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Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn]

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MessageSujet: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Lun 27 Aoû - 12:54

Certains réveils sont plus difficiles que d’autres

Allongé entre ces draps d’un autre temps, je récapitule l’aventure qui m’a amené jusqu’à cet endroit oublié des hommes. Je pense à ce danseur que j’avais croisé à Paris, Vaslav Nijinski. Était-ce en 1923 ou 1924 ? Considéré comme le plus grand danseur de son époque, il avait imaginé des chorégraphies innovantes. C’est évidement celle de « L’après-midi d’un faune » qui me vient à l’esprit alors que j'ai dîné en présence de peut-être, les derniers représentants de cette espèce.

Les faunes existent et avec eux tout le petit peuple. Je m’émerveille de cette découverte alors que le siècle se tourne clairement vers une aire technologique. Le sang noble qui coule dans mes veines me tourne naturellement vers le passé. Mon célèbre aïeul a passé un pacte avec ces créatures de tous temps élevées au rang de mythe. Mon imagination galope, si les faunes existent quand est-il des autres légendes ? Vampires, loup garou, vouivres, et toute la pléthore qui peuplent nos livres de contes.

Comment réagir ? Revenir chez moi m’engage à garder le secret. Je tiendrais ma langue, je suis un homme d’honneur. Mais avec ce savoir, je n’aurais de cesse de découvrir ce qui se cache, tapis sous la poussière romancée des contes et légendes.

Le voyage éreintant, l’exaltation de ma découverte, ces rencontres autant surprenantes qu’étranges ont raison de moi. Entre les murs d’une chambre désuète, je sombre dans un profond sommeil.

*

Mes rêves sont peuplés de dryades, de faunes et de chevaliers en armure. Je réinvente cette rencontre fabuleuse entre Roland de Roncevaux et la gardienne de la forêt de Brocéliande. J’imagine une célébration digne de l’époque. D’un côté les hommes sanglés dans des armures rutilantes, portant les armoiries de ma famille d'or au lion de gueules, à la bordure engrêlées de sable, ainsi que celles de Charlemagne. De l’autre, ces êtres si surprenants et envoûtants. Mes sens fond remonter le glamour qui émane naturellement de Macsen.

Tout se mélange. Présent, passé.
Tout se délite avec le temps.
Mort blanche.

*

Du néant jaillit un point blanc, lumineux. Minuscule tête d’épingle dans un vide sidéral.

La lumière chasse l’ombre comme une marée montante. Qui suis-je ?
Éclat de pensée perdu dans un rien. Inertie.

Blanc intense, aveuglant. Pourtant j’ai les yeux fermés. Où suis-je ?
Je ne parle pas, ne bouge pas, ne respire pas. L’anomalie semble déclencher un processus. Des souvenirs affluent. Dans le désordre. Un salon richement meublé à Paris. Un jeu de l’oie avec des pions en bois de couleur. Noiraud, mon chat.

Durendal…

C’est elle qui brille de cet éclat qui n’est pas de la lumière, mais de la vie, la mienne. Ma fidèle épée. Un peu voyante dans un monde où les balles ont remplacé l’arme blanche. Désuète, mais redoutablement efficace. Issue d’une lointaine magie blanche. Cette noble dame ne peut que faire justice. Je souris à l’évocation de ma précieuse. Sauf que mes joues ne bougent pas d’un poil.

Angoisse. Je suis figé, immobile et dans l’incapacité de bouger. Est-ce un cauchemar ? Une traîtrise par empoisonnement ? Un nom me vient spontanément à l'esprit.

« Macsen ! »

Aucun son ne traverse mes lèvres. La panique me gagne. Mon cœur qui jusque-là ne battait pas, se met à pomper. C’est douloureux, comme si mon sang s’était transformé en mélasse pâteuse. L’air qui entre à nouveau dans mes poumons agresse mes alvéoles pulmonaires. Est-ce la douleur que ressent un nouveau-né quand il respire pour la première fois ? Je hurle ma douleur, celle de mes bronches enflammées, celle de mon corps qui semble charrier du sang solide.

