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Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn]

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Josh R. de RoncevauxJosh R. de Roncevaux


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MessageSujet: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] EmptyLun 27 Aoû - 12:54

Certains réveils sont plus difficiles que d’autres

Allongé entre ces draps d’un autre temps, je récapitule l’aventure qui m’a amené jusqu’à cet endroit oublié des hommes. Je pense à ce danseur que j’avais croisé à Paris, Vaslav Nijinski. Était-ce en 1923 ou 1924 ? Considéré comme le plus grand danseur de son époque, il avait imaginé des chorégraphies innovantes. C’est évidement celle de « L’après-midi d’un faune » qui me vient à l’esprit alors que j'ai dîné en présence de peut-être, les derniers représentants de cette espèce.

Les faunes existent et avec eux tout le petit peuple. Je m’émerveille de cette découverte alors que le siècle se tourne clairement vers une aire technologique. Le sang noble qui coule dans mes veines me tourne naturellement vers le passé. Mon célèbre aïeul a passé un pacte avec ces créatures de tous temps élevées au rang de mythe. Mon imagination galope, si les faunes existent quand est-il des autres légendes ? Vampires, loup garou, vouivres, et toute la pléthore qui peuplent nos livres de contes.

Comment réagir ? Revenir chez moi m’engage à garder le secret. Je tiendrais ma langue, je suis un homme d’honneur. Mais avec ce savoir, je n’aurais de cesse de découvrir ce qui se cache, tapis sous la poussière romancée des contes et légendes.

Le voyage éreintant, l’exaltation de ma découverte, ces rencontres autant surprenantes qu’étranges ont raison de moi. Entre les murs d’une chambre désuète, je sombre dans un profond sommeil.

*

Mes rêves sont peuplés de dryades, de faunes et de chevaliers en armure. Je réinvente cette rencontre fabuleuse entre Roland de Roncevaux et la gardienne de la forêt de Brocéliande. J’imagine une célébration digne de l’époque. D’un côté les hommes sanglés dans des armures rutilantes, portant les armoiries de ma famille d'or au lion de gueules, à la bordure engrêlées de sable, ainsi que celles de Charlemagne. De l’autre, ces êtres si surprenants et envoûtants. Mes sens fond remonter le glamour qui émane naturellement de Macsen.

Tout se mélange. Présent, passé.
Tout se délite avec le temps.
Mort blanche.

*

Du néant jaillit un point blanc, lumineux. Minuscule tête d’épingle dans un vide sidéral.

La lumière chasse l’ombre comme une marée montante. Qui suis-je ?
Éclat de pensée perdu dans un rien. Inertie.

Blanc intense, aveuglant. Pourtant j’ai les yeux fermés. Où suis-je ?
Je ne parle pas, ne bouge pas, ne respire pas. L’anomalie semble déclencher un processus. Des souvenirs affluent. Dans le désordre. Un salon richement meublé à Paris. Un jeu de l’oie avec des pions en bois de couleur. Noiraud, mon chat.

Durendal…

C’est elle qui brille de cet éclat qui n’est pas de la lumière, mais de la vie, la mienne. Ma fidèle épée. Un peu voyante dans un monde où les balles ont remplacé l’arme blanche. Désuète, mais redoutablement efficace. Issue d’une lointaine magie blanche. Cette noble dame ne peut que faire justice. Je souris à l’évocation de ma précieuse. Sauf que mes joues ne bougent pas d’un poil.

Angoisse. Je suis figé, immobile et dans l’incapacité de bouger. Est-ce un cauchemar ? Une traîtrise par empoisonnement ? Un nom me vient spontanément à l'esprit.

« Macsen ! »

Aucun son ne traverse mes lèvres. La panique me gagne. Mon cœur qui jusque-là ne battait pas, se met à pomper. C’est douloureux, comme si mon sang s’était transformé en mélasse pâteuse. L’air qui entre à nouveau dans mes poumons agresse mes alvéoles pulmonaires. Est-ce la douleur que ressent un nouveau-né quand il respire pour la première fois ? Je hurle ma douleur, celle de mes bronches enflammées, celle de mon corps qui semble charrier du sang solide.

Mes tympans vibrent douloureusement. Depuis quand n’ont-ils perçu aucun son ? Mon cri est assourdissant.

*

Une aube pale me surplombe, ainsi que les branches d’un chêne plusieurs fois séculaire. J’ai froid. Depuis combien de temps suis-je immobile ? Progressivement je reprends la maîtrise de mon corps. Enfin, une faible partie de mon corps. Cela commence par mes paupières, mes lèvres sèches sur laquelle glisse ma langue pâteuse. La douleur dans mes veines s’est calmée et remplacée par des fourmillements. Je tente de bouger mes doigts, mais mes muscles sont ankylosés comme après une longue convalescence. L’odeur d’humus m’indique une forêt. Que s’est-il passé ? Est-ce une épreuve de mes hôtes ? Je suis fâché à cette idée. Durendal pulse sur mon torse. J’ai la position des chevaliers morts, les mains jointes sur leur arme.

Peu à peu je peux tourner légèrement la tête. Mon regard n’accroche que désolation et destruction. Que s’est-il passé ici ? Un soupir me fait lever les yeux. Je devine une présence derrière moi. Seulement aucun de mes muscles ne m’obéit. Je suis dans l’incapacité de me retourner et confronter celui qui m’observe depuis un long moment.

- Qui est-ce ?

Un bruit de pas écrase des feuilles mortes. J’aperçois des chaussures étranges, un bas de pantalon et quand l’intrus me fait face, mon cœur se glace. Non que Macsen ait vraiment changé, mais je me souviens ce qu’il m’a raconté sur la longévité des faunes.

Ce qui me met en alerte rouge, ce sont ses vêtements manufacturés avec un tissu que je ne connais pas. A son poignet gauche, là où habituellement on porte une montre bracelet, il arbore quelque chose qui y ressemble, mais sans le cadran ni les aiguilles. Le plus intriguant est ce qu’il tient de la main droite. Un rectangle d’une dizaine de centimètres de longueur, sur cinq de côté et d’un demi-centimètre d’épaisseur en métal laqué. Il le tient contre son oreille. La face contre sa peau est éclairée de différentes couleurs. Comment une ampoule peut-elle tenir dans si peu d’espace ? L’objet fait un bruit bizarre quand Macsen le range dans sa poche. Je dois m’y reprendre à plusieurs fois avant d’arriver à articuler clairement.

- J’espère pour toi que tu as une explication qui va me convenir…

Je ne suis présentement pas dans une position où je peux menacer qui que ce soit. Mais, aussi insensé que cela puisse paraître, j’ai confiance en Durendal qui repose sur mon corps qui s’éveille doucement de la torpeur dans laquelle il a été plongé. D’un regard, je mets Macsen au défi de me mentir.

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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] EmptyLun 5 Nov - 18:26

Je l'aimais bien en belle endormie. C'était un état auquel il semblait habitué depuis le temps, et moi aussi. Pour un peu plus d'un demi-siècle, Josh était un souvenir du passé, une histoire inachevée qui pourrait se reprendre un jour lointain. Je n'y pensais plus vraiment. Je le savais présent quelque part, je ne doutais pas devoir le réveiller un jour… Mais quand ? Y a-t-il un bon moment pour ce genre de chose ? Je crois que j'espérais secrètement attendre si longtemps qu'il deviendrait absurde de le réveiller et plus raisonnable de mettre fin à ses jours sous le prétexte tout à fait sensé que le monde avait bien trop changé pour sa santé mentale. Je pouvais presque le décider aujourd'hui d'ailleurs. Imagine-t-on l'ennui d'expliquer à un humain des années 30 la seconde guerre mondiale, l'évolution technologique, et le désastre écologique qui a ravagé la planète avant de parquer les survivants dans l'illusion que tout pouvait reprendre comme avant ? J'en soupire d'avance. Je suis allé plusieurs fois dans le caveau creusé sous terre pour le protéger avec l'intention de le libérer de son maléfice. Et je renonçais après une heure de réflexion. Trop compliqué.

J'avais fini par me perdre dans de longues recherches bibliographiques afin de trouver les meilleures ouvrages d'Histoire et de sociologie, ainsi que tous les penseurs modernes à connaître, et m'épargner de longues explications, de pouvoir lui tendre un livre pour chacune de ses interrogations. C'était même devenu un prétexte sûr pour ne pas le réveiller. J'allais mettre des livres dans son tombeau, je me demandais si toutes les informations indispensables à son intégration dans notre époque étaient réunies, et je trouvais d'autres ouvrages à ajouter à la liste. C'était aussi devenu un passe-temps. Je prenais des notes sur mon ordinateur avec des listes de mots clés qui renvoyaient précisément au bon titre, chapitre, et même la page. Avec mon départ pour les États-Unis, je ne pourrais plus le faire. Je pouvais évidemment continuer à rassembler des livres dans un appartement à New-York, mais ce serait différent. Un lien serait rompu. Comment pourrais-je être certain de faire un travail utile si je ne pouvais pas m'assurer que le corps était toujours en vie au moins une fois par saison ? J'ignorais si ce souci pouvait expliquer ma décision de réveiller Josh avant de quitter le territoire, mais il me semblait recevable. Je n'arrivais pas à expliquer autrement ma gêne de le laisser endormi sous terre à des kilomètres de mon regard. Cela rendrait assez évident mon intention de ne jamais le réveiller. Je pouvais pourtant revenir dans plusieurs années. Je pouvais le laisser à son sort. Je pouvais le tuer. Mais toutes ces pensées faisaient ressurgir la culpabilité qui s'était emparée de moi après sa mise en sommeil, et je perdrais mon rituel confortable pour l'oublier et repousser éternellement ce que je savais être mon devoir vis-à-vis de lui.

Je n'aime pas du tout ce que je ressens alors que je suis agenouillé près du jeune homme, sur le point de prononcer la formule rituelle. Peut-être parce que je n'ai pas le souvenir d'avoir ressenti quelque chose de similaire. Je suis familier des pulsions violentes de désir. Mais mon corps n'a pas l'habitude d'autres désordres. Ce sont des problèmes, des faiblesses d'humains. Pourtant, ma poitrine est anormalement serrée, et il me faut m'y reprendre plusieurs fois avant de réussir à prononcer les mots libérateurs. Je me redresse d'un bond à son premier frémissement. Il a gardé son épée et je tiens à ma vie. J'aurais pu la lui retirer, mais il y est attaché, c'est un objet qui le rassure. Même si la laisser représente un risque, il me semble tout aussi risqué pour nos « retrouvailles » de l'en priver alors qu'il sera déboussolé. Il risquerait d'autant plus de me confondre avec un ennemi. J'essaye de retrouver une humeur neutre, sous contrôle, pendant qu'il émerge de sa longue nuit. Il se redresse, m'étudie, d'abord sans me reconnaître, puis son regard s'aiguise à mesure que les souvenirs lui reviennent, pour s'attarder avec une incompréhension manifeste sur ma tenue, mes accessoires. Il est intelligent, je devine qu'il calcule comme il peut le temps qui a pu se passer entre sa nuit au château et son réveil dans un caveau éclairé de chandelles. Il resserre peu à peu les mains sur le manche de son épée. Son regard devient agressif. Si j'ai une explication qui va lui « convenir » ? Quelle demande étrange !

– Je crains de ne pouvoir tordre la réalité à ta convenance, dis-je simplement. Notre domaine et forêt ont été rasés par une tempête qui a ravagé la moitié du globe. Mon père est devenu maire de New-York, et j'ai décidé de le rejoindre. Comme je n'allais pas te laisser seul ici, je suis venu te réveiller. Nous partirons quand tu te sentiras prêt.

Évidemment, je sais que je ne pourrai pas m'en tirer aussi simplement mais je crois avoir donné l'essentiel de ce qui m'amène ici. On peut toujours essayer. Certaines personnes acceptent les explications directes et minimalistes.

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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] EmptyVen 21 Déc - 7:49

Certains réveils sont plus difficiles que d’autres

Mon corps est raide comme une pierre. J’ai froid et l’impression de ne pas avoir mangé depuis des siècles. La seule chose qui me paraît « normale », c’est son visage à lui. Le reste, l’espèce de sarcophage où je me tiens assis péniblement, la voûte de roche éclairée à la bougie appellent à trop de suppositions, trop d’improbabilités. Pourtant, hier, ou avant-hier j’avais découvert l’univers de Macsen, fascinant et envoûtant. Son frère avec ses drôles de jambes et ses cornes. La dague ! Ils me l’ont volé ? C’est ça ?

– Je crains de ne pouvoir tordre la réalité à ta convenance.
– Qu’as-tu fait ?
– Notre domaine et forêt ont été rasés par une tempête qui a ravagé la moitié du globe.

Ravagé le globe ?! Que reste-il de Paris et de mes amis en France ? C’est insensé, quelle sorte de tempête pourrait commettre un tel désastre. Macsen me ment. Seulement son regard, son ton neutre me disent le contraire. J’essaye de m’extiper de mon cercueil, car je ne vois pas d’autres mots pour cette couche qui n’en est pas une.

– Mon père est devenu maire de New-York, et j'ai décidé de le rejoindre. Comme je n'allais pas te laisser seul ici, je suis venu te réveiller. Nous partirons quand tu te sentiras prêt.

Ma cervelle analyse ses mots de façon fractionnée. J’ai du mal à avoir des pensées cohérentes. Son père, maire de New York. Me réveiller. Partir quand je serai prêt. Chaque bribe d’information apporte son lot de questions. Un faune à la tête d’une telle cité ? J’avais cru comprendre que le petit peuple préférait l’ombre à la lumière. Me réveiller amène la question qui me brûle les lèvres et de savoir quel jour somme-nous. Partir, ensemble. Qu’est-ce qui le pousse à quitter son pays, y a-t-il un nouveau danger ? J’ai envie de lui crier dessus, mais le nous de sa phrase me rassure. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais, il est là et ne m’abandonne pas. Je lui avais fait confiance et me retrouve dans ce tombeau. Une tombe de laquelle, il me sort. Ce point lui évite d’être transpercé de part en part par Durendal.

