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Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn]

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Date d'inscription : 28/01/2018
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MessageSujet: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Lun 27 Aoû - 12:54

Certains réveils sont plus difficiles que d’autres

Allongé entre ces draps d’un autre temps, je récapitule l’aventure qui m’a amené jusqu’à cet endroit oublié des hommes. Je pense à ce danseur que j’avais croisé à Paris, Vaslav Nijinski. Était-ce en 1923 ou 1924 ? Considéré comme le plus grand danseur de son époque, il avait imaginé des chorégraphies innovantes. C’est évidement celle de « L’après-midi d’un faune » qui me vient à l’esprit alors que j'ai dîné en présence de peut-être, les derniers représentants de cette espèce.

Les faunes existent et avec eux tout le petit peuple. Je m’émerveille de cette découverte alors que le siècle se tourne clairement vers une aire technologique. Le sang noble qui coule dans mes veines me tourne naturellement vers le passé. Mon célèbre aïeul a passé un pacte avec ces créatures de tous temps élevées au rang de mythe. Mon imagination galope, si les faunes existent quand est-il des autres légendes ? Vampires, loup garou, vouivres, et toute la pléthore qui peuplent nos livres de contes.

Comment réagir ? Revenir chez moi m’engage à garder le secret. Je tiendrais ma langue, je suis un homme d’honneur. Mais avec ce savoir, je n’aurais de cesse de découvrir ce qui se cache, tapis sous la poussière romancée des contes et légendes.

Le voyage éreintant, l’exaltation de ma découverte, ces rencontres autant surprenantes qu’étranges ont raison de moi. Entre les murs d’une chambre désuète, je sombre dans un profond sommeil.

*

Mes rêves sont peuplés de dryades, de faunes et de chevaliers en armure. Je réinvente cette rencontre fabuleuse entre Roland de Roncevaux et la gardienne de la forêt de Brocéliande. J’imagine une célébration digne de l’époque. D’un côté les hommes sanglés dans des armures rutilantes, portant les armoiries de ma famille d'or au lion de gueules, à la bordure engrêlées de sable, ainsi que celles de Charlemagne. De l’autre, ces êtres si surprenants et envoûtants. Mes sens fond remonter le glamour qui émane naturellement de Macsen.

Tout se mélange. Présent, passé.
Tout se délite avec le temps.
Mort blanche.

*

Du néant jaillit un point blanc, lumineux. Minuscule tête d’épingle dans un vide sidéral.

La lumière chasse l’ombre comme une marée montante. Qui suis-je ?
Éclat de pensée perdu dans un rien. Inertie.

Blanc intense, aveuglant. Pourtant j’ai les yeux fermés. Où suis-je ?
Je ne parle pas, ne bouge pas, ne respire pas. L’anomalie semble déclencher un processus. Des souvenirs affluent. Dans le désordre. Un salon richement meublé à Paris. Un jeu de l’oie avec des pions en bois de couleur. Noiraud, mon chat.

Durendal…

C’est elle qui brille de cet éclat qui n’est pas de la lumière, mais de la vie, la mienne. Ma fidèle épée. Un peu voyante dans un monde où les balles ont remplacé l’arme blanche. Désuète, mais redoutablement efficace. Issue d’une lointaine magie blanche. Cette noble dame ne peut que faire justice. Je souris à l’évocation de ma précieuse. Sauf que mes joues ne bougent pas d’un poil.

Angoisse. Je suis figé, immobile et dans l’incapacité de bouger. Est-ce un cauchemar ? Une traîtrise par empoisonnement ? Un nom me vient spontanément à l'esprit.

« Macsen ! »

Aucun son ne traverse mes lèvres. La panique me gagne. Mon cœur qui jusque-là ne battait pas, se met à pomper. C’est douloureux, comme si mon sang s’était transformé en mélasse pâteuse. L’air qui entre à nouveau dans mes poumons agresse mes alvéoles pulmonaires. Est-ce la douleur que ressent un nouveau-né quand il respire pour la première fois ? Je hurle ma douleur, celle de mes bronches enflammées, celle de mon corps qui semble charrier du sang solide.