Mes tympans vibrent douloureusement. Depuis quand n’ont-ils perçu aucun son ? Mon cri est assourdissant.

*

Une aube pale me surplombe, ainsi que les branches d’un chêne plusieurs fois séculaire. J’ai froid. Depuis combien de temps suis-je immobile ? Progressivement je reprends la maîtrise de mon corps. Enfin, une faible partie de mon corps. Cela commence par mes paupières, mes lèvres sèches sur laquelle glisse ma langue pâteuse. La douleur dans mes veines s’est calmée et remplacée par des fourmillements. Je tente de bouger mes doigts, mais mes muscles sont ankylosés comme après une longue convalescence. L’odeur d’humus m’indique une forêt. Que s’est-il passé ? Est-ce une épreuve de mes hôtes ? Je suis fâché à cette idée. Durendal pulse sur mon torse. J’ai la position des chevaliers morts, les mains jointes sur leur arme.

Peu à peu je peux tourner légèrement la tête. Mon regard n’accroche que désolation et destruction. Que s’est-il passé ici ? Un soupir me fait lever les yeux. Je devine une présence derrière moi. Seulement aucun de mes muscles ne m’obéit. Je suis dans l’incapacité de me retourner et confronter celui qui m’observe depuis un long moment.

- Qui est-ce ?

Un bruit de pas écrase des feuilles mortes. J’aperçois des chaussures étranges, un bas de pantalon et quand l’intrus me fait face, mon cœur se glace. Non que Macsen ait vraiment changé, mais je me souviens ce qu’il m’a raconté sur la longévité des faunes.

Ce qui me met en alerte rouge, ce sont ses vêtements manufacturés avec un tissu que je ne connais pas. A son poignet gauche, là où habituellement on porte une montre bracelet, il arbore quelque chose qui y ressemble, mais sans le cadran ni les aiguilles. Le plus intriguant est ce qu’il tient de la main droite. Un rectangle d’une dizaine de centimètres de longueur, sur cinq de côté et d’un demi-centimètre d’épaisseur en métal laqué. Il le tient contre son oreille. La face contre sa peau est éclairée de différentes couleurs. Comment une ampoule peut-elle tenir dans si peu d’espace ? L’objet fait un bruit bizarre quand Macsen le range dans sa poche. Je dois m’y reprendre à plusieurs fois avant d’arriver à articuler clairement.

- J’espère pour toi que tu as une explication qui va me convenir…

Je ne suis présentement pas dans une position où je peux menacer qui que ce soit. Mais, aussi insensé que cela puisse paraître, j’ai confiance en Durendal qui repose sur mon corps qui s’éveille doucement de la torpeur dans laquelle il a été plongé. D’un regard, je mets Macsen au défi de me mentir.

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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Lun 5 Nov - 18:26

Je l'aimais bien en belle endormie. C'était un état auquel il semblait habitué depuis le temps, et moi aussi. Pour un peu plus d'un demi-siècle, Josh était un souvenir du passé, une histoire inachevée qui pourrait se reprendre un jour lointain. Je n'y pensais plus vraiment. Je le savais présent quelque part, je ne doutais pas devoir le réveiller un jour… Mais quand ? Y a-t-il un bon moment pour ce genre de chose ? Je crois que j'espérais secrètement attendre si longtemps qu'il deviendrait absurde de le réveiller et plus raisonnable de mettre fin à ses jours sous le prétexte tout à fait sensé que le monde avait bien trop changé pour sa santé mentale. Je pouvais presque le décider aujourd'hui d'ailleurs. Imagine-t-on l'ennui d'expliquer à un humain des années 30 la seconde guerre mondiale, l'évolution technologique, et le désastre écologique qui a ravagé la planète avant de parquer les survivants dans l'illusion que tout pouvait reprendre comme avant ? J'en soupire d'avance. Je suis allé plusieurs fois dans le caveau creusé sous terre pour le protéger avec l'intention de le libérer de son maléfice. Et je renonçais après une heure de réflexion. Trop compliqué.