Mais, s’il croit s’en tirer à si bon compte, il fait erreur. Pour le moment j’ai besoin de lui, rien que pour m’extirper de là. Chaque geste est laborieux. Combien de jours ai-je été mis en sommeil ? J’ai l’impression d’avoir dormi un mois au moins. Je prends appuis sur le rebord de cette boîte où il m’a plongé dans un sommeil artificiel. Quand j’enjambe le bord, je ne lève pas assez haut mon pied et je m’étale au sol. C’est dur et froid. Mon épée tinte au contact du sol et renverse une pile de livres posés là.

– Belle entrée en matière, mais tu vas de voir détailler.

Je m’assois, le dos collé à mon « lit » et laisse mon regard errer. Seules des bougies éclairent le lieu. Je regarde les titres sur les tranches des livres et commence à froncer les sourcils. L’autre pignouf reste taiseux. Il joue au placide, mais je parierai qu’il n’est pas à l’aise. « Les conséquences de la seconde guerre mondiale », « Les inventions majeures du XXe siècle », « L’homme a marché sur la lune ».

– Beaucoup détailler…

Je frotte mon visage avec ma paume, j’essaye de rassembler mes esprits et réagir de manière rationnelle. Je devine à la mine de Macsen que l’explication va être longue et qu’elle l’ennuie déjà.

– Ok, priorisons.

Je me redresse et me mets debout comme un petit vieux, Durendal faisant office de canne.

– Pourquoi m’avoir fait ça ? Quel jour somme-nous ? J’ai faim et où est MA dague ?

Ma situation est inénarrable, mais je ne me laisserai pas dévier du but qui m’avait conduit ici. Quand j’en saurais plus sur ma situation réelle, je changerais mes priorités.

– Réponds !


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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] EmptyJeu 31 Jan - 20:10

Je devine à travers les variations de son regard l'évolution de sa pensée. Heureusement, la plupart des êtres ne sont pas comme moi, ils expriment des émotions en lien avec leur situation. D'abord, la colère. Sans surprise, Josh est de mauvais poil, l'impression de ne rien contrôler le plonge rapidement dans une sorte de panique. Ses yeux explorent le caveau avec urgence, ses mains tâtonnent fébrilement autour de lui. Il semble cherche quelque chose avec urgence. Je ne comprends pas tout de suite ce qui le préoccupe tant. Je préfère ne pas lui laisser le temps de poser trop de questions. Il est nécessaire de poser clairement le contexte. Ce sera difficile à encaisser mais beaucoup de questions deviendront inutiles après quelques précisions. Le château n'existe plus. Je n'y suis absolument pour rien. Beaucoup de choses n'existent plus d'ailleurs, et cette nouvelle fige un instant Josh. Je sens qu'une inquiétude s'empare de lui. Il aurait sans doute fallu ajouter que nous parlons d'une tempête assez récente. Je m'empresse de le faire.

– Le monde que tu as connu a évolué naturellement, la tempête est arrivée bien après.

Donc, ce drame ne le concerne pas vraiment. Les personnes qu'il a connues et aimées ont quitté ce monde d'une autre manière, les citées dans lesquelles il a pu vivre ont eu le temps d'être défigurées par l'architecture moderne. Le monde qui a été emporté n'était plus le sien.
Ce que je peux lui dire rapidement le laisse agité. Il essaye de se redresser malgré sa faiblesse évidente, sans doute pour retrouver un peu de dignité, car il ne saurait être une menace. Sans monde aide, il aurait même bien du mal à rejoindre seul la civilisation. Les premiers villages sont à des kilomètres de là, encore plus éloignés qu'auparavant et il n'existe pas de route pour monter jusqu'ici. En admettant sa survie, on le prendrait certainement pour un fou. Il pourrait passer le restant de ses jours à errer dans les rues sans papiers. S'il n'était pas capable de mesurer son incapacité à agir sans moi, je ne doute pas que ce genre d'argument vienne à bout d'une tentative de rébellion. Mais je m'en voudrais de commencer par les menaces. J'essaye d'abord l'approche bienveillante et sincère. Je ne veux pas me disputer. Je veux me rattraper, je veux l'aider, sinon je ne serais pas ici à lui parler. Je n'avais aucune obligation à le tirer de son tombeau. Il semble le comprendre. Il se calme peu à peu, même s'il continue à puiser dans les dernières ressources de son corps pour se dégager du coffre que je lui ai aménagé. Il ne tient plus son épée dans une posture défensive, mais il y reste attaché, et cela lui complique inutilement les choses pour se redresser. Il essaye d'ironiser, me demande de développer. Cependant, je ne crois pas que Josh soit prêt à la moindre discussion profonde, parce qu'il n'a pas pris le temps de se documenter par lui-même, déjà, mais aussi parce qu'il devrait déjà se préoccuper de son état au lieu de faire comme si tout allait bien. Le résultat est plutôt ridicule.
J'avance vers les livres qu'il a fait tomber pour les remettre en pile, et dans le bon ordre. Je ne me donne pas la peine de répondre à ses réclamations.

– J'aimerais partir vite, mais nous ne sommes pas pressé. Prends ton temps. Je ne m'attends pas à ce que tu gambades dans l'heure et tu vas devoir attendre quelques jours au moins avant de m'impressionner.

Je lui adresse un sourire peut-être un peu narquois, mais je le voulais amusé. Il sent qu'il n'arrivera pas à me faire parler s'il ne pose pas des questions plus précises, auxquels les livres ne sauraient répondre. Pourquoi en sommes nous arrivés là ? Demander à savoir est légitime. La date ? C'est un bon début. Pour la faim, j'ai tout prévu. Mais pour la dague ? Une incompréhension passe sur mon visage. Ah… Oui… Cette dague. Je n'avais pas évalué qu'elle pourrait garder toute son importance à son réveil. Il est vrai qu'il est presque mort pour cette dague. Pour une dague qui a juste rejoint à l'époque le bric à brac du château… Je hausse négligemment les épaules.

– Elle est sans doute en sécurité, sous les décombres, comme tout le reste.

Une telle catastrophe peut vous rendre désabusé quant à l'importance des objets, de ce qu'on appelle la mémoire physique. On s'embête à réunir des choses pour les laisser dans un coin, avec la satisfaction stérile de les posséder. Puis, un jour, elles disparaissent, et on réalise que ça ne change rien, que ça n'a jamais tellement compté à part dans notre imagination. Le pain et la charcuterie par contre, voilà un apport concret nécessaire à la poursuite de cette histoire ! Je déballe ce que j'ai apporté et, sans rien dire, étend une nappe devant Josh, dispose des couverts, plusieurs assortiments de viande, du beurre, des fromages, une bouteille d'eau, un jus de fruits et une bière.

– Je pensais aussi que tu aurais faim. Assied toi sur un coussin, prends le temps de masser tes jambes, elles sont engourdies.

Je souligne une évidence, mais je n'ai pas tout à fait l'impression que Josh ait pris la mesure de son état. Par contre, il s'agace de me voir aussi serein et me crie à moitié dessus pour obtenir des réponses plus vite. Je me répète calmement.

– Assieds-toi.

J'attends qu'il se décide et m'assieds à mon tour.

– Nous sommes en septembre 2018, je te laisse faire le calcul. Et rassure-toi tu n'as pas changé, ton corps a été préservé par la magie. Et… Je suis désolé. Je n'aurais jamais dû te conduire sur le domaine de ma famille, je me suis montré trop optimiste. Tout ce que j'ai pu faire, c'est obtenir de mon père de te laisser la vie sauve. La dague portait la marque d'un pacte passé entre ton ancêtre et le peuple des forêts mais ni mon père ni mon frère n'ont estimés que ce pacte avait été respecté car ta famille s'est autrefois détournée des « vraies » croyances et des créatures magiques par goût du pouvoir. Ils ne voulaient donc pas que tu repartes avec nos secrets. La confiance que j'avais en toi n'a pas suffi à les convaincre… Et je pense aussi que mon père a voulu me donner une leçon à l'époque pour me décourager d'amener d'autres inconnus ici sur ce qu'il jugeait un coup de tête.

Oui, je croyais mon père tout à fait capable d'un plan aussi vicieux. Pire, j'étais certain que son refus obstiné de me faire confiance quand je lui disais que je pensais pouvoir faire confiance à Josh et l'impliquer dans mes manœuvres à Londres n'était qu'un moyen de me forcer à craindre son autorité, de restreindre des libertés d'action que je prenais et sur lesquelles il n'avait pas le contrôle. Même si j'ai toujours voulu agir dans l'intérêt de la famille Caerwyn, dans le respect des convictions de mon père, ce dernier a toujours été le premier obstacle à la mise en place de mes stratégies, surtout à cette époque. J'étais trop jeune pour m'opposer efficacement à lui. Je dois aussi reconnaître que mes idées quant au rôle de Josh étaient aussi un peu floues à expliquer, je voulais me laisser le temps de voir, j'étais perdu dans ses suppositions et mon père n'a jamais apprécié que j'essaye des solutions différentes de celles qu'il envisageait, même si elles me semblaient plus rapides et sûres. Oui, il est devenu maire sans moi. Mais combien d'années pour ce résultat ? Combien de temps pour voir s'accomplir enfin sa volonté sur ce monde ? J'ai beaucoup travaillé seul toutes ces années. Je suis prêt aujourd'hui à lui prouver qu'il se trompe de méthode.

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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] EmptySam 16 Mar - 12:40

Certains réveils sont plus difficiles que d’autres

Macsen dit que le château n’existe plus.  Quoi ? Perdu, égaré, la panique commence à me gagner. Je me suis montré trop confiant, mon arrogance me perdra un jour. Je cherche autour de moi, une réponse, une solution.  La réponse claque comme un coup de feu, une réponse qui multiplie les questions. Le monde aurait évolué, et le mot tempête sonne comme le glas. J’essaye de me relever, en vain. Mon corps ne me répond pas. Mais combien de temps ai-je été « absent » ? Le visage de Macsen exprime peu de chose, sinon sa lassitude à ne pas pouvoir me répondre en quelques mots. Un frisson glacial me secoue, c’est une peur primaire, celle qui ressort quand l’homme est face à un non-sens ou une abomination.

Réfléchir ! Oui réfléchir, laisser les émotions. Je résume mes maigres certitudes. Je suis en vie, Macsen aussi et s’il me voulait du mal, je serais déjà mort. Ce constat me calme, je paniquerai peut-être à nouveau, mais là c’est inutile. Je suis entre ses mains, obligé d’être conciliant et… peut-être redevable ? Ne pas tirer de conclusions hâtives. Son château détruit, qu’est devenue sa famille ? Un père maire de New York...

Durendale est lourde, me relever est laborieux, mais pour rien au monde je ne la lâcherai. Je dois reprendre contenance, lance un sarcasme sur le faste de ma tombe, tente de marcher ce qui provoque la chute d’une pile de livre. Les livres… Les bibliothèques sont un chez moi, j’ai foi dans les livres, Macsen semble l’avoir compris. L’information est dans le papier. Les écrits restent, les mots s’envolent.

Macsen se dit pressé de partir mais qu’il n’y a pas de réelle urgence. Il parle de quelques jours pour que je retrouve ma mobilité et de l’impressionner. Ce corniaud se moque. Je devrais le haïr pour son flegme, son indolence face à mon désarroi. Pourtant, je conserve cette première impression, celle de notre rencontre quand il a utilisé son je ne sais quoi pour me séduire et me ravir la dague. Suis-je sous son emprise ou est-ce mon libre arbitre qui me dit que ce n’est pas mon ennemi ?

La dague serait sous les décombres du château ! La nouvelle me rassoit sur le bord du tombeau. L’ordre de mes priorités change. Macsen déballe des victuailles et m’improvise une table sur le sol avec coussin, nappe et couverts. J’ai tellement faim que j’aurais mangé avec les doigts s’il le fallait. On ne réfléchit pas le ventre vide.

Le faune prend soin de moi, je le regarde, complétement perdu. Me masser les jambes ?  C’est vrai que les fourmillements sont désagréables. Il insiste sans brusquerie. Je m’assois sur le coussin. J’attrape la bouteille d’eau et bois à même le goulot. Je garde la bière pour quand j’aurais rempli mon ventre et attaque un morceau de viande froide. Macsen s’est assis et commence un long monologue. Je comprends que cela ne sert à rien de l’interrompre. Trop de questions. D’abord une vue d’ensemble. J’écoute et mâche avec application.

J’avale de travers quand il me donne la date du jour. Je fais passer l'information et la nourritude avec une gorgée de bière. Je n’ai pas pu dormir autant ! Pourtant, je le crois. Mon corps préservé par la magie… un début d’explications, pas vraiment rationnelles, mais je ne peux pas me permettre de faire le difficile. La dague est au centre de l’histoire, ma famille se serait détournée des « vraies » croyances et des créatures magiques par goût du pouvoir.

Dès qu’il s’agit de mon histoire familiale, ma cervelle fonctionne toute seule. Si je resitue ce pacte, et les dates, ce n’est pas par goût du pouvoir que ma famille a quitté l’Armorique, mais une simple question de survie. La France n’était pas un pays stable, l’après Charlemagne a été une sombre période. Je ne vais pas débattre aujourd’hui de mon innocence. Ce n’est plus le sujet, d’autant que la punition du père de Macsen m’a peut-être sauvé la vie.

- 85 ans… À part les nourrissons, ceux que je connaissais ne sont plus de ce monde.

Je pense à mon majordome, Pierre, à mon chat Noiraud. C’est comme renaître, je m’arrête de manger pris d’un vertige. Je regarde Macsen, il est ma survie immédiate et prochaine quand je lis les titres de certains livres qui n’attendent que je les saisisse. Je reprends ma fourchette et continue de manger, c’est le carburant de mon corps, alors je mange presque avec acharnement.