Mes tympans vibrent douloureusement. Depuis quand n’ont-ils perçu aucun son ? Mon cri est assourdissant.

*

Une aube pale me surplombe, ainsi que les branches d’un chêne plusieurs fois séculaire. J’ai froid. Depuis combien de temps suis-je immobile ? Progressivement je reprends la maîtrise de mon corps. Enfin, une faible partie de mon corps. Cela commence par mes paupières, mes lèvres sèches sur laquelle glisse ma langue pâteuse. La douleur dans mes veines s’est calmée et remplacée par des fourmillements. Je tente de bouger mes doigts, mais mes muscles sont ankylosés comme après une longue convalescence. L’odeur d’humus m’indique une forêt. Que s’est-il passé ? Est-ce une épreuve de mes hôtes ? Je suis fâché à cette idée. Durendal pulse sur mon torse. J’ai la position des chevaliers morts, les mains jointes sur leur arme.

Peu à peu je peux tourner légèrement la tête. Mon regard n’accroche que désolation et destruction. Que s’est-il passé ici ? Un soupir me fait lever les yeux. Je devine une présence derrière moi. Seulement aucun de mes muscles ne m’obéit. Je suis dans l’incapacité de me retourner et confronter celui qui m’observe depuis un long moment.

- Qui est-ce ?

Un bruit de pas écrase des feuilles mortes. J’aperçois des chaussures étranges, un bas de pantalon et quand l’intrus me fait face, mon cœur se glace. Non que Macsen ait vraiment changé, mais je me souviens ce qu’il m’a raconté sur la longévité des faunes.

Ce qui me met en alerte rouge, ce sont ses vêtements manufacturés avec un tissu que je ne connais pas. A son poignet gauche, là où habituellement on porte une montre bracelet, il arbore quelque chose qui y ressemble, mais sans le cadran ni les aiguilles. Le plus intriguant est ce qu’il tient de la main droite. Un rectangle d’une dizaine de centimètres de longueur, sur cinq de côté et d’un demi-centimètre d’épaisseur en métal laqué. Il le tient contre son oreille. La face contre sa peau est éclairée de différentes couleurs. Comment une ampoule peut-elle tenir dans si peu d’espace ? L’objet fait un bruit bizarre quand Macsen le range dans sa poche. Je dois m’y reprendre à plusieurs fois avant d’arriver à articuler clairement.

- J’espère pour toi que tu as une explication qui va me convenir…

Je ne suis présentement pas dans une position où je peux menacer qui que ce soit. Mais, aussi insensé que cela puisse paraître, j’ai confiance en Durendal qui repose sur mon corps qui s’éveille doucement de la torpeur dans laquelle il a été plongé. D’un regard, je mets Macsen au défi de me mentir.

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Date d'inscription : 17/01/2018


MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Lun 5 Nov - 18:26

Je l'aimais bien en belle endormie. C'était un état auquel il semblait habitué depuis le temps, et moi aussi. Pour un peu plus d'un demi-siècle, Josh était un souvenir du passé, une histoire inachevée qui pourrait se reprendre un jour lointain. Je n'y pensais plus vraiment. Je le savais présent quelque part, je ne doutais pas devoir le réveiller un jour… Mais quand ? Y a-t-il un bon moment pour ce genre de chose ? Je crois que j'espérais secrètement attendre si longtemps qu'il deviendrait absurde de le réveiller et plus raisonnable de mettre fin à ses jours sous le prétexte tout à fait sensé que le monde avait bien trop changé pour sa santé mentale. Je pouvais presque le décider aujourd'hui d'ailleurs. Imagine-t-on l'ennui d'expliquer à un humain des années 30 la seconde guerre mondiale, l'évolution technologique, et le désastre écologique qui a ravagé la planète avant de parquer les survivants dans l'illusion que tout pouvait reprendre comme avant ? J'en soupire d'avance. Je suis allé plusieurs fois dans le caveau creusé sous terre pour le protéger avec l'intention de le libérer de son maléfice. Et je renonçais après une heure de réflexion. Trop compliqué.

