l'aurais peut-être suivi chez lui, mais je m'étais ce soir contentée de lui faire les yeux doux.

Il aurait été sage que je retourne chez moi pour manger, mais il y avait longtemps que je ne m'étais pas autorisée à déroger à mon horaire, et je décidai de prendre un verre de plus avant de partir.

Appuyée au bar en attendant ma commande, je remarquai notre maire quelques mètres plus loin. Je l'avais rencontré pour la première fois il y avait quelques années. J'eus un petit sourire au souvenir de cette soirée avec Apple, mais je me découvris un étrange malaise en me remémorrant la rudesse avec laquelle j'avais traité le bel homme. Pouvais-je entièrement blâmer mon ancienne identité? Il subistait encore en moi la curiosité que j'avais ressentie ce soir-là au sujet des limites de la patience de Merwyn Caerwyn. Je n'avais à ce jour eu l'occasion ni de les tester ni de m'excuser auprès de lui.

Il était possible que Merwyn ne se souvienne même pas de cette soirée, ni de moi ou, enfin, de Katherine Salander. Une pimbêche insupportable de plus sur son chemin. Héra l'avait peut-être mis au courant de ma réelle identité par la suite et, en tant que maire, peut-être connaissait-il tous les dieux en ville. Je n'avais pas questionné Apple sur les informations que sa mère risquait de partager à notre sujet parce que je considérais pas mon statut comme un important facteur de risque. J'avais l'habitude de me sortir des mauvaises situations ou de les fuir.

-Bonsoir, M. Caerwyn. Millicent Anderson, dis-je en levant mon verre avec un sourire. Je me joins au fandom, si ça ne vous dérange pas.

Je pris place à côté de Merwyn, mais pas trop près. Je préférais éviter une proximité ambiguë. Quelques-unes des personnes atroupées autour de lui me saluèrent vaguement et je remarquai une femme très enthousiaste de me reconnaître. Je lui souris chaleureusement. J'appréciais mes fans.

-Mon mari a fait un article sur vous il y a quelques semaines, dans le Times. Enfin, sur la famille qui a pu se sortir du quartier Grey grâce au financement de leur entreprise de restauration. Ils n'ont dit que du bien de vous, c'était touchant.

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MessageSujet: Re: Un dernier verre avant de rentrer Un dernier verre avant de rentrer EmptyVen 21 Juin - 8:21

- Alors monsieur le maire, comment-allez-vous aujourd’hui ?
Il ne restait jamais seul avec le barman très longtemps. Les habitués du bar le connaissaient bien et n’avaient plus de gêne à l’aborder comme s’il était une bonne connaissance, mais tout en gardant le nom respectueux de sa fonction. Ils ne voulaient pas en faire leur égal. Ils étaient surtout très fiers de bien revendiquer le privilège qu’ils avaient à discuter à une personne si importante sur un ton aussi familier. L’homme qui l’avait appelé s’appelait Tom, la cinquantaine, chauffeur de bus. Une vie normale, pour une personne banale.
- Très bien, répondit-il avec un grand sourire. Avez-vous goûté la nouvelle cuvée du bar ?
- Bof non, je préfère rester à la blonde classique. Toutes ces bières avec des noms bizarres, c’est pour les jeunôts branchés…
- Et pourquoi n’en serais-tu pas un ? lança-t-il aussitôt, amusé par le ton bourru qu’il avait pris pour se donner contenance.
- Bah… Mon âge, et tout…
- Tant qu’on est en vie, tout est dans la tête, ne penses-tu pas ? - Et, se tournant vers le barman, il ajouta : - Apportez donc une boisson de jouvence à ce pauvre Tom.
Tom ronchonna légèrement que ce n’était pas la peine, mais une boisson gratuite ne se refusait pas forcément non plus, surtout lorsqu’elle se révélait bonne, ce qui se traduisit par un “Moui moui, pas mal c’te I.P.A” qui s’efforçait de manquer d’enthousiasme. Merwyn pouvait comprendre la crainte d’aller vers la nouveauté, la volonté de se référer à des valeurs sûres, mais seulement si une modification pouvait apporter des dangers ou avait peu de chances d’améliorer les choses. Or, il ne lui semblait pas que changer de marque de bière un jour pouvait nuire à qui que ce soit, ni que la bière premier prix était une bonne valeur sans possibilité d’amélioration. Evidemment, il pouvait concevoir les problèmes financiers derrière cette rigidité. Pour les plus démunis, se fermer à la nouveauté était un bon moyen de limiter la tentation des dépenses, surtout quand on prévoyait de s’alcooliser en quantité chaque soir. Mais, puisqu’il était là, il pouvait bien offrir une découverte intéressante qui ne représentait rien pour lui. Financièrement en tout cas. D’un autre point de vue, cette générosité lui assurait d’avoir une présence utile aux lieux.