J'avais fini par me perdre dans de longues recherches bibliographiques afin de trouver les meilleures ouvrages d'Histoire et de sociologie, ainsi que tous les penseurs modernes à connaître, et m'épargner de longues explications, de pouvoir lui tendre un livre pour chacune de ses interrogations. C'était même devenu un prétexte sûr pour ne pas le réveiller. J'allais mettre des livres dans son tombeau, je me demandais si toutes les informations indispensables à son intégration dans notre époque étaient réunies, et je trouvais d'autres ouvrages à ajouter à la liste. C'était aussi devenu un passe-temps. Je prenais des notes sur mon ordinateur avec des listes de mots clés qui renvoyaient précisément au bon titre, chapitre, et même la page. Avec mon départ pour les États-Unis, je ne pourrais plus le faire. Je pouvais évidemment continuer à rassembler des livres dans un appartement à New-York, mais ce serait différent. Un lien serait rompu. Comment pourrais-je être certain de faire un travail utile si je ne pouvais pas m'assurer que le corps était toujours en vie au moins une fois par saison ? J'ignorais si ce souci pouvait expliquer ma décision de réveiller Josh avant de quitter le territoire, mais il me semblait recevable. Je n'arrivais pas à expliquer autrement ma gêne de le laisser endormi sous terre à des kilomètres de mon regard. Cela rendrait assez évident mon intention de ne jamais le réveiller. Je pouvais pourtant revenir dans plusieurs années. Je pouvais le laisser à son sort. Je pouvais le tuer. Mais toutes ces pensées faisaient ressurgir la culpabilité qui s'était emparée de moi après sa mise en sommeil, et je perdrais mon rituel confortable pour l'oublier et repousser éternellement ce que je savais être mon devoir vis-à-vis de lui.

Je n'aime pas du tout ce que je ressens alors que je suis agenouillé près du jeune homme, sur le point de prononcer la formule rituelle. Peut-être parce que je n'ai pas le souvenir d'avoir ressenti quelque chose de similaire. Je suis familier des pulsions violentes de désir. Mais mon corps n'a pas l'habitude d'autres désordres. Ce sont des problèmes, des faiblesses d'humains. Pourtant, ma poitrine est anormalement serrée, et il me faut m'y reprendre plusieurs fois avant de réussir à prononcer les mots libérateurs. Je me redresse d'un bond à son premier frémissement. Il a gardé son épée et je tiens à ma vie. J'aurais pu la lui retirer, mais il y est attaché, c'est un objet qui le rassure. Même si la laisser représente un risque, il me semble tout aussi risqué pour nos « retrouvailles » de l'en priver alors qu'il sera déboussolé. Il risquerait d'autant plus de me confondre avec un ennemi. J'essaye de retrouver une humeur neutre, sous contrôle, pendant qu'il émerge de sa longue nuit. Il se redresse, m'étudie, d'abord sans me reconnaître, puis son regard s'aiguise à mesure que les souvenirs lui reviennent, pour s'attarder avec une incompréhension manifeste sur ma tenue, mes accessoires. Il est intelligent, je devine qu'il calcule comme il peut le temps qui a pu se passer entre sa nuit au château et son réveil dans un caveau éclairé de chandelles. Il resserre peu à peu les mains sur le manche de son épée. Son regard devient agressif. Si j'ai une explication qui va lui « convenir » ? Quelle demande étrange !

– Je crains de ne pouvoir tordre la réalité à ta convenance, dis-je simplement. Notre domaine et forêt ont été rasés par une tempête qui a ravagé la moitié du globe. Mon père est devenu maire de New-York, et j'ai décidé de le rejoindre. Comme je n'allais pas te laisser seul ici, je suis venu te réveiller. Nous partirons quand tu te sentiras prêt.

Évidemment, je sais que je ne pourrai pas m'en tirer aussi simplement mais je crois avoir donné l'essentiel de ce qui m'amène ici. On peut toujours essayer. Certaines personnes acceptent les explications directes et minimalistes.