- Qu’est-ce qui est intact dans mon environnement ?

Macsen me donne une réponse factuelle, sombre. Je soupire, j’encaisse. Je suis un homme d’affaires, je dois pouvoir survivre, ce métier existe depuis que l’humanité commerce et s’écroulera avec elle. Mentalement, je raye ce que je ne peux plus faire, j’arrête et liste ce que je peux faire.

- La Suisse, ses banques, c’est encore debout ?


J’ai de l’or et des devises françaises, anglaises, allemandes, et américaines. Si le coffre où j’ai entreposé la richesse familiale est encore accessible, je ne démarre pas totalement à poil dans ce nouveau monde. Au fur et à mesure que mon ventre se rassasie, je reprends confiance dans mon avenir. Je ne connais pas les intentions de Macsen. Me sort-il de là par culpabilité ou par besoin ? L’un ou l’autre, peu importe, on s’utilise tous les uns les autres. Ce n’est pas moi qui vais m’en offusquer.

- New York donc ! J’ai toujours rêvé de visiter cette ville.

Je regarde les piles de livres. Macsen les a rangés dans un ordre logique. Je devine certains ouvrages destinés à la jeunesse. Je soupire, j’en suis malheureusement là, avec les connaissances d’un enfant ou presque. J’attrape le premier de la première pile : « les inventions majeures du XXe ».

- T’as prévu un endroit pour dormir et un bon édredon ? Je ne retourne pas dans cette tombe !

Macsen soupire à son tour. Dormir quatre-vingt-cinq ans ne m’a pas rendu plus sage ni patient.

- Et j’ai froid !

*

Je lis en tournant autour de ma tombe. Il faut que je bouge lentement pour réveiller mon corps. Macsen est sorti je ne sais où. Pas besoin de m’enfermer, j’ai mis le nez dehors une poignée de minutes et suis vite retourné dans le ventre rassurant de la crypte. Le monde que je connaissais n’est plus. Pourtant je dois vivre. Après le repas de chairs, je nourris mon cerveau d’informations. Sur un cahier, je note ce que je ne saisis pas, des références évidentes aux yeux des auteurs dont je lis les ouvrages, mais qui m’échappent.

Je n’ai plus aucune notion du temps, la lumière est constante dans la crypte avec ses bougies. Mon ancien tombeau se remplit des livres lus. Mes yeux me piquent, mais j’ai suffisamment dormi ! Je lis comme si ma vie en dépendait. Elle en dépend, mais pas au même degré que l’oxygène ou la nourriture.

Une main se pose sur mon épaule et stoppe ma déambulation. Macsen. Depuis quand est-il là ? Il me dit d’arrêter de lire, de me reposer et dormir.

- Non !

Mon cœur s’accélère rien qu'à l'idée de me coucher, la dernière fois que je me suis endormi… J’ai peur.

- Non, je ne peux pas !

Je regarde Macsen affolé. Je sais qu’il a raison, mais ma terreur est plus forte.


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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] EmptyJeu 9 Mai - 13:28

Se réveiller ainsi est effrayant, je peux le concevoir, mais je ne vois pas de quelle manière présenter les choses pour qu’elles lui semblent plus douce. Toute délicatesse dans cette situation serait ridicule. Il faut que le choc passe. Tout va s’effondrer dans son esprit, tout ce qu’il a connu, tous ses projets, toutes ses ambitions, doivent disparaître, peu importe la manière dont je le dirai, c’est ainsi. Au moins, je crois qu’il n’a pas laissé une épouse ou des enfants. J’imagine que, pour un humain, savoir que des liens aussi importants ont vécu, vieilli et sont morts sans lui, serait profondément tragique. J’essaye un instant de me figurer l’effet que cela pourrait faire à un jeune homme de retrouver du jour au lendemain en grabataire son enfant de tout juste deux semaines. Ce doit être une impression très curieuse. Un instant, je regrette presque l’impossibilité de pouvoir observer ce genre de scène. Enfin, quand ce travail de déconstruction sera fait, il faudra envisager de nouvelles possibilités. Si rien de trop important n’avait commencé dans son ancienne vie (et commence-t-on vraiment des choses si importantes quand on réalise que tout est si vite balayé par le temps ?), il pourrait reprendre simplement autre chose. Il semble le comprendre quand je lui annonce négligemment que l’épée est toujours là, en sécurité dans les ruines. C’est de l’histoire ancienne. Il arrête de lutter pour tenir debout et se rassoit, la mine choquée puis contrite.

S’il choisit de dédaigner tout d’abord la bière que je lui propose, il semble considérer qu’il n’est plus temps d’être raisonnable en la décapsulant après l’annonce de la date. Près d’un siècle oui, ce n’est pas rien, même pour mon espèce, à la différence que ça représenterait quelque chose comme une décennie à l’échelle humaine. J’ai bien vu juste avant que mes explications sur les motivations à le tenir endormi tout ce temps l’avaient laissé perplexe. Je le comprends. Mais je n’étais pas maître à cette époque des caprices de mon père ou de mon frère.

– Pryderi est resté sous les décombres aussi, je lâche cette information soudainement.
Je ne sais pas très bien pourquoi j’éprouve le besoin de le dire. Peut-être dans l’idée de lui faire savoir que l’un des responsables de son état a été puni. Ou simplement parce qu’il fait le constat de tous ceux qu’il a perdus. Je poursuis dans ma lancée :
Il n’a jamais quitté le château. A vrai dire, je pensais que tous les miens avaient péris depuis tout ce temps, et ils doivent avoir fait leur deuil me concernant aussi.

Je m’interromps soudain. Il n’y aura pas d’informations supplémentaires. Je ne suis pas vraiment là pour parler de moi et il est sûr que sa situation n’est pas exactement la mienne. Sauf s’il avait des sorciers capables d’une grande longévité dans ses amis, il est peu probable qu’il retrouve miraculeusement l’un d’entre eux. Mais, en voyant les choses sous un autre angle, croire que j’avais tout perdu à une époque ne m’a pas non plus empêché d’avancer. Mais je ne sais pas ce que je cherche à lui dire par là, si ce n’est lui donner plus de précisions sur une histoire familiale dans laquelle il va se retrouver à nouveau plongé sous peu. J'ouvre une bière à mon tour. Pas que j'aie particulièrement envie de boire en cet instant, mais il me semble impoli de proposer un alcool à quelqu'un sans l'accompagner dans son affaiblissement cognitif ou physique. J’attends sa prochaine question. Ce qui est intact dans son environnement ?

– Moi.

J’esquisse un léger sourire qui doit paraître ironique. Car la réponse la plus évidente à cette question l’est sans aucun doute. Je suis devant lui, presque inchangé. Bien sûr, en quatre-vingts ans, je ne ressemble plus à un jeune faune tout juste sorti de l’adolescence, mes traits ont gagné en maturité, mais il n’y a rien de très flagrant. De 20 ans, j’en fais peut-être 26, pour un regard humain.

– Je crois que la géographie de cette planète comme son climat n’ont pas tellement bougés. Les principales villes sont debout, même si elles ont été reconstruites. Si tu cherches à retrouver un petit village, il y a des chances pour qu’il ne soit plus sur les cartes cependant.

Que pourrais-je vraiment dire ? Honnêtement, quelle personne avec une bonne connaissance de l’Histoire pourrait répondre avec évidence à ce qui est resté intact entre les années 30 et les années 2018 ? Il me pose heureusement une question plus précise, réalisant de l’inutilité d’une question trop globale. Je hais les questions globales.

– Oui, l’économie a été reconstruite. J’ignore ce qui est arrivé au contenu de toutes les banques depuis la tempête. Il est possible qu’il reste quelque chose. Mais tu sais… Je ne sais pas s’il sera très facile de leur justifier ton identité si c’est le cas.

Impossible, je ne dis pas. Mais très compliqué, sans aucun doute. Je peux obtenir de nombreuses choses avec mon pouvoir de faune, ceci dit, il restera nécessaire de reprendre en détail toutes les traces laissées par la famille de Josh. Ce sera une perte de temps. L’argent est une chose facile à faire de nos jours.

– Nous pourrons y réfléchir une autre fois. Mais s’il ne s’agit que d’argent, je pourrai te donner une base financière pour que tu puisses en refaire. J’ai assez bien accumulé pendant tout ce temps.

Dans une sorte d'abandon et de fuite vers l'avant, Josh s'exclame qu'après tout, il a toujours souhaité visister New-York. Relativisons, au moins un projet qui reste réalisable dans la forme. Dans le fond, la ville ne doit plus tellement ressembler à celle qui faisait rêver les Anglais dans les années 30. Après la question sur les banques, il reste dans les considérations pratiques pour le début de sa nouvelle existence. Où dormir, avec quoi ? C'est une chose que j'apprécie. Le ton capricieux m'amuse un peu. Je hausse les sourcils en l'écoutant se plaindre de sa « tombe ».

– C'est pourtant un caveau de luxe. Si tu n'as pas mal au dos, c'est que le matelas que je t'avais choisi était de première qualité. Mais nous pourrons faire un camp dans ce qu'il reste de la forêt pour cette nuit.

Il n'était pas possible de venir jusqu'au domaine en voiture. Et je ne pensais pas Josh en état de faire à pied le chemin que nous avions fait dès la première nuit. J'avais estimé qu'une fois éveillé, il n'aurait cependant pas envie de rester dans ce qui ressemblait à un sanctuaire sinistre pour lui, peut-être en partie parce que je n'avais aucune envie d'y dormir non plus. Alors j'avais préparé du matériel de camping léger et simple à installer, même s'il m'avait tout de même demandé deux voyages.

– J'ai un sac de couchage, dis-je simplement en réponse à sa dernière protestation.

Josh souhaita sortir, mais la vue de l'extérieur lui donna le tournis. Il n'avait pas vraiment anticipé l'effet que lui ferait la désolation du paysage. Des gravats à la place d'un château, une forêt luxuriante qui n'était plus qu'un chaos de troncs renversées et séchés les uns sur les autres, où quelques jeunes arbres frêles émergeaient avec peine. Et encore, il n'avait rien vu de tous les ossements d'animaux, et parfois de créatures inconnues des hommes, qu'on croisait en chemin. Personne ne s'était donné la peine de faire du nettoyage. De toute manière, personne ne venait jamais ici avant. J'essayais de considérer cet environnement de la façon la plus neutre possible, en évitant d'y superposer mes souvenirs de ce qu'il avait été, de ce que nous avions vécu ici. Mais, quand Josh préféra finalement se terrer dans son caveau plutôt qu'avoir à affronter ça, je fus pris d'un malaise aussi.

– Prend ton temps, je vais monter la tente, dis-je pour penser rapidement à autre chose.

***

Josh ne remonte pas. Dresser une tente ne demande qu'une heure et, ensuite, le temps est long. Mais il est nécessaire que je lui laisse du temps. Mon problème est que les divertissements me concernant sont assez limités. Je n'ai pas follement envie d'une ballade dans un cimetière naturel. Et ensuite ? Les ruines de la demeure… La première heure, je résiste en attendant que le temps passe. Que pourrais-je bien faire. Soulever de la pierre pour retrouver la dague devrait être une activité épuisante et assez longue pour m'occuper peut-être plusieurs jours. Mais que retrouverais-je d'autre là-dessous ? Des souvenirs. Trop de souvenirs. Même mon père et mon frère n'ont pas été capables de les affronter. Ils ne sont jamais revenus. Et, à présent, ce monticule est pour ainsi dire le tombeau de Pryderi. On ne devrait pas déranger le repos des morts. Mais je m'ennuie. Je m'ennuie terriblement. J'y vais tout de même. Et, une fois les premières pierres soulevées, j'oublie mes réticences. Je n'essaye pas de m'attarder sur les objets que je retrouve. Leur mémoire ne doit pas m'engloutir. Tout ce qui n'est pas la dague est rejeté sur le côté avec les pierres. Seule la dague compte. C'est le seul moyen de ne pas « voir » tout ce passé, ces existences et leurs espoirs irrémédiablement détruits.

Je perds aussi la notion du temps. Je m'épuise en soulevant des pierres de plus en plus lourdes et je trouve une certaine satisfaction dans la rage de cet effort. La nuit ne me décourage pas, mes pupilles s'adaptent. Puis, quand la fatigue menace de me vaincre, je cède à la facilité. Je me concentre sur mon pouvoir de prémonition et finis par me voir soulever la pierre où se trouve la dague. Les visions se manifestent plus facilement lorsque l'on sait précisément ce que l'on cherche, mais j'avais du temps à perdre, il aurait été dommage de gâcher une opportunité d'être diverti. Je descends en contrebas pour me plonger dans une rivière afin de me débarrasser de ma moiteur. Je n'ai rien pour me sécher mais l'air suffira. Est-ce que Josh va bien ? Sans doute. Mes visions ont tendance à m'avertir avant qu'il n'arrive quelque chose de grave à mon entourage, même si elles annoncent parfois un futur très proche, je ne suis pas assez éloigné du caveau pour arriver trop tard. Avant d'entrer dans la tente, je vérifie tout de même, sans faire de bruit, en espérant le trouver endormi. Mais il est toujours penché sur des livres. Il montre des signes d'agitation, de nervosité. Je pose une main sur son épaule.

– Tu devrais prendre un moment pour te reposer.

Il s'exclame brutalement qu'il ne peut pas. Sa nervosité éclate dans l'atmosphère étriquée du caveau. Je sens de la terreur. Envers moi ? Non, c'est impossible. Il n'en a jamais manifesté, il semble sensible à mon aura tranquillisante de faune. Qu'est-ce alors ? L'idée de dormir, de sombrer dans le néant à nouveau, je suppose.