J'avais fini par me perdre dans de longues recherches bibliographiques afin de trouver les meilleures ouvrages d'Histoire et de sociologie, ainsi que tous les penseurs modernes à connaître, et m'épargner de longues explications, de pouvoir lui tendre un livre pour chacune de ses interrogations. C'était même devenu un prétexte sûr pour ne pas le réveiller. J'allais mettre des livres dans son tombeau, je me demandais si toutes les informations indispensables à son intégration dans notre époque étaient réunies, et je trouvais d'autres ouvrages à ajouter à la liste. C'était aussi devenu un passe-temps. Je prenais des notes sur mon ordinateur avec des listes de mots clés qui renvoyaient précisément au bon titre, chapitre, et même la page. Avec mon départ pour les États-Unis, je ne pourrais plus le faire. Je pouvais évidemment continuer à rassembler des livres dans un appartement à New-York, mais ce serait différent. Un lien serait rompu. Comment pourrais-je être certain de faire un travail utile si je ne pouvais pas m'assurer que le corps était toujours en vie au moins une fois par saison ? J'ignorais si ce souci pouvait expliquer ma décision de réveiller Josh avant de quitter le territoire, mais il me semblait recevable. Je n'arrivais pas à expliquer autrement ma gêne de le laisser endormi sous terre à des kilomètres de mon regard. Cela rendrait assez évident mon intention de ne jamais le réveiller. Je pouvais pourtant revenir dans plusieurs années. Je pouvais le laisser à son sort. Je pouvais le tuer. Mais toutes ces pensées faisaient ressurgir la culpabilité qui s'était emparée de moi après sa mise en sommeil, et je perdrais mon rituel confortable pour l'oublier et repousser éternellement ce que je savais être mon devoir vis-à-vis de lui.

Je n'aime pas du tout ce que je ressens alors que je suis agenouillé près du jeune homme, sur le point de prononcer la formule rituelle. Peut-être parce que je n'ai pas le souvenir d'avoir ressenti quelque chose de similaire. Je suis familier des pulsions violentes de désir. Mais mon corps n'a pas l'habitude d'autres désordres. Ce sont des problèmes, des faiblesses d'humains. Pourtant, ma poitrine est anormalement serrée, et il me faut m'y reprendre plusieurs fois avant de réussir à prononcer les mots libérateurs. Je me redresse d'un bond à son premier frémissement. Il a gardé son épée et je tiens à ma vie. J'aurais pu la lui retirer, mais il y est attaché, c'est un objet qui le rassure. Même si la laisser représente un risque, il me semble tout aussi risqué pour nos « retrouvailles » de l'en priver alors qu'il sera déboussolé. Il risquerait d'autant plus de me confondre avec un ennemi. J'essaye de retrouver une humeur neutre, sous contrôle, pendant qu'il émerge de sa longue nuit. Il se redresse, m'étudie, d'abord sans me reconnaître, puis son regard s'aiguise à mesure que les souvenirs lui reviennent, pour s'attarder avec une incompréhension manifeste sur ma tenue, mes accessoires. Il est intelligent, je devine qu'il calcule comme il peut le temps qui a pu se passer entre sa nuit au château et son réveil dans un caveau éclairé de chandelles. Il resserre peu à peu les mains sur le manche de son épée. Son regard devient agressif. Si j'ai une explication qui va lui « convenir » ? Quelle demande étrange !

– Je crains de ne pouvoir tordre la réalité à ta convenance, dis-je simplement. Notre domaine et forêt ont été rasés par une tempête qui a ravagé la moitié du globe. Mon père est devenu maire de New-York, et j'ai décidé de le rejoindre. Comme je n'allais pas te laisser seul ici, je suis venu te réveiller. Nous partirons quand tu te sentiras prêt.

Évidemment, je sais que je ne pourrai pas m'en tirer aussi simplement mais je crois avoir donné l'essentiel de ce qui m'amène ici. On peut toujours essayer. Certaines personnes acceptent les explications directes et minimalistes.

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