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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Ven 21 Déc - 7:49

Certains réveils sont plus difficiles que d’autres

Mon corps est raide comme une pierre. J’ai froid et l’impression de ne pas avoir mangé depuis des siècles. La seule chose qui me paraît « normale », c’est son visage à lui. Le reste, l’espèce de sarcophage où je me tiens assis péniblement, la voûte de roche éclairée à la bougie appellent à trop de suppositions, trop d’improbabilités. Pourtant, hier, ou avant-hier j’avais découvert l’univers de Macsen, fascinant et envoûtant. Son frère avec ses drôles de jambes et ses cornes. La dague ! Ils me l’ont volé ? C’est ça ?

– Je crains de ne pouvoir tordre la réalité à ta convenance.
– Qu’as-tu fait ?
– Notre domaine et forêt ont été rasés par une tempête qui a ravagé la moitié du globe.

Ravagé le globe ?! Que reste-il de Paris et de mes amis en France ? C’est insensé, quelle sorte de tempête pourrait commettre un tel désastre. Macsen me ment. Seulement son regard, son ton neutre me disent le contraire. J’essaye de m’extiper de mon cercueil, car je ne vois pas d’autres mots pour cette couche qui n’en est pas une.

– Mon père est devenu maire de New-York, et j'ai décidé de le rejoindre. Comme je n'allais pas te laisser seul ici, je suis venu te réveiller. Nous partirons quand tu te sentiras prêt.

Ma cervelle analyse ses mots de façon fractionnée. J’ai du mal à avoir des pensées cohérentes. Son père, maire de New York. Me réveiller. Partir quand je serai prêt. Chaque bribe d’information apporte son lot de questions. Un faune à la tête d’une telle cité ? J’avais cru comprendre que le petit peuple préférait l’ombre à la lumière. Me réveiller amène la question qui me brûle les lèvres et de savoir quel jour somme-nous. Partir, ensemble. Qu’est-ce qui le pousse à quitter son pays, y a-t-il un nouveau danger ? J’ai envie de lui crier dessus, mais le nous de sa phrase me rassure. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais, il est là et ne m’abandonne pas. Je lui avais fait confiance et me retrouve dans ce tombeau. Une tombe de laquelle, il me sort. Ce point lui évite d’être transpercé de part en part par Durendal.

Mais, s’il croit s’en tirer à si bon compte, il fait erreur. Pour le moment j’ai besoin de lui, rien que pour m’extirper de là. Chaque geste est laborieux. Combien de jours ai-je été mis en sommeil ? J’ai l’impression d’avoir dormi un mois au moins. Je prends appuis sur le rebord de cette boîte où il m’a plongé dans un sommeil artificiel. Quand j’enjambe le bord, je ne lève pas assez haut mon pied et je m’étale au sol. C’est dur et froid. Mon épée tinte au contact du sol et renverse une pile de livres posés là.

– Belle entrée en matière, mais tu vas de voir détailler.

Je m’assois, le dos collé à mon « lit » et laisse mon regard errer. Seules des bougies éclairent le lieu. Je regarde les titres sur les tranches des livres et commence à froncer les sourcils. L’autre pignouf reste taiseux. Il joue au placide, mais je parierai qu’il n’est pas à l’aise. « Les conséquences de la seconde guerre mondiale », « Les inventions majeures du XXe siècle », « L’homme a marché sur la lune ».

– Beaucoup détailler…

Je frotte mon visage avec ma paume, j’essaye de rassembler mes esprits et réagir de manière rationnelle. Je devine à la mine de Macsen que l’explication va être longue et qu’elle l’ennuie déjà.

– Ok, priorisons.

Je me redresse et me mets debout comme un petit vieux, Durendal faisant office de canne.

– Pourquoi m’avoir fait ça ? Quel jour somme-nous ? J’ai faim et où est MA dague ?

Ma situation est inénarrable, mais je ne me laisserai pas dévier du but qui m’avait conduit ici. Quand j’en saurais plus sur ma situation réelle, je changerais mes priorités.