– Que tu le veuilles ou non, tu finiras par t'effondrer, dis-je calmement. Si tu veux quitter cet endroit au plus vite, tu dois reprendre des forces avec un sommeil naturel.

Mais le raisonnement pragmatique n'est pas approprié. Il est au bord de la crise d'angoisse. Je lâche son épaule pour lui prendre les mains et lui souffle en activant légèrement mon magnétisme pour bercer son esprit dans une bulle enveloppante, sécurisante :

– Calme-toi. Du calme. Je suis là. Il ne va plus rien t'arriver, d'accord. Suis-moi dehors, viens.

Sans lui lâcher les mains, je le guide à l'extérieur. Je sais que je ne devrais pas faire ce que je fais. Je dois garder un self-contrôle immense pour rester à la limite, pour l'attirer à moi tout en le maintenant à distance, en lui inspirant de l'apaisement sans aucun désir. Si ma concentration devait se briser, je pourrais briser son esprit dans le même élan. Mais il doit se reposer. Et je ne veux pas passer la nuit à le rassurer. Je ne veux pas passer une nuit de plus ici, moi non plus. Je le fais s'allonger dans le lit que j'avais prévu pour lui. Même si le dehors est sinistre, il reste différent que celui où il a dormi des années, c'est un lieu neuf, dans lequel il a moins de raisons de croire qu'il ne se réveillera pas.

– Repose toi ici. Demain, une nouvelle vie commence. Nous quitterons cette tente. Nous quitterons ce domaine. Nous n'avons plus rien à faire ici. Et… – Je lui lâche une main pour tirer la dague de ma poche. Je l'appuie sur sa paume. – Elle te revient. Tout rentre dans l'ordre. Dors, maintenant.

Je m'éloigne doucement en baissant mon emprise sur lui pour aller me coucher de l'autre côté de la tente. Ce dernier effort magique m'a sonné presque autant que lui.[/color]

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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] EmptyDim 2 Juin - 16:51

Certains réveils sont plus difficiles que d’autres

Dormir, l’idée m’est inconcevable. Mon dernier sommeil a duré quatre-vingts ans. Le monde autour de moi n’a pas simplement évolué, il a été balayé, détruit et reconstruit avec des règles que je ne connais pas. Les brèves informations données par Macsen ajouté à ce que j’ai lu me donnent encore le tournis. Le faune n’y était pas allé par quatre chemins. C’est factuel, râpeux comme la vérité. Trop de choses à assimiler, ce passé rayé, annihilé. Le futur que je me prévoyais envolé, devenu caduc. Ce présent que je ne contrôle pas. Plus. Et la sollicitude de ce gars, qui par définition n’a pas vraiment de compassion pour le genre humain, que je ne comprends pas. Voit-il dans son aide, le paiement d’une dette ? Rien ne l’obligeait à me réveiller. Je suis un fardeau. Pourquoi ? Y a-t-il un intérêt ? Ce qui est certain : je dépends de lui, totalement. L’idée m’exècre, mais c’est ainsi.

Macsen tente de me rationaliser, argue que j’ai besoin de reprendre des forces. Mon horloge biologique s’est remise en route, je dois reprendre le cours normal d’une vie humaine, boire, manger, dormir. Il a raison, mais les ténèbres me terrorisent. Et si cela recommençait ? Que je me réveille dans cent ans, mille ans ?

Ma respiration se saccade, mon cœur se serre. Je sais que je commence un début de crise d’angoisse. Mais le savoir ne m’aide en rien. La panique me submerge et accélère encore ma respiration. Je m’aperçois que Macsen tient mes mains lorsqu’il me parle. Il est peut-être mon ennemi, potentiellement un ami, je n‘ai rien à lui opposer. Je n’ai plus rien, sinon ma personne, mon esprit. Je visse mon regard dans le sien. Ses mains sont tièdes, rassurantes. Je sens la crise refluer. Je n’ai pas d’autres alternatives que de m’en remettre à lui.

Il me guide comme un père guide son enfant. Ma peur ne diminue pas, mais sa présence me rassure. Alors je mise tout là-dessus. Je n’ai pas les moyens d’analyser ma situation, je ne sais rien de ce monde. Je le suis presque comme un automate. Se sert-il de son pouvoir de faune sur moi ? Certainement. Je ne lutte pas, au contraire, j’écoute sa voix, me raccroche à son timbre chaud et cet accent un peu spécial à mes oreilles de Français.

La tente est là au milieu d’un paysage ravagé. J’ai de la peine pour cette forêt. C’était le pays de Macsen. J’avais été ébloui par sa magnificence, une forêt primaire que la main de l’homme n’avait pas transformée. Et ces êtres extraordinaires… Pryderi qui gît sous les décombres. Non, Macsen ne peut pas avoir de mauvaises intentions à mon égard, il ne m’aurait pas parlé de son frère, de sa mort.

J’hésite avant de rentrer dans la tente. C’est toujours mieux que le tombeau qui m’a gardé presque un siècle loin de la vie. Plus rien n’est comme avant. Le changement est récent. Je regarde Macsen, pour lui aussi cela doit être difficile. Est-ce cette similitude dans nos existences qui le fait agir ainsi ?

Je lui obéis, entre dans la tente et m’allonge sur le lit qu’il m’a préparé. L’attention me touche, je cligne des paupières pour refluer mon émotion. Il n’a pas lâché mes mains. J’en ai honte, mais ce contact m’empêche de dériver. Arrivent la séparation, les mots rassurants que l’on dit à l’enfant avant d’éteindre la lumière. Puis il pose quelque chose de dur dans ma paume. Je referme les doigts dessus.

- La dague…

Je n’ai pas besoin de la regarder pour savoir que c’est elle. Mes doigts sont mes yeux pour cet objet maintes fois manipulé. Le faune affirme qu’elle me revient, que tout rentre dans l’ordre. Je retrouve ma dague, mais j’ai perdu tout le reste. Je détourne la tête pour cacher les larmes que je ne peux plus retenir. Je ressens comme un froid quand Macsen s’éloigne pour se coucher de son côté. Je ne le regarde pas, mais au bruit qu’il fait, il semble plus s’affaler que se coucher.

- Merci. Je suis navré pour Pryderi, le château, tout le reste. C’était si beau.

Je le pense sincèrement, même si les habitants de ce dit château ont trahi ma confiance.

*

La nuit est silencieuse, je suis fatigué, mais le sommeil me fuit. La respiration lente et profonde qui monte de la couchette voisine m’indique que Macsen dort. Il est allé fouiller les ruines pour retrouver cette dague. Notre bataille pour sa possession me semble maintenant si dérisoire. Pourtant, avec son geste, Macsen redonne un sens à cette arme aux emblèmes de mon lointain ancêtre mêlé avec de l’ambre, sang de dryade.

- Est-ce un nouveau pacte qui nous lie ?

Seuls les insectes de la nuit me répondent. Je sursaute quand un cri étrange retentit au loin. Je ne sais pas quel animal l’a poussé, mais je n’ai nulle envie de me retrouver face à lui. Terreurs nocturnes… J’ai passé l’âge, mais pourtant. Mon esprit combat mon corps et me tient éveillé.

*

C’est le chant d’un oiseau qui me réveille. J’ai fini par sombrer, mais pas sans quelques aménagements. Le visage paisible de Macsen est à quelques centimètres du mien. Il était si fatigué, qu’il ne m’a pas entendu coller mon matelas contre le sien. Et en guise de décompte de mouton, j’avais écouté sa respiration. Cela m’avait apaisé et permis de glisser dans le sommeil sans m’en rendre compte. Sans peur. J’ouvre les paupières, tombe sur son regard interrogateur.

- Y avait un courant d’air l’autre côté…

Je fais une grimace contrite. Dès que l’on revient à la civilisation, je ne me comporte plus comme un enfant. Du moins je l’espère.

*

Macsen nous prépare le petit déjeuner, pendant que je ramène quelques livres pris dans le caveau. Alors que j’avale avec appétit un œuf au plat, je feuillette rapidement un livre de sciences pour enfants.

- L’homme a vraiment réussi toutes les prouesses technologiques imaginées par Jules Verne ?

Déjà j’extrapole aux incidences sur le commerce. Macsen me refroidit rapidement, la ville où nous allons, New York, est régie par des lois strictes où le commun des mortels ne fait pas ce qu’il veut.

- Une dictature en gros ?

De plus, je n’ai plus d’existence légale. Le faune affirme que l’argent n’est pas le problème, mais à mes yeux c’est le nerf de toutes sociétés. À moins qu’il n’y ait une autre forme de monnaie, dans des temps éloignés on appelait ça le servage ou l’esclavage. Je m’arrête de mastiquer et regarde mon « sauveur ».

- Rassure-moi. Tu ne vas pas me vendre, ou une connerie de ce genre ?


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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] EmptyMer 17 Juil - 10:50

Ce moment, je l'avais plus appréhendé que n'importe quel autre. Et, si je ne montre pas beaucoup d'émotions, c'est aussi, au fond, parce que je ne me donne pas beaucoup d'occasions d'en avoir. Il faut une grande force mentale pour affronter la destruction de tout un monde, même si l'on pourrait penser avec détachement qu'elle est dans l'ordre des choses. Même cette planète n'est pas éternelle. Mais, à nos échelles de vie, tout semble immuable. Nous faisons l'erreur de penser que tout devrait l'être, qu'une fois une chose détruite, il faudrait la reconstruire à l'identique. Je donne l'impression de relativiser. En réalité, je m'y efforce. Je n'arrive pas à me convaincre, en toute sincérité, que les ravages sur notre domaine est une simple fatalité à accepter, que cette partie du monde devait disparaître un jour, comme l'ont fait de nombreuses civilisations avant, que le futur vaut autant que le passé, qu'il n'y a pas de mieux, pas de pire, juste une ligne temporelle qui avance, avec des choses qui sont et d'autres qui ne sont plus. J'éprouve, au contraire, un grand désespoir à cette idée. Pour l'accepter, il faudrait renoncer à toute considération logique, accepter de ne donner un sens à rien, s'abandonner à l'absurde. Or, rien ne devrait être si tout est absurde, pas même mon existence. Je m'égare. J'aimerais réussir à trouver un axe de raisonnement qui me laisse en paix. Certaines choses ne devraient pas être détruites. Et s'il faut avancer, il faut pouvoir le faire en douceur, sans tout y perdre. Le problème de l'isolement de la forêt aurait mérité d'être résolu sans qu'elle soit détruite. Pryderi aurait pu changer. Je ne le portais pas immensément dans mon cœur, mais ce n'était pas une raison pour le tuer. Il n'était qu'une personne stupide à un moment donné. Il avait encore bien des choses à apprendre et comprendre. Quand je donne la dague à Josh, c'est aussi, pour moi, une manière de rappeler que certaines choses sont toujours là, même si on ne pourra jamais les reprendre là où on les a laissées. C'est réconfortant sans l'être. C'est étrange. Les larmes que j'arrache à Josh sont sans doute un mélange de sensations contraires difficiles à définir. Je les ressens aussi, qui me pèsent sur la poitrine. Oui, c'était beau. Ce fut une belle vie. Je n'ai rien à répondre aux propos qui se veulent aimables de Josh. Il vaut mieux dormir et partir avec un esprit vidé de tout ce qui nous a troublés aujourd'hui.

*

Au matin, l'organisation de la tente a légèrement varié. Je m'étonne de découvrir Josh aussi proche de moi. Je m'en inquiète aussi. Je ne pensais pas qu'il aurait souhaité dormir si près de moi. J'avais voulu respecter sa pudeur comme sa rancœur en mettant le plus d'espace possible entre nous. L'autre raison, celle qui me préoccupait, était qu'une proximité prolongée n'était pas souhaitable, mais c'était une chose compliquée à dire sans lancer une discussion très gênante. Les humains ont rarement une idée très nette de la dangerosité d'un faune. J'aurais pu me rapprocher de lui dans mon sommeil et tout oublier. Josh pensait peut-être qu'il n'était pas libre. Mais il n'avait pas à souffrir d'être sous mon emprise. Je ne voulais pas faire quelque chose qui pourrait davantage gâcher sa vie et son libre-arbitre.

– Nous ferons de notre mieux pour trouver un endroit où passer une nuit sans courants d'air ce soir alors ! ai-je dit simplement.

*

Faire du camping, et commencer une matinée presque banale avec un réchaud portatif, à l'endroit où se trouvait votre demeure est une expérience très particulière. Pourtant, nous faisons notre possible pour rendre le moment normal en gardant un air détendu. Josh continue de lire, je lui sers le repas, et j'attends, en préférant la bière au café. J'ai assez réfléchi la veille. La question du jeune homme très âgé me tire de ma contemplation absente du paysage.

– Presque tout ce que Jules Verne a imaginé a été réalisé sous une forme bien plus améliorée… et scientifiquement crédible. Ceci dit, il n'est pas encore possible d'aller au centre de la Terre. Une fois en ville, je te donnerai un téléphone portable. Ici, ça ne servirait à rien, la zone n'a pas de réseau. Mais personne ne peut se passer de cet outil aujourd'hui.

J'essaye de répondre à toutes les nouvelles questions qui se bousculent dans sa tête. Mais je finis par l'avertir que le monde d'aujourd'hui est devenu moins libre que celui qu'il a connu. Les villes se sont coupées les unes des autres, il faut des autorisations pour en sortir, rien n'est très sûr. Quand il me demande si New-York est devenu une dictature, je nie de la tête.