Voyant qu’il trinquait avec Tom, ses compères de boisson approchèrent et suivirent le mouvement, pour boire la même marque de bière sans qu’il fût nécessaire à Merwyn de leur forcer la main ou d’avancer l’argent (il n’avait pas prévu de lancer une tournée générale non plus). La conversation s’en alla rapidement sur le grand sujet du moment, l’approche des fêtes de Noël, les difficultés à trouver des idées de cadeaux, le gouffre financier que cela pouvait représenter, à grand renforts de “vous savez, pour nous, c’est difficile…” et les histoires plus tristes, quand certains disaient ne pas avoir grand monde avec qui célébrer. Merwyn ne s’étendait pas sur sa situation. Les gens avaient tous bien assez d’histoires essentielles à lui partager sur la manière dont ils allaient vivre cette période de fête. Pour se plier aux habitudes culturelles de Nichole, il avait concédé à fêter ce qu’il continuait à appeler Yule le 24 décembre plutôt que le 21. Mais ce n’était plus un moment qu’il appréciait, car chaque année lui rappelait tous les absents à sa table. Son épouse, Macsen, Pryderi, Brynn, et même son père. Ce n’était plus pareil. La première année avec Nichole, il s’était senti d’assez bonne humeur à l’idée de commencer quelque chose avec une “famille nouvelle”. Puis, les années suivantes n’avaient fait que lui rappeler que ce n’était pas pareil, et que le schéma nouveau qui se reproduisait ne parvenait pas à remplacer le bonheur de l’ancien. Tout était trop… artificiel. Même ce changement de date, auquel il avait concédé, pour marquer le changement aussi, mais qui l’ennuyait chaque année un peu plus. Quelque chose n’allait pas. Quelque chose l’empêchait de mener ses plans de restructuration jusqu’au bout. Certainement ce qu’il savait au fond de lui : ça ne serait jamais pareil et ça ne pourrait pas être mieux. Pas ici ni maintenant, en tout cas.

Il y songeait vaguement, en gardant un sourire de façade et en se concentrant sur les histoires peu instructives des autres, quand une femme d’une certaine classe l’aborda. Une autre femme du groupe l’identifia aussitôt comme Millicent Anderson, une célébrité de la télévision. Merwyn n’était pas extrêmement renseigné à ce sujet, pas assez pour retenir les noms en tout cas, mais le visage lui était en effet plutôt familier.

- Bonsoir, Madame Anderson, si j’ai bonne mémoire, dit-il aimablement.

Sa déclaration frisait l’ironie si l’on considérait qu’une personne venait de crier le nom de la jeune femme un instant plus tôt, mais il était plus intéressant de semer le doute que d’avouer à une personne qui l’abordait certainement avec l’assurance d’être reconnue par lui qu’il n’avait une idée très vague de qui elle était et n’y aurait peut-être même pas songé si rien ne l’avait incité à remettre un contexte sur son visage. De plus, la télévision ne donnait pas toutes les informations. En apparence, Millicent Anderson était tout ce qu’il y avait de plus humain. Mais, à côté d’elle, il percevait nettement son origine magique. C’était donc une rencontre intéressante. Aider les créatures dans un état de misère à remonter la pente était une chose, mais s’allier avec celles qui se trouvaient haut placé dans la société restait plus essentiel. Elle voulait d’ailleurs lui être agréable en vantant l’une de ses dernières bonnes actions, offrir une adresse digne de ce nom à ce qui n’avait été qu’un food truck de leprechaun.

- Oh ce n’est rien, fit-il modestement. Vous n’imaginez pas le nombre de courriers que l’on peut recevoir quand nous sommes maire. Les gens pensent que nous avons la solution à tous leurs problèmes et j’aimerais sincèrement que ce soit vrai, mais pour une famille à laquelle je rends service, de nombreuses autres restent ignorées. Les O’Leary proposaient une cuisine réellement excellente. Il existe beaucoup de savoir-faire dans le quartier Grey, qui mérite parfois davantage à être connu que celui de ceux qui ont essentiellement les finances et les contacts pour s’imposer. Je ne doute pas qu’ils auront toutes les chances de prospérer maintenant que les fonds ont été débloqués pour eux. Votre mari a-t-il pu tester leurs spécialités ?

Leur cuisine était-elle divine ? Il n’aurait pas été jusque-là, mais elle était d’assez bonne qualité pour justifier un coup de pouce. De toute manière, une grande partie de la réussite d’un commerce tenait à la présentation. Les leprechaun étaient connus pour créer de l’or, mais même cette qualité n’aidait pas forcément les créatures à survivre dans le monde d’aujourd’hui. Plus rien ne se payait en pièces d’or aujourd’hui, et n’importe quelle expertise pouvait révéler que le métal n’était pas normal. Et même s’il était possible de tromper un bijoutier de temps en temps, comment vouliez-vous tromper suffisamment pour rassembler une fortune en or sans attirer l’attention sur sa provenance et être soupçonnés de magouilles diverses, surtout quand l’or disparaissait ? Ce n’était pas tenable, et, de toute manière, une méthode malhonnête ne devait pas être encouragée par nécessité pour survivre. Mais bien sûr, il n’était pas nécessaire d’avancer ces arguments pour convaincre les êtres qui les entouraient et qui abondaient déjà vivement sur le fait qu’un tas de personnes pleines de talents se démenaient comme elles pouvaient quand d’autres s’achetaient juste le talent pour rencontrer le succès.
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