– Réponds !


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MessageSujet: Re: Certains réveils sont plus difficiles que d’autres [Macsen Caerwyn] Jeu 31 Jan - 20:10

Je devine à travers les variations de son regard l'évolution de sa pensée. Heureusement, la plupart des êtres ne sont pas comme moi, ils expriment des émotions en lien avec leur situation. D'abord, la colère. Sans surprise, Josh est de mauvais poil, l'impression de ne rien contrôler le plonge rapidement dans une sorte de panique. Ses yeux explorent le caveau avec urgence, ses mains tâtonnent fébrilement autour de lui. Il semble cherche quelque chose avec urgence. Je ne comprends pas tout de suite ce qui le préoccupe tant. Je préfère ne pas lui laisser le temps de poser trop de questions. Il est nécessaire de poser clairement le contexte. Ce sera difficile à encaisser mais beaucoup de questions deviendront inutiles après quelques précisions. Le château n'existe plus. Je n'y suis absolument pour rien. Beaucoup de choses n'existent plus d'ailleurs, et cette nouvelle fige un instant Josh. Je sens qu'une inquiétude s'empare de lui. Il aurait sans doute fallu ajouter que nous parlons d'une tempête assez récente. Je m'empresse de le faire.

– Le monde que tu as connu a évolué naturellement, la tempête est arrivée bien après.

Donc, ce drame ne le concerne pas vraiment. Les personnes qu'il a connues et aimées ont quitté ce monde d'une autre manière, les citées dans lesquelles il a pu vivre ont eu le temps d'être défigurées par l'architecture moderne. Le monde qui a été emporté n'était plus le sien.
Ce que je peux lui dire rapidement le laisse agité. Il essaye de se redresser malgré sa faiblesse évidente, sans doute pour retrouver un peu de dignité, car il ne saurait être une menace. Sans monde aide, il aurait même bien du mal à rejoindre seul la civilisation. Les premiers villages sont à des kilomètres de là, encore plus éloignés qu'auparavant et il n'existe pas de route pour monter jusqu'ici. En admettant sa survie, on le prendrait certainement pour un fou. Il pourrait passer le restant de ses jours à errer dans les rues sans papiers. S'il n'était pas capable de mesurer son incapacité à agir sans moi, je ne doute pas que ce genre d'argument vienne à bout d'une tentative de rébellion. Mais je m'en voudrais de commencer par les menaces. J'essaye d'abord l'approche bienveillante et sincère. Je ne veux pas me disputer. Je veux me rattraper, je veux l'aider, sinon je ne serais pas ici à lui parler. Je n'avais aucune obligation à le tirer de son tombeau. Il semble le comprendre. Il se calme peu à peu, même s'il continue à puiser dans les dernières ressources de son corps pour se dégager du coffre que je lui ai aménagé. Il ne tient plus son épée dans une posture défensive, mais il y reste attaché, et cela lui complique inutilement les choses pour se redresser. Il essaye d'ironiser, me demande de développer. Cependant, je ne crois pas que Josh soit prêt à la moindre discussion profonde, parce qu'il n'a pas pris le temps de se documenter par lui-même, déjà, mais aussi parce qu'il devrait déjà se préoccuper de son état au lieu de faire comme si tout allait bien. Le résultat est plutôt ridicule.
J'avance vers les livres qu'il a fait tomber pour les remettre en pile, et dans le bon ordre. Je ne me donne pas la peine de répondre à ses réclamations.

– J'aimerais partir vite, mais nous ne sommes pas pressé. Prends ton temps. Je ne m'attends pas à ce que tu gambades dans l'heure et tu vas devoir attendre quelques jours au moins avant de m'impressionner.