– Non, il faut plutôt envisager un retour à une politique plus féodale. L'extérieur des villes n'est plus sûr. Les grandes villes qui ont été épargnées ont dû se protéger d'arrivée de pilleurs. La catastrophe n'est pas la seule responsable de tous les morts. Certaines, comme New-York, ont pris des mesures radicales. Il a fallu reconstruire, et les villes qui brillaient déjà avant leur destruction étaient les mieux préparées. Mais reconstruire n'était pas possible en accueillant tous les rescapés d'un continent. C'est encore frais et instable, les gens restent méfiants. L'autre raison, moins officielle, est la présence plus nombreuse de créatures, démons et dieux dans ce monde. Dans les villes, ils sont canalisés. Hors des villes, ce n'est pas le cas. Et les dirigeants de New-York qui se sont succédés et ne sont aujourd'hui plus humains, ne souhaitent pas voir entrer « n'importe quoi » dans leur cité…

Josh insiste aussi sur la question de l'argent, et je lui répète que ce n'est pas un problème, ce qui ne semble pas le convaincre. Ce qu'il en déduit, par contre, me laisse très perplexe. Le vendre ? Je le regarde en haussant les sourcils, puis j'éclate sincèrement de rire.

– Pourquoi est-ce que je te ramènerais dans un état d'éveil et t'aiderait à comprendre ce monde pour te vendre ? J'ignore quel tordu accepterait d'acheter un être humain, et je crois que je ne veux pas le savoir. Non, ce que je voulais dire, c'est qu'il n'est pas difficile de se faire de l'argent en passant hors du circuit classique. J'ai déjà amassé beaucoup, je peux amasser autant si je le souhaite. Je n'ai rien de particulier à faire avec, à part avancer dans la vie sans me poser de question, tu pourras prendre ce dont tu as envie, avant de pouvoir gagner le tien.

Je sais que mon offre est anormalement généreuse, mais, sans faire de gros coups financiers et de grosses dépenses, on amasse beaucoup en 80 ans. Et, disons honnêtement, qu'avec mes vies multiples, j'ai su me faire une réserve très conséquente, entre les entrées en politique, les activités de gourou, les personnes richissimes qu'il m'est arrivé de séduire et qui m'ont tout cédé. Je n'ai rien obtenu illégalement, d'un point de vue officiel, ce qui me permet de dire que gagner de l'argent n'est pas difficile. Et l'argent n'est pas un problème pour moi, je n'y accorde par une grande importance dans la mesure où je n'ai jamais agi avec l'idée de le gagner. Je l'ai gagné en agissant avec d'autres idées en tête. Ce n'est qu'un bonus, pas une récompense, pas une chose que j'estime avoir mérité et qui m'appartienne vraiment.

– Dès que tu te sens d'attaque, nous traverserons la forêt jusqu'à la voiture en bas. Je t'amènerai dans mon village, il est à quelques kilomètres d'ici. C'est là que tous les rescapés de la région se sont rassemblés.

Mon père était peut-être maire, mais moi aussi, de manière plus officieuse. Je m'étais établi là où il restait de la vie. Et j'ai aidé les survivants à recueillir tous ceux qui arrivaient jusqu'à nous. Cela fait une centaine d'âmes aujourd'hui, qui ont accepté de rester coupées du monde avec moi pour vivre selon des traditions celtes archaïques. Josh risque de se demander s'il n'a pas fait un retour en arrière en débarquant, mais j'ai estimé aussi trop brutal de l'emmener directement à l'aéroport de Londres. Nous devons avancer calmement.

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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] EmptyDim 4 Aoû - 16:34

Certains réveils sont plus difficiles que d’autres

Macsen semble imperturbable. Flegme britannique ? Comportement lié à sa condition de faune ? Ou tout simplement son caractère inné ? À l’instant présent, je l’envie de ce détachement. Nous sommes sur ses terres, et tout autour c’est désolation et chaos. Il est vrai qu’il ne découvre pas cela maintenant, qu’il a vécu le cataclysme. Il n’a pas commenté mon rapprochement de la nuit, je lui en sais gré. J’ai honte de me comporter comme un môme apeuré.

Il répond à mes questions. Tout ce que Jules Verne avait imaginé s’est réalisé, en mieux. Je ne sais pas ce qui est le plus incroyable : l’esprit visionnaire de cet écrivain que j’affectionne, ou l’avancée considérable de la science en un siècle. Toutefois, il n’est pas encore possible d’aller au centre de la Terre. Sa remarque m’arrache un sourire. Le centre du monde a-t-il été épargné par le ravage ?

J’avale une gorgée de thé, j’aurais préféré un café. Mais les moyens du bord sont ce qu’ils sont et Macsen s’est donné du mal à adoucir au mieux mon réveil avec ce qu’il a pu transporter jusqu’ici. Rien que les livres qui pèsent leur poids, les victuailles, le matériel de camping… Je prends la mesure de ses efforts.

Je le détaille à la sauvette. On ne peut pas affirmer qu’il soit beau, du moins dans la gamme des critères de mon époque. Mais il se dégage de lui un charme, une présence. Même son regard pourtant neutre est troublant. Je sais que sa nature de faune fausse ma perception de lui, mais jusqu’à quel point ? Je me souviens de cet instant fugace sur le toit du British Museum. Ce moment où j’avais ouvert ma main pour lui offrir la dague alors que je ne le souhaitais pas. Je l’avais trouvé magnétique et envoûtant, avant de me reprendre.

Je tente de séparer mes émotions qu’il peut manipuler et les faits. Côté émotionnel, je me sens en sécurité à côté de lui, d’où mon rapprochement cette nuit. Côté factuel : il m’a sorti de mon long sommeil et m’offre la possibilité de rattraper mon retard. Il ne semble pas considérer cela comme payer une dette, mais plus un acte logique que j’espère dénué d’intentions plus sombres.

- Une fois en ville, je te donnerai un téléphone portable. Ici, ça ne servirait à rien, la zone n'a pas de réseau. Mais personne ne peut se passer de cet outil aujourd'hui.

Le téléphone. J’avais été émerveillé par l’objet capable de joindre quelqu’un à l’autre bout du monde. La magie de la technologie. Je me mords la joue pour ne pas répliquer que je serais bien en peine, car hormis sa personne, je ne saurais pas qui contacter. Tous ceux que je connaissais sont morts. Mais, je comprends l’utilité de pouvoir le joindre lorsque je serais à nouveau revenu parmi la civilisation, celle qui a survécu.

À ma question de savoir si New York ne s’est pas transformée en dictature, il m’explique qu’il faut considérer son système comme un gouvernement féodal. Un système que je connais bien pour avoir étudié à fond l’histoire de mes ancêtres. Seulement, cette fois-ci les Roncevaux se retrouvent du côté du petit peuple et non des seigneurs. À moins de devenir comme mon aïeul : un guerrier ? J’ai une vie à reconstruire. La réorganisation de la Terre en points de vie localisés et séparés par des terres hostiles change la donne du commerce. Je n’ai plus mon réseau et je crains qu’il soit difficile de m’en bâtir un nouveau. Est-ce le moment d’imaginer ma reconversion ? Quelques mois à peine – sur mon échelle de temps – que Durendal s’est invitée dans ma vie et me voilà plongé dans une époque où elle pourrait me servir. Une relation de cause à effet ? Un signe du destin ? Je m’interroge. Macsen affirme que c’est son père qui tient la ville. Est-ce un point d’entrée pour moi ? Ma famille n’a jamais été faite pour diriger – à part les gens sur ses terres –, mais pour servir une cause plus grande, un seigneur. Seulement, me mettre au service d’un homme qui a voté pour mon sommeil éternel a un goût amer.

Les humains ne sont plus au pouvoir. Ils ont dégringolé de leur place dans la chaîne alimentaire. Il faut donc être intelligent et prudent pour survivre. Malin aussi. Et chanceux, et… Ce n’est pas gagné. Je soupire.

Macsen éclate de rire à ma question de savoir s’il a l’intention de me vendre. Cela me vexe, car dans un système féodal, la vie est une marchandise.

- J'ignore quel tordu accepterait d'acheter un être humain.
- Un humain de qualité !


Il évacue ma crainte, l’argent n’est plus un obstacle. Il me garantit que je ne manquerais de rien. L’idée d’être entretenu me déplaît, mais j’imagine qu’il faut que j’adapte mes concepts moraux à la nouvelle donne. Le temps du départ approche. Macsen ne me brusque pas et me laisse le choix du moment.

- Je veux terminer les livres pour enfants. Ils sont concis, rapides à lire. Inutile de nous encombrer avec ça. Et cela me donne un prequel représentatif de ce qui m’attend.

S’instruire avec des livres pour gamins, voilà une belle claque à mon ego. Je suis obligé de faire preuve d’humilité si je souhaite m’en sortir. Cependant, la chute de statut égratigne ma fierté. Je ravale mes ressentiments, attrape un ouvrage sur les transports et vais m’asseoir sur une souche.

*

Deux heures que nous avançons dans cette lande ravagée. Je me souviens de mon voyage allé, difficile dans cette forêt dense et qui s’est transformée en mikado géant. Notre progression est mal aisée. Macsen m’a apporté des vêtements plus adaptés à la randonnée que ceux avec lesquels j’étais venu dans ses terres. J’ai été étonné que le vêtement de travail qu’il appelle « jeans » soit le mainstream depuis plusieurs décennies. Des coutures renforcées avec des rivets, un bouton-rivet qui résiste aux prises de ventre, tout cela fait très ouvrier, mais j’admets que c’est confortable et plus résistant que mon pantalon de flanelle. La chemise et le pull sont de facture locale qui ne me dépayse pas, par contre la veste dite de sport m’a intriguée par sa coupe et sa matière. Elle est chaude, légère, respirante avec plein de poches pour y perdre ses clés.

Nous avons peu parlé, ménageant nos souffles dans ce paysage tourmenté qui nous impose détours et escalades. Par prudence, nous avons opté de faire le trajet en deux jours. Je sais que c’est moi qui ralenti le rythme. Pourtant, j’ai tenu à porter ma part de charge avec le matériel de camping, les provisions et les quelques livres que j’ai décidé de conserver.

À midi, nous nous arrêtons dans une clairière cernée d’arbre. Sur une centaine de mètres carrés, la nature a été préservée, et à l’abri des frondaisons on pourrait presque oublier le chaos qui nous entoure. Je décide de questionner un peu mon guide. Macsen n’est pas loquace, du genre taiseux, alors que je suis son opposé. J’ai besoin d’en savoir plus sur lui, sa vie et ce à quoi il aspire. Après tout, il devient un peu mon protecteur. Si les conditions qui nous ont réunis nous opposaient, maintenant c’est différent. Je ne suis pas un ingrat. Dans mes veines coule un sang qui place l’honneur et la loyauté au premier plan. Je ne sais pas comment Macsen me voit ni quelle place il me donne dans sa vie. Mais, j’ai bien l’intention de l’épauler et pour cela faut-il que je comprenne comment il fonctionne. Je mâche lentement ma viande séchée avant de me lancer.

- Tu fais quoi dans la vie ? Es-tu seul , en couple ?

Regard lent de sa part. Je sens que je vais ramer pour avoir des informations. Ou alors est-ce juste sa manière d’être qui donne l’impression qu’il est détaché de tout. Je justifie ma curiosité.

- Je ne compte pas me faire entretenir et rester oisif. C’est incompatible avec mon caractère. Donc quand je me serai mis à niveau du monde actuel, je veux pouvoir t’aider, t’épauler. Même si je ne sais pas encore en quoi je peux t’être utile. Pour cela, j’ai besoin de te connaître un peu plus. Pas le faune, tu m’as déjà donné des explications, mais toi, l’individu, tes attentes, tes aspirations.

Puis, il faut que je sache aussi qui sont les autres surnaturels auxquels je pourrais être confronté. Les questions se bousculent, mais je les retiens. Je sais une chose de Macsen, il distille les informations au rythme qu’il juge utile. Frustrant, mais c’est ainsi. Je mords dans mon pain pour ne plus être tenté d’ajouter un mot de plus.






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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] EmptyJeu 5 Sep - 18:23

Josh est un homme fier, un homme à la fierté blessée. Si je ne laisse rien paraître, la gêne que j'éprouve à sentir sans cesse son malaise face à son ignorance est bien réelle. Sa situation est délicate, la mienne aussi. J'étais prêt à l'affronter, et c'est la raison pour laquelle je ne vois pas l'intérêt de partager mon embarras, mais je marche sur des œufs. Je me demande encore plus ce matin qu'hier ce que je fiche dans cette situation. J'aimerais pouvoir accélérer le temps d'un claquement de doigts, mais je n'ai pas accès à cette magie. Je ne peux pas contrarier quelqu'un d'aussi désorienté. Je dois accepter qu'il demande encore un peu de temps pour terminer les livres les plus courts et synthétique, qu'il prenne aussi le temps de s'interroger sur les nouveaux vêtements que je lui propose, en le rassurant sur le fait que tout le monde s'habille de cette manière aujourd'hui. Ce qui était pour lui sa tenue d'hier a pris la poussière. Le tissu s'est flétri. Seul son corps a été touché par le sortilège de sommeil éternel. Si des gens le voyaient, ils le penseraient déguisé pour une sorte de reconstitution historique, et il valait mieux éviter les questions aussi innocentes que dérangeantes à ce sujet.

– J'ai pris ce qu'il y avait de plus standard, mais tout le monde s'habille un peu comme il veut de nos jours. Alors tu pourras sans doute trouver des coupes et matières qui te conviennent mieux en boutique plus tard, l'avais-je rassuré pour fermer la discussion.

La marche en forêt jusqu'à la voiture demande plus de temps que je ne l'avais estimé. Tant d'années en sommeil n'ont pas fait de bien aux muscles du jeune homme. On pourrait presque croire qu'il a vieilli de l'intérieur. Il s'épuise vite, surtout que le terrain est jonché d’embûches. Le moindre pas vous coince le pied dans un enchevêtrement de bois et de ronces. Nous parlons peu. D'une part, je le laisse à ses efforts pour avancer, surtout qu'il a insisté pour porter aussi des affaires alors que je ne voyais pas de problèmes à abandonner sur place la plus grande partie de ce que j'y avais apporté, de l'autre parce que j'avançais trop vite pour lui. J'avais des jambes bâties pour les sentiers escarpés, et mes sabots ne risquaient pas de se prendre dans des lianes. Plutôt que chercher les zones lisses dans le sol, j'allais de souches en cailloux. J'avançais par série de bonds, puis l'attendait quand je trouvais un socle plus stable qu'un autre. Dans ces moments, mon illusion ne faisait plus effet en raison de mon attitude plus animale qu'humaine. Je savais qu'il me voyait alors sous mon apparence réelle, avec mes cornes noires torsadées et mes pupilles fendues. Je détestais me montrer ainsi aux humains qui n'étaient pas sous mon charme, mais le terrain ne me permettait plus d'avancer comme si j'avais deux pieds et une seule articulation.
Vers midi, je proposai une pause. Il était évident que Josh, aussi volontaire qu'il soit, n'en pouvait plus. Nous avions eu raison de prendre le matériel de camping par prudence, il était possible qu'une deuxième nuit soit nécessaire étant donné son état, mais je n'aimais vraiment pas cette idée. Je ne disais rien pour ne pas alerter mon « protégé » mais plus je passais de temps à côté de lui sans autre contact possible, plus ma lucidité humaine menaçait de disparaître. J'étais occupé à calculer mentalement le nombre d'heures que nous pouvions raisonnablement nous autoriser avant qu'un voile noire ne tombe sur mon esprit quand il me demanda ce que je faisais dans la vie et, plus étrange encore, si j'étais seul ou en couple. Mon regard revient lentement sur lui. J'ai à nouveau une apparence humaine, mais je n'ai pas de réponse humaine à cette question. J'essaye néanmoins de faire un effort pour être rassurant, je sais que son espèce a de grandes difficulté à concevoir l'existence d'un peuple qui, malgré un stade de conscience très honorable, est structuré comme une meute de loups et ne pourrait tout simplement pas adapter le concept de « famille » à ses mœurs. Alors, je lui épargnerai les explications sur notre manière de vivre qui rendent ses interrogations caduques.

– Je suis le seul rescapé de mon espèce dans la région, dis-je simplement avec un sourire énigmatique.

Je sais que ce n'est pas une réponse digne d'assouvir sa curiosité et qu'il sera certainement frustré, mais je ne vois vraiment pas comment lui expliquer la manière dont j'organise ma vie « sentimentale » sans entrer dans des détails gênants en lui donnant l'impression de ne pas du tout pouvoir me cerner, et entraîner des questions qui finiraient par me troubler moi-même. Car, je suis peut-être un peu de mauvaise foi en estimant que sa question n'a pas lieu d'être. Nous avons été élevés dans le respect d'un modèle familial traditionnel et du sang humain coule dans mes veines, ce qui laisse supposer une sensibilité différente, mais Josh n'est pas obligé de le savoir. Je préfère m'attarder sur mes activités.

– Ces dernières années, je me suis beaucoup intéressé à la climatologie et j'ai écrit plusieurs thèses sur le sujet. L'avancée industrielle de ce monde n'a pas fait un bien immense à la planète. Beaucoup trop d'espèces, animales comme végétales, ont vu leurs territoires se réduire voire disparaître avant le cataclysme, surtout les créatures magiques qui se sont réservées un isolement de plus en plus difficile. J'ai estimé que, sans parler de ces dernières, il était important de sensibiliser les survivants à la possibilité de reconstruire les choses autrement, pour ne pas causer d'autres pertes, en laissant la végétation reprendre ses droits sur les ruines. J'ai bâti le village dans lequel nous allons sur cette idée, avec des gallois qui avaient eux aussi tout perdu. Voilà ce que je fais en ce moment.

Et j'ai un certain regret à abandonner ce monde, ce clan qui s'est construit autour de moi. J'ignore si c'est une bonne idée. Ceux qui sont entrés dans mon secret, même s'ils ne le comprennent pas exactement, risquent de souffrir de mon absence, mais j'ai limité les risques en traitant les relations que je pouvais avoir avec certains d'entre eux comme un rituel religieux durant lequel ils entraient en contact avec une créature mystique qu'ils n'associaient jamais à moi. J'avais piqué l'astuce à certains dieux d'ailleurs, les récits mythologiques sont riches d'enseignements. Je n'ai pas sélectionné mes initiés sur des critères de beauté mais sur leur niveau de désespoir. Certains avaient trop perdu pour être sauvés par de simples discours. Cette utilisation de mon pouvoir remplaçait une drogue, et autant que je devienne la drogue de ceux qui menaçaient de tomber dans une addiction pour échapper à la réalité.
Après mes explications, Josh insista une fois de plus sur sa volonté de redevenir actif rapidement, mais sa proposition de m'aider me surpris sincèrement. Je le considérai avec un étonnement visible. Je ne m'attendais pas à ce changement de discours. Je ne m'attendais pas à ce discours tout court. Il était légèrement malhonnête d'affirmer que je n'avais pas la moindre idée de l'utilité qu'il pourrait représenter, mais je n'avais jamais eu l'intention de lui forcer la main. Le moment de lui en parler était-il déjà venu ? Devait-il avoir conscience si tôt du pouvoir qu'il tenait peut-être entre ses mains ? Il en ferait ce qu'il souhaitait, ce n'était pas à moi d'en décider. La connaissance pouvait représenter un danger plus grand que l'ignorance, surtout avec les êtres capables de sonder les esprits que l'on rencontrait dès qu'il s'agissait de dieux. Devais-je jouer la carte de la transparence, ou attendre, au risque qu'il m'en veuille de lui avoir encore caché des informations ? Je l'ignorais. De toute manière, je n'avais aucune certitude sur les pouvoirs réels de Durendal. Trop de questionnements méritaient de poser d'autres questions. A force de réponses, les réponses venaient aussi d'elles-mêmes.

– Tu me seras utile si tu le souhaites, tu n'as pas d'obligation. Je ne t'ai pas libéré pour te forcer à exécuter chacun de mes plans, tu as le droit de te rétracter si nos aspirations sont opposées. Et si nous tombons d'accord, tu sauras certainement de quelle manière être utile. Tu as le droit de me poser toutes les questions que tu souhaites. Mais toi, quels étaient tes projets ? Quelles sont les activités dans lesquelles tu voudrais te réaliser ?

Les mots de Josh m'ont fait réaliser qu'il était le seul à me poser des questions, à s'intéresser à moi tandis que je me contentais de lui apporter des réponses, souvent évasives. C'était confortable, je devais l'admettre, et peut-être que l'idée de connaître l'homme qu'il était aujourd'hui me mettait mal à l'aise, l'idée de connaître un homme à qui j'avais tout pris sans le vouloir. Mais je devais lui retourner l'effort, surtout s'il voulait être utile. Je devais pouvoir l'aider à aller vers une nouvelle existence qui lui conviendrait.

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Dernière édition par Macsen Caerwyn le Jeu 26 Sep - 11:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] EmptyDim 15 Sep - 5:48

Certains réveils sont plus difficiles que d’autres

Se laisser aller au découragement et l’apitoiement sur soi est tentant. Rager contre Macsen aussi. Mais il est ma seule référence, mon seul repère et celui qui me tend la main et semble enclin à réparer un peu la suite de conséquences qui lui ont échappé.

Je le retarde, j’en suis conscient. Mais je ne peux pas aller plus vite, mentalement, physiquement. Toutefois, la douleur dans mes muscles est rassurante, signe de vie. Devant moi, Macsen avance à la manière d’un cabri. Cela m’amuse et m’effraye à la fois. Je le vois sous sa vraie apparence. J’ai eu l’impression d'une gêne de sa part au moment de croiser son regard alors qu’il m’aidait à passer un obstacle. Honte, pudeur, ou longue habitude de se cacher ? Je ne sais pas, il est aussi expressif qu’une fougère. Mentalement, je le nomme de noms de plantes. Fougère, ficus… Rien à voir avec son allure de bouc. C’est une image que je me suis construite, un mélange entre ce qu’il m’a expliqué de son monde, de ce que j’ai vu et interprété. Si notre relation s’engage sur une amitié comme je la conçois, peut-être j’oserais le surnommer ainsi à voix haute. Quoiqu’il me semble hermétique à l’humour.

Lors de la pause de midi, à mes questions, il m’informe qu’il est le seul rescapé de son espèce dans ce coin-là. Pas d’attache affective donc. Mais il reste évasif. Je ne sais pas si c’est pour me cacher des choses ou que les explications seraient complexes. Ses jambes aux articulations improbables et ses cornes lui avaient ôté le charme que je lui trouvai. Pas que je n’apprécie pas le côté un peu sauvage de son apparence, mais dans mon imaginaire le bouc n’est pas un animal que l’on vante pour sa beauté a contrario des félins, par exemple. Macsen m’explique ses activités actuelles, ses recherches sur le climat, l’ère industrielle de mon époque avait déjà obscurci le ciel de ses fumées. Avec les lectures que j’ai faites, je sais que cela est devenu un problème majeur et un enjeu politique.

Quand j’insiste à nouveau pour redevenir actif, mais surtout quand je m’intéresse à lui et lui offre mon aide malgré ce qu’il m’est arrivé par sa faute, je le sens troublé. J’ai toutes les raisons de lui en vouloir. Mais évoluer dans cette nature dévastée, où une grande partie de la population a été décimée, me rend pragmatique. Je dois reconstruire ma vie et Macsen est l’une des premières bases de celle-ci. Quand l’ennemi devient ami, bien que je ne l’aie jamais vraiment rangé parmi mes ennemis. Je n’en ai pas eu le temps vu que je me suis endormi profondément sans m’en rendre compte que je viens à peine de me réveiller.

Il reprend la parole après un long silence dont il a le secret et que je ne tente même plus de raccourcir. J’ai admis qu’il n’était pas humain et donc différent dans ses réactions. Macsen avoue que je pourrais lui être utile. Voilà qui donne une logique à mon réveil. Je n’en suis même pas choqué et cela me rassure presque. On agit tous par intérêt, moi le premier. Le faune modère son propos : il ne me forcera en rien et me demande même quels étaient mes projets.

- Mes projets ?

Ils n’ont plus aucun sens maintenant. Puis sa question me renvoie à une constatation déplaisante : je n’avais d’autres projets que celui de profiter de la vie. Mes activités commerciales m’offraient l’argent nécessaire à la vie de dandy que je menais. Je n’avais pas de réelle quête. L’arrivée de Durendal m’avait replongé dans le passé sans vraiment savoir ce que j’en ferai dans le futur. Depuis, j’étais devenu adroit et expert avec tout ce qui est armes blanches. Pratique en cuisine… La malice des Caerwyn m’avait ôté à ma vie et aux éventuelles aventures sous les ordres de Marie Curie. Qu’était-il arrivé finalement ? Une deuxième guerre mondiale avait finalement éclaté. Était-ce lié à la mission qu’elle m’avait demandé et qui m’apparaît de plus en plus vague et confuse ?

- Je ne sais pas si mes aspirations ont encore un sens aujourd’hui. Je suis ou j’étais doué dans le commerce de l’import-export et les négociations. La géographie économique que je connaissais a été balayée. J’avais une vie sociale bien remplie. J'aime les contacts avec les autres.

… ils sont tous morts. Je n’ai plus que le ficus. C’est peut-être pour ça que je me moque de ses cornes et de ses guibolles qui plient dans le mauvais sens. Il est la seule personne qui sait qui je suis. Le seul qui peut me comprendre.

- Aller jusqu’à New York va prendre une allure de voyage initiatique. Je ne pourrai pas remonter une affaire en un claquement de doigts. J’ai conscience que cela va prendre du temps. T’aider dans tes plans peut m’aider à m’intégrer.

Je ne connais pas la nature de ses plans, les tenants et les aboutissements. Dans des périodes aussi troublées, je sais que cela va m’obliger à choisir un camp. Seulement, j’ignore tous des forces en présence, des dangers intrinsèques de chaque faction. Il me sera difficile de choisir en mon âme et conscience. Déjà, ma libération me lie au ficus, même si de son côté il affirme me laisser libre de mes choix, il m’a invité dans son château. Je me suis peut-être lié avec des gens qui m’ont trahi, mais j’ai été touché par leur vie et leur histoire si intimement mêlée à la mienne. Ma sensibilité semble différer de celle de Macsen sur le poids de la fidélité. Mes ancêtres ont failli dans leur tâche. Pas qu’ils en soient réellement responsables, on ne lutte pas contre l’Histoire avec un grand H, mais quoi qu’en pense Macsen, un lointain serment me lie. Durendal me serait revenue peu de temps avant mon grand repos par hasard ? J’en doute.

*

J’ai fini par alléger mon sac et abandonner des affaires là où nous avions mangé. D’une part parce que cela n’allait pas me resservir ou être remplacé facilement. Et d’autre part, cela me permettait d’avancer plus vite. Macsen ne disait rien, mais quelques signes prouvaient qu’il avait envie de retrouver son village rapidement.

Je ne sais pas ce qui est le plus choquant. Les sabots du ficus ou sa voiture qui nous attend sur une route dégagée dans le land désolé. Je fais deux fois le tour de l’auto, demande à voir le moteur. Je crois apercevoir Macsen lever les yeux au ciel. Il doit se dire que nous ne sommes pas rendus si à chaque nouveauté technologique j’agis en gamin émerveillé. Quand il met en route le moteur qui fredonne un rythme feutré, je m’exclame.

- Ça, c’est magique !

Je lui souris, il reste circonspect.

- T’as l’âme d’un vieux bouc ! Déride-toi un peu !