Je lui adresse un sourire peut-être un peu narquois, mais je le voulais amusé. Il sent qu'il n'arrivera pas à me faire parler s'il ne pose pas des questions plus précises, auxquels les livres ne sauraient répondre. Pourquoi en sommes nous arrivés là ? Demander à savoir est légitime. La date ? C'est un bon début. Pour la faim, j'ai tout prévu. Mais pour la dague ? Une incompréhension passe sur mon visage. Ah… Oui… Cette dague. Je n'avais pas évalué qu'elle pourrait garder toute son importance à son réveil. Il est vrai qu'il est presque mort pour cette dague. Pour une dague qui a juste rejoint à l'époque le bric à brac du château… Je hausse négligemment les épaules.

– Elle est sans doute en sécurité, sous les décombres, comme tout le reste.

Une telle catastrophe peut vous rendre désabusé quant à l'importance des objets, de ce qu'on appelle la mémoire physique. On s'embête à réunir des choses pour les laisser dans un coin, avec la satisfaction stérile de les posséder. Puis, un jour, elles disparaissent, et on réalise que ça ne change rien, que ça n'a jamais tellement compté à part dans notre imagination. Le pain et la charcuterie par contre, voilà un apport concret nécessaire à la poursuite de cette histoire ! Je déballe ce que j'ai apporté et, sans rien dire, étend une nappe devant Josh, dispose des couverts, plusieurs assortiments de viande, du beurre, des fromages, une bouteille d'eau, un jus de fruits et une bière.

– Je pensais aussi que tu aurais faim. Assied toi sur un coussin, prends le temps de masser tes jambes, elles sont engourdies.

Je souligne une évidence, mais je n'ai pas tout à fait l'impression que Josh ait pris la mesure de son état. Par contre, il s'agace de me voir aussi serein et me crie à moitié dessus pour obtenir des réponses plus vite. Je me répète calmement.

– Assieds-toi.

J'attends qu'il se décide et m'assieds à mon tour.

– Nous sommes en septembre 2018, je te laisse faire le calcul. Et rassure-toi tu n'as pas changé, ton corps a été préservé par la magie. Et… Je suis désolé. Je n'aurais jamais dû te conduire sur le domaine de ma famille, je me suis montré trop optimiste. Tout ce que j'ai pu faire, c'est obtenir de mon père de te laisser la vie sauve. La dague portait la marque d'un pacte passé entre ton ancêtre et le peuple des forêts mais ni mon père ni mon frère n'ont estimés que ce pacte avait été respecté car ta famille s'est autrefois détournée des « vraies » croyances et des créatures magiques par goût du pouvoir. Ils ne voulaient donc pas que tu repartes avec nos secrets. La confiance que j'avais en toi n'a pas suffi à les convaincre… Et je pense aussi que mon père a voulu me donner une leçon à l'époque pour me décourager d'amener d'autres inconnus ici sur ce qu'il jugeait un coup de tête.

Oui, je croyais mon père tout à fait capable d'un plan aussi vicieux. Pire, j'étais certain que son refus obstiné de me faire confiance quand je lui disais que je pensais pouvoir faire confiance à Josh et l'impliquer dans mes manœuvres à Londres n'était qu'un moyen de me forcer à craindre son autorité, de restreindre des libertés d'action que je prenais et sur lesquelles il n'avait pas le contrôle. Même si j'ai toujours voulu agir dans l'intérêt de la famille Caerwyn, dans le respect des convictions de mon père, ce dernier a toujours été le premier obstacle à la mise en place de mes stratégies, surtout à cette époque. J'étais trop jeune pour m'opposer efficacement à lui. Je dois aussi reconnaître que mes idées quant au rôle de Josh étaient aussi un peu floues à expliquer, je voulais me laisser le temps de voir, j'étais perdu dans ses suppositions et mon père n'a jamais apprécié que j'essaye des solutions différentes de celles qu'il envisageait, même si elles me semblaient plus rapides et sûres. Oui, il est devenu maire sans moi. Mais combien d'années pour ce résultat ? Combien de temps pour voir s'accomplir enfin sa volonté sur ce monde ? J'ai beaucoup travaillé seul toutes ces années. Je suis prêt aujourd'hui à lui prouver qu'il se trompe de méthode.

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