Je sens que notre cohabitation va être épique. Nous avons clairement des caractères opposés. Je n’espère pas le rendre un peu moins lymphatique, mais l’influencer à ma manière. J’ai beaucoup à apprendre de sa part. C’est un peu rasséréné que je regarde le paysage défiler, me laissant porter par la conduite de Macsen. Au détour d’un virage, je découvre le village, son village. L’endroit a été épargné par les ravages. Des champs cultivés prouvent que la vie résiste. Macsen me donne quelques consignes vis-à-vis des villageois. Il semble que j’en sais plus sur le ficus qu’eux. Le surnaturel est encore un monde caché, mais pour combien de temps ? Qu’en est-il à New York ?



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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] EmptyJeu 26 Sep - 13:04

M'intéresser à Josh aujourd'hui est délicat. Toutes les questions sont là pour le ramener à une existence qui s'est brutalement terminée. Il faut pourtant bien le forcer à faire son deuil, à réaliser pleinement qu'il se trouve à la fin d'une ère, au commencement d'une nouvelle. Je ne peux rien de plus. Je ne serai ni le premier, ni le dernier à le ramener vers son passé en cherchant à le connaître. Et si trouver une réponse à ma curiosité lui est difficile, peut-être pourra-t-il comprendre, aussi, que je ne peux pas, de la même manière, avoir des réponses idéales à lui fournir. Il est un humain privé de passé, je suis un faune qui doit m'adapter. Nous avons chacun nos réserves, nos doutes et nos craintes. Mais, contrairement à moi, tous ces sentiments sont peut-être quelque chose qu'il découvre. Je crois avoir compris qu'il était plutôt aisé du temps où nous nous sommes rencontrés. Un jeune homme insouciant à qui la naissance et la vie souriaient. Il n'avait probablement jamais conçu dans son esprit l'idée de devoir se battre pour exister dans la société. Rien ne le prédestinait à tomber si vite, à part son insouciance, finalement. Je le laisse donc méditer sur ses projets sans m'inquiéter de le sentir contrarié. C'est tout à fait normal. J'approuve ensuite ses propos en hochant doucement la tête. S'il veut de la négociation, nous aurons de quoi faire. Les bons négociateurs sont toujours utiles. Il me dit ensuite, plus amer, qu'il avait une vie sociale remplie autrefois, qu'il aimait les gens. Mais les gens sont remplaçables. Même les humains l'apprennent avec l'âge, et sans doute qu'il l'aurait compris de lui même avec quelques années de plus. Les amitiés se font et se défont. Il ne faut même pas cinq années à un être humain pour regarder en arrière et se trouver un groupe de connaissances étonnamment changé. Projeter le temps qu'il lui faudra pour tout recommencer est une chose qui le perturbe beaucoup, un thème récurent dans ses discours. Mais, là encore, je pense qu'il se trompe. Tout peut se faire très vite avec les bons contacts. Son problème est de se limiter à la projection, à la théorie. Tout arrive avec de la pratique.

– Certains sont capables d'apprendre l'économie en quelques mois, je suis sûr que tu as assez d'intelligence pour arriver à cette prouesse aussi. Une affaire ne se monte pas à un jour, mais une affaire peut se reprendre en un jour.

Je lui tourne un sourire espiègle. Des entreprises peuvent se racheter tous les jours. Ses souhaits pourront être exhaussés. Et s'il tient vraiment à tout payer, il pourra me rembourser en faisant fructifier son entreprise.

– De mon côté, je vais sans doute prendre une place en politique. Je ne te propose pas une vie dans l'ombre Josh en dessous de celle que tu avais, tu pourras retrouver ta vie mondaine d'avant, avec de nouvelles têtes, certes, mais je t'assure que le genre de caractère que l'on peut y croiser n'a pas tant changé.

Nous reprenons la route. Continuer à parler sur ce qui sera ne sert à rien, nous tournons en rond et aucun mot ne peut réellement chasser ses inquiétudes. Seule la réalité future le pourra.
Arrivés à la voiture, Josh retrouve un peu plus d'expressivité en découvrant à quel point la technologie a pu évoluer. Je ne suis pas vraiment préparé à son enthousiasme. Je n'avais pas pensé à la forte impression que pouvait laisser une voiture moderne à quelqu'un qui a connu les tous premiers moteurs. Visiblement de meilleure humeur avec cette nouvelle possibilité « magique » qui se présente à lui, il devient plus brusque en me demandant de participer à sa joie. Je souris simplement.

– Et attend un peu de pouvoir la conduire ! Je doute que tu regretteras les vieux tacots, un bon point à la modernité.

Les voitures ne seraient peut-être pas souhaitables dans un monde beaucoup plus orienté vers la nature, mais je reste partagé. Il est difficile de ne pas reconnaître aux humains les merveilles technologiques qu'ils ont pu créer pour compenser leur propre faiblesse. Refuser ses propres limites rend ingénieux, même si la conséquence a été d'exclure peu à peu la magie, jugée inutile et contrariante, de leur monde. Comme la campagne est assez isolée de tout, je propose à Josh de conduire une fois que nous avons quittés les sentiers les plus escarpés, peu avant d'arriver au village. Je m'amuse de son plaisir à goûter à un aspect concret de cette nouvelle vie qui s'ouvre à lui. Il est d'abord surpris par la puissance du moteur mais, après plusieurs explications, il finit par s'adapter. Une fois le volant à nouveau dans les mains, je lui parle rapidement du lieu où nous allons passer la nuit, de la petite communauté qui a décidé de vivre sans reconstruire le monde tel qu'il était, du fait qu'ils ne savent rien de ma véritable nature mais pensent cependant que je suis une sorte de sorcier connecté à la nature. J'explique rapidement à Josh la place de la magie dans le monde pour répondre à ses interrogations.

– Les dieux tiennent à garder la magie secrète, un monde où elle prendrait trop d'importance ne les arrange pas. Cependant, il existe toujours des humains pour vouloir y croire, surtout dans une période de désespoir. J'ai ouvert ceux de ma communauté à certains aspects de la sorcellerie. Nous avons même quelques magiciens mineurs. J'essaye de voir si intégrer la magie comme une réalité dans un petit groupe est viable. Pour l'instant, tout se passe bien. Je pense même pouvoir affirmer que certains traumatismes causés par le drame ont pu être traités de cette façon. Alors que la technologie n'a été d'aucun rempart, les gens se sentent protégés.

Les habitations sont assez rudimentaires. On pourrait se croire dans un petit village érigé au début du XIXe siècle. Ici, chacun vit de ce qu'il produit. Chacun apprend à faire ce dont il a besoin ou à demander l'aide de son voisinage. Les villageois ont fait ériger la statue d'un faune au centre du bourg. Il a l'allure d'un vieux Silène qui contemple et surveille la place, assis sur une roche. Les humains aiment se rassurer avec des représentations de ce qu'ils souhaitent vénérer. Je n'ai pas tout à fait orienté leur croyance, car le seul faune que certains ont pu voir, était jeune, puisqu'il s'agissait de moi. Mais représenter un esprit de la nature sous la forme d'un vieux patriarche était plus convaincante pour eux. Je guide Josh chez moi sans faire de commentaire. Mon habitation est sur le même modèle que les autres, une petite maison à deux étages, avec cuisine et salon en bas, et une chambre à l'étage. Tout est assez utilitaire, je n'ai jamais été intéressé par la décoration ni les souvenirs personnels.

– J'ai déjà préparé mes affaires pour prendre l'avion à Londres dans deux jours. Nous ne resterons pas longtemps, mais tu pourras en profiter pour te reposer encore un peu. Je te laisserai ma chambre. N'hésite pas à aller te promener et discuter avec qui bon te semble ou continuer à lire, j'ai une bibliothèque assez bien fournie. Il faudra que je m'absente au moins une petite heure pour régler quelques affaires relatives à mon départ avec le futur maire.

C'est plus ou moins juste. Je dois évidemment faire mes adieux à ceux qui reprendront les rênes de ce que j'ai créé. Mais il faudra aussi que je retrouve l'un des humains qui me sert de compagnon, ou plutôt, de compagnon au « dieu faune », pour aborder sereinement le voyage.

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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] EmptyDim 6 Oct - 11:24

Certains réveils sont plus difficiles que d’autres

« Les dieux tiennent à garder la magie secrète »… Je réfléchis aux mots de Macsen. Le secret n’a-t-il pas toujours été la clé du pouvoir et les dirigeants que l’on offre en pâture à nous yeux et nos griefs que de simples épouvantails ? Je constate que le ficus arrange une ligne de conduite ancestrale à sa convenance personnelle. Du moins c’est l’apparence que j’en aie. Je suis loin d’avoir une vision éclairée de l’ensemble pour me risquer à une remarque, sans dire que je suis lié à lui comme un vassal. Macsen ne s’impose pas en seigneur et ne m’a rien demandé. Il affirme qu’il ne me demandera rien, bien qu’il ait une petite idée de ce en quoi je pourrais lui être utile.

Je me pose un moment la question. Il est plus fort que moi, possède ce don capable de me retirer toutes raisons. Le monde a changé à un point inimaginable. Oui je pourrais reprendre une affaire, mais la faire fructifier ? Ce n’est pas impossible, avec du travail et une sérieuse remise à niveau. Je vois le monde d’aujourd’hui avec des œillères, une situation délicate à confier à autrui. Je ne souhaite pas multiplier les risques, je place donc ma confiance entre les mains du faune. Ce que j’ai appris de mon siècle et de mon temps est que la loyauté s’achète ou se dévoie. Mes lectures sur ce qu’il s’est passé après mille neuf cent trente me confirment que la tendance ne s’est pas inversée. Le noble esprit chevaleresque n’existe plus, plus personne ne se sacrifie pour une cause.

Macsen débite son laïus sur l’impuissance de la technologie à traiter certains traumatismes liés au drame. J’ai envie de lui rétorquer que la protection que ressentent les gens, initiés à un savoir limité sur le monde de la magie, n’est que reproduire ce qu’ont fait nombre de religions. L’être humain a toujours courbé l’échine devant une puissance supérieure. Aucune gloire donc aux êtres surnaturels de surfer sur un endoctrinement qui date du début des civilisations. Enfin, je ne vais pas lui jeter la pierre. Je suis issu d’une famille croyante. D’une obédience où la foi saluait plus un ordre nécessaire à la vie qu’à une réalité théologique. Une façon de donner un sens à sa vie, aux sacrifices que l’on concède, jusqu’au plus ultime de l’un d’eux, pour l’honneur, pour une forme de courage qui paraît insensée pour la plupart.

Je suis étonné de la structure du village de Macsen, loin des images que j’ai vues dans les livres qu’il m’avait apportés. C’est un retour en arrière. La statue au centre du village en dit long. Je tais la remarque acerbe qui brûle mes lèvres. Le ficus a bien prévu de partir, c’est donc qu’il n’attendait pas une quelconque dévotion de la part de ses gens, ou un quelconque tribut. Ou qu'il en ait tout simplement marre de ce fief ridicule.

Nous arrivons chez lui. Je me félicite d’avoir tu mes commentaires. La maison de Macsen n’est pas plus luxueuse que les autres. Ce mode de construction basiques semble bien être le plus pérenne. Peut-être a-t-il finalement raison. Je réagis avec mes tripes en sachant parfaitement que mon jugement est faussé. Je ne suis pas quelqu’un qui se contraint de nature, mais j’ai l’intelligence de cerner ma position. Je ne peux pas me permettre de froisser mon seul allié et peut-être ami, bien que j’ignore si Macsen comprend la même chose derrière ce mot.

L’intérieur de la maison est neutre et sans âme. Mon compagnon de voyage m’informe que nous prendrons l’avion dans deux jours et que d’ici là, je peux me balader comme bon, il me semble.

(…)

Mon hôte parti, je me laisse tomber sur mon lit. Mon corps réclame une pause, mon esprit aussi. Je ferme les yeux et revois chaque moment depuis mon réveil. Je m’endors sans m’en rendre compte. C’est un bruit dans la rue qui me réveille. Des villageois qui s’interpellent avec joie. Sans me relever, je les écoute. Je sens dans leur voix une gaîté un peu forcée, comme si s’obliger à sourire allait apporter joie et bonheur. Une femme les rejoint, rouspète après ce qui doit être son mari, des rires fusent. Finalement, rien ne change. Je me relève, me passe un peu d’eau sur le visage à l’évier de la cuisine, attrape un livre sur le climat dans la bibliothèque de Macsen et sors m’aérer.

Je n’ai pas fait quelques mètres dehors qu’un homme me salue avec révérence. L’aura de mon hôte rejaillit sur moi par un mécanisme que je n’ai pas envie d'analyser. Dans deux jours, je ne serais plus ici. Inutile d’ajouter de la confusion dans ce microcosme qui semble vivre pas trop mal. Je passe la fontaine et son bouc statufié et poursuis pour m’installer le long de la clôture d’un potager. Tous les gens que je croise sont polis et désireux de discuter. Le chambardement semble avoir rapproché les gens. Je reste évasif sur mon histoire, laissant juste entendre que j’étais en vacances dans le nord du pays lors de la brèche et que j’espère retrouver mon pays grâce à l’aide obligeante de monsieur Caerwyn.

Lorsque je retourne à la maison de Macsen, j’ai appris pas mal des petites histoires du village. Les étrangers sont rares et comme je n’ai pas beaucoup parlé de moi, les villageois ont meublé les vides. Le bouc est très aimé, ils lui font confiance et le rende constructeur de leur tranquillité. Ces gens ont besoin de cela et du grand bouc qu’ils vénèrent. Tout cela est bâti sur un mensonge, mais le proverbe comme quoi que toute vérité n’est pas bonne à dire prend ici son sens.

Macsen n’est pas encore rentré, je range le livre sur le climat avec un peu de dépit. J’étais exalté du progrès technologique, mais il semblerait qu’en un siècle on ait, à cause d’une course vers le confort, bousillé la planète. À la cuisine, je trouve quelques denrées. Je m’attelle à préparer un repas. Lorsque le ficus revient, il trouve la table mise, des gamelles gardées au chaud sur le fourneau et moi en train de lire la revue Science, un numéro qui traite de l’énergie.

- Tu es parti plus que l’heure prévue, dis-je en refermant ma revue et en me levant.

Un sourire en coin adoucit mon propos. Je le charrie. Je cherche à lire un quelconque trouble sur son visage. J’imagine qu’il s’est organisé une vie ici, une vie qu’il va quitter dans deux jours. Et qu’il n’y a pas que le maire à qui il doit faire ses adieux.

- Pas trop triste de quitter ce que tu as construit ?

Je me souviens qu’il avait éludé ma question sur une famille ou une attache sentimentale. Il va me falloir du temps pour comprendre comment il fonctionne sur ce point. Je crois qu’il me manque bien des données sur son espèce.



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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] EmptySam 12 Oct - 16:01

Nous vivions simplement et heureux depuis une dizaine d'années. J'avais vu la communauté grandir, près d'une génération passer, un monde nouveau se construire. Au début, les gens s'étaient montrés pleins d'idées. Quand je leur avais proposé d'ériger un village au plus proche de leurs aspirations, tous s'étaient montrés enthousiastes. Ceux qui ne l'étaient pas avaient préféré rejoindre Londres. Les autres avaient saisis la possibilité de créer une société différente pour oublier la perte de leur ancienne vie. Quelque chose de tout à fait nouveau commençait. Il avait fallu définir des lois, les ajuster, réapprendre les savoirs du passé pour s'émanciper du pays. Beaucoup n'avaient rien à perdre en s'investissant dans ce projet. La tempête laissait les plus démunis sans rien. Le gouvernement de Grande-Bretagne, comme tous les autres, rencontraient des difficultés pour aider tous ceux que la tempête avait mis à la rue, et pour protéger des pillages ceux qui gardaient encore quelques réserves. Déboussolés, les humains avaient dû souffrir de la violence de leurs semblables. Quand l'ordre des choses était retourné, certains voyaient l'opportunité de faire régner la loi du plus fort, de renouer avec l'instinct primordial. Sans règles, la cohésion d'une ville ne tenait plus, car il apparaissait évident qu'elle était composée d'une multitude de clans, autant qu'il existait de familles. Et aucun de ses clans n'avait d'intérêt à s'entraider, car le territoire devenait soudain trop petit pour justifier leur coexistence. Même un village aussi paisible que le mien est sans cesse menacé par les groupes qui se nouent en son sein. Garder un chef sage et neutre est essentiel pour retenir le début des guerres de pouvoir. Cependant, il existera toujours des caractères dominants, qui attendent la moindre faille pour provoquer un conflit, et qu'aucun jugement, pour juste qu'il soit, ne satisfera. Tenir une communauté humaine n'est pas simple. Je sais que le village changera beaucoup après mon départ, mais il ne m'est plus essentiel de le maintenir.

Je frappe à la porte de Braen, un homme blond à l'approche de la quarantaine. Un vrai celte au tempérament belliqueux, toujours prêt à faire entendre sa voix, toujours prêt à saisir les opportunités et même à les créer de force, un véritable fauteur de troubles dans ce que j'avais essayé de créer. Braen avait provoqué plusieurs scandales très tôt dans notre communauté. Alors que l'argent n'existait pas, il avait trouvé le moyen d'arnaquer des personnes, alors que la propriété n'existait pas, il avait commencé à s'octroyer un territoire. Et rien de ce qu'il faisait n'était jamais assez grave pour lui donner le blâme du groupe. Les autres râlaient parfois, mais acceptaient, en apparence. Ils nourrissaient dans leurs esprits de la jalousie, des envies de revanche et de la méfiance. J'avais été très ennuyé par l'attitude de cet homme qui menaçait, à terme, l'équilibre que je proposais d'instaurer. Alors, je lui avais permis de découvrir les mystères du « dieu faune » et, depuis, Braen était tout à fait docile. Il ne cherchait plus à prendre l'ascendant sur les autres. Il menait une vie tranquille en attendant patiemment mes visites, et il était celui que j'étais le plus ennuyé d'abandonner. Quand il serait évident que le dieu ne reviendrait pas, il retomberait peut-être dans ses travers… Sauf si je lui avouais tout ce jour, me révélait dans toute ma nature pour rendre son esprit aussi désespéré que fou. J'avais hésité. Mais, finalement, je préférais laisser les choses comme elles étaient. Il est peu probable que je revienne avant une décennie, au minimum. Ralentir la fin de l'ordre que j'ai installé ne servirait à rien.

Je souris à Braen, et nous descendons dans sa cave où se trouve une autre reproduction du vieux Silène dressé sur la place centrale. Nous allumons une à une les bougies parfumées au pin et plantes des forêts et nous installons en tailleur dans le cercle rituel tracé au sol. Tout ceci est grotesque, mais les humains y croient, alors je ne vois pas l'intérêt de faire plus raffiné. Nous murmurons ensemble la prière d'invocation habituelle tandis que je déploie peu à peu mon pouvoir vers lui, jusqu'à ce que son esprit soit trop troublé pour lui donner mesure de ce qui arrive à son corps. Se faire posséder par le dieu cornu est un honneur. Chaque humain initié au rite lui donne le sens qu'il souhaite. Je ne crois pas que Braen y ait jamais vu un acte sexuel, sa psyché ne l'accepterait probablement pas. Pour lui, il s'agit plutôt d'une communion totale avec le Monde, un partage privilégié avec la perception divine, avec tous les éléments de la Terre. Il m'a déjà dit avoir été, un instant, le courant du fleuve qui glissait sur les galets, la terre qui recevait la pluie, la plante qui poussait et s'étirait vers le soleil, la sève chaude et collante qui suintait de l'écorce d'un arbre centenaire, le sang chaud et bouillant dans la gueule d'un loup. Je devais lui reconnaître de très intéressants efforts d'imagination, car il dégageait une sensation différente de chacune de nos unions, et j'étais toujours très curieux de les connaître. Quand il revenait à lui, j'étais de nouveau habillé, assis en tailleurs, et je lui demandais avec un sourire « Alors, qu'est-ce que le dieu t'as fait entrevoir cette fois ? »

J'étais resté plus longtemps que je ne l'avais prévu, à cause de la tension et de la peur accumulés pendant deux journées seul avec Josh, mais aussi parce que j'avais conscience de me prêter à ce jeu avec Braen pour la dernière fois. Les humains avec qui je partageais les étreintes ici étaient différents de ceux que j'avais pu prendre comme compagnons dans d'autres vies. Ils ne savaient pas qui j'étais, alors nous pouvions discuter normalement, sans qu'ils soient soumis à mon charme, le reste du temps. Je m'étais attaché à chacun d'entre eux. J'avais la réelle impression de les abandonner, comme un laisse un animal à un nouveau maître sans qu'il n'en sache rien.

Je suis surpris de découvrir que Josh a déjà bien investi les lieux en rentrant chez moi. La table est mise, une bonne odeur embaume l'air. Il pause la revue qu'il parcourait pour me faire remarquer que je suis plutôt en retard, assez pour lui avoir permis de préparer un repas. Son sourire se veut agréable, mais je me sens embarrassé. L'avoir laissé seul si longtemps n'était pas correct. Ceci dit, il ne semble pas inquiet.

– Désolé, je n'ai pas vu le temps passer. J'espère que tu ne m'as pas trop attendu… Merci pour le repas…

Je m'approche intrigué. Je n'avais même pas pensé à ce que nous aurions pu manger. Ceci dit, je m'occupe rarement de la cuisine. J'ai des voisins qui cuisinent bien mieux que moi pour partager leurs plats avec moi. Souvent, je vais chez eux, ou ils s'invitent chez moi.
Josh détourne mon attention en me demandant si partir n'est pas trop douloureux pour moi. Triste, je le suis sans doute. Mais je m'y suis préparé, j'ai accepté ce départ à force de longues réflexions qui m'ont conduites à la conclusion qu'il n'y avait plus d'intérêt pour moi à me terrer ici. Je réponds donc posément après un court temps de réflexion.

– J'avais construit ce village pour y rester. J'avais tout perdu aussi, j'ai voulu créer un groupe dans lequel il m'était possible de mener une existence paisible. J'abandonne un projet que j'aurais été curieux de voir évoluer davantage. Cependant, je ne savais pas, à l'époque, que mon père et mon frère étaient en vie. Aujourd'hui, l'idée de mener des projets de plus grande envergure avec eux à New-York me semble trop stimulant pour préférer rester ici.

Seul, je n'aurais pas la force ni l'envie d'aller au-delà de ce que j'ai fait dans cette communauté. Je me suis assuré de ne pas être seul, de pouvoir vivre comme je l'entendais dans une société qui me correspondait. Et je ne demandais rien de plus, même si j'avais dans l'idée de faire grandir peu à peu le village. Mais, aujourd'hui, mon père avait New-York, je pouvais envisager plus vaste, car je ne serais plus un faune qui essaye de survivre sur une terre oubliée de la campagne galloise. Est-ce qu'emporter un nouveau compagnon avec l'assurance de ne pas vivre seul pour mes premiers jour aux États-Unis me rassure ? Sans doute. Je suppose que mon père et mon frère ont déjà leurs habitudes et que je n'aurais pas une place immédiate dans leur quotidien.

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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] EmptyJeu 24 Oct - 11:36

Certains réveils sont plus difficiles que d’autres

J’ai tendu une perche pour en savoir plus sur ce qui fait vibrer le ficus. « Ficus », c’est le premier surnom qui m’était venu à l’esprit quand il m’avait amené au château familial et que nous avions croisé toutes ces créatures sorties tout droit des légendes. En fait, mon Ficus est plus lié au bouc, mais… même si j’ai pu apercevoir ses vraies jambes, le comparer au symbole du malin ne lui sied guère, alors que Ficus… Je freine mon sourire et écarte toutes les implications conscientes ou non que je colle à ce surnom que je ne prononcerai jamais devant lui.

Il m’apprend qu’il s’était constitué un lieu de vie, réunissant des gens perdus, qui avaient tout perdu aussi. Mais que maintenant, Ney York l’appelle. L'idée de ce village pourrait être séductrice, et pleine de compassion, si je n’y voyais pas autre chose.
Une autre interprétation.
Un détail, où le futur me confirmera son importance : le temps des hommes est terminé. Nous avons chu de notre piédestal. Que sont réellement ces villageois, qui semblent vivre en accord avec la nature, mais sous la domination d’une divinité cornue ? Macsen parle de « projet ». Un projet qu’il abandonne tel un dieu capricieux, las de son jouet et déjà attiré par autre chose. Certes, apprendre que sa famille est encore en vie et souhaiter la rejoindre est compréhensible. Mais si cela n’avait pas été le cas ? Que sont réellement ces gens ? Les cobayes d’une expérience ? De vrais faux amis pour ne pas vivre seul ? Un jeu pour passer le temps ?

Je tais mes sarcasmes, car ne suis-je pas comme ces villageois ? Vivants et en bonne santé grâce à Macsen. Suis-je un autre cobaye ? L’idée me fait frissonner. Ai-je perdu mon libre arbitre ? Ma liberté ? Les villageois me semblent sincèrement heureux. Ils pansent le deuil de leurs vies passées, convaincus qu’on leur offre une deuxième chance, celle de recommencer sans commettre les mêmes erreurs. Est-ce un mal pour un bien ? Je ne juge pas Macsen. Je n’ai pas toutes les cartes en main pour le faire et ne les aurais certainement jamais.

Je constate donc et ne m’exclus pas de l’équation. Le Ficus me semble sincère dans son offre à m’offrir une nouvelle vie. Il ne me demande rien en échange.
Pas encore.
Je ne peux pas accuser le Faune du changement de l’ordre des choses. Il a aussi perdu des êtres chers, son frère. Avant les hommes rognaient sur son territoire, maintenant… Je n’ai aucune idée de ce qu’est le maintenant. Je soupçonne que je vais devoir ranger mon orgueil dans ma poche et faire avec.

« Aujourd'hui, l'idée de mener des projets de plus grande envergure avec eux à New York me semble trop stimulant pour préférer rester ici. » Des jouets, une distraction, voilà ce que sont les villageois pour Macsen. À moi de veiller à ne pas en devenir un, ou… à minima participer au jeu. Je souris au Ficus et l’invite à se mettre à table.

Je ne connais pas les règles du jeu dans lequel je suis plongé. J’imagine qu’il est peuplé de chausse-trappe. J’ai l’intelligence de me préparer à quelques chutes, mais finalement l’enthousiasme du Ficus devant cette nouvelle vie qui nous attend de l’autre côté de l’Atlantique est contagieux. Je serais une honte à mon sang si je ne relevais pas le défi.

La vaisselle est lavée et rangée. Nous sommes installés dans le salon devant une bonne flambée, un verre d’alcool à la main. Je regarde la danse des flammes. Macsen ne me traite pas comme les villageois parce que je sais. Je sais pour le monde caché, je sais pour ses guibolles poilues aux sabots rutilants, pour ses pupilles différentes et ce pouvoir envoûtant dont il semble vouloir me protéger au prix d’un bel effort. Seulement, il n’a pas idée du curieux que je suis, de l’exalté un peu inconscient que je peux être. Je coule un regard en biais dans sa direction, mon regard pétille. Finalement, il m’a vendu du rêve. Je sors la dague à l’origine de notre rencontre. Je pose mon verre de malt sur la table basse et caresse le fourreau en noyer poli par les siècles, fais tourner l’ambre prisonnière d’un écrin d’agent et accroché au manche.

- Nous formons un duo un peu improbable, ne trouves-tu pas ?

Je range la dague qui a eu appartenu à mon plus célèbre ancêtre et prends mon verre pour un toast.

- À nous deux, aventuriers des temps modernes.

Aventurier, il faut l’être pour prendre un vol transatlantique. Même si après la brèche, c’est moins courant et pratique qu’avant. New York nous voila.


Fin de ce RP